le departement des transports de Grande Bretagne
élimine les
« ACCIDENTs » des routes du
royaume.
Recette éprouvée,
économique et qui a fait ses preuves…
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Dans le nouveau code de la
route on élimine en effet systématiquement
le mot « accident ». Seuls les collisions, les écrasements, ou à la limite les incidents, les sorties de
routes ont droit de se produire et remplacent ce
que des civilisations antérieures,
moins frileuses, appelaient des « accidents ». Désormais c’est comme si des causes diverses ne pouvaient pas par
hasard produire des collisions ou des dérapages… : l’ouragan qui
passe, faiblesse du métal dans une
pièce maîtresse, conditions
routières, orignal de passage,
distractions, etc. On ne peut être au mauvais moment, à la mauvaise place et
dans les mauvaises conditions. A y regarder de près, Depuis que l’homme est homme,
des systèmes sont mis en place pour éviter les « accidents », qui seraient des sous produits du hasard et un non-sens pour
l’intelligence. Que la tornade passe à
telle adresse plutôt que chez le voisin qui a gardé son toit, il doit y avoir
une raison, une intention ou un motif caché… à déterminer. C’est même pourrait-on dire l’essentiel de la pensée primitive. Le primitif, refusait les
« accidents. Il ne pouvait admettre son impuissance et se résigner
à l’imprévisible, à l’incontrôlable. D’où le recours constant à la causalité
magique, au pouvoir supposément
efficace de la pensée, de la parole ou
du geste rituel pour expliquer
l’imprévisible. Toute la vie baigne
dans un monde de bonne ou mauvaise volonté qui ont pouvoir sur le réel, de
sorts jetés, de punitions ou de
récompenses, un univers moral en somme ou le sorcier, le chaman, le prêtre
vaudou, ou pire les astrologues, sont les grands responsables de tout ce qui
peut arriver. Ils connaissent les recettes secrètes pour se
concilier les forces de la nature ou pour jeter des sorts sur l’ennemi,
contrôler la nature par la force de leur esprit ou par la puissance de leur
rituel. Les « accidents » n’en sont plus, perdent leur sens. Ils sont le fruit de
malédiction, d’intentions mauvaises, du « mauvais œil », des
pouvoirs maléfiques ou
bénéfiques, à moins que ce soit de la
disposition des feuilles dans le fond d’une tasse de thé, des aruspices ou qu’on ait oublié de toucher du bois, etc…Les manœuvres sont multiples et complexes.. Une noix de coco, qui n’en peut
plus de mûrir, se détache de l’arbre et tombe sur la tête de Toto qui passait par là, ce n’est pas un hasard, ce ne peut être
un hasard, c'est pour lui donner un
surnom prédestiné qui lui trace la
voie. Désormais on le surnommera sans
doute, signe du ciel, Coco premier… C’est une nouvelle vocation. Ce surnom de
coco si douloureusement acquis est un signe du destin. Porté par cet élan, on refuse
systématiquement toute forme de hasard.
Le déluge, on le sait, n’est pas
un accident climatique, pas plus que le réchauffement climatique dixit Al Gorus. Si on considère les premiers grands récits que l’on
connaisse sur l’aventure humaine, il n’y a pas de hasard, pas
d'accident, pas plus que dans les
romans de gare..… ou
comme dans le nouveau code britannique… D’après les premières informations que nous ayons,
Ulysse, sur ses frêles esquifs,
n’avait jamais d' « accident », jamais son navire ne
pouvait heurter « par
hasard » un récif. Avoir un
vulgaire accident en somme, trop banal.
Pas assez british. Ce qui serait aujourd’hui confirmé par le département des transports sus-nommé.. Malgré ses talents de navigateur et son
ardeur à retrouver sa Pénélope, son navire est toujours poussé sur les récifs par Jupiter ou
Poséidon ou un quelconque monsieur qui a le pouvoir de pousser les vents ou
déplacer les récifs, par un triste sir
en somme qui en plus n’aimait pas Ulysse ou le jalousait … à cause de
Pénélope qui à y regarder de près est l’ultime coupable et responsable. L’aventure, reprise aujourd’hui, trouverait
moult spécialistes des complots pour expliquer tous les malheurs d'Ulysse
avec sans doute un quelconque Bush de service
comme cause anti-hasard de ses malheurs. Un pas de plus et les malheurs prirent une allure morale. Une
autre manière d’évacuer le hasard et
les accidents.. Une tuile ne pouvait se détacher du
toit et tomber sur la tête d’un enfant
qui jouait… Ou le boulier de la loterie n’opère pas
par hasard. Une « main invisible » et le plus souvent
providentielle détermine ceux qui méritent de gagner ou d’être punis en se faisant siphonner
leur maigre avoir. Tout ce qui arrive est récompense pour la pratique
de la vertu, punition pour l’impie ou,
si le système se dérègle, épreuve
pour le Juste, pour barber Satan, comme nous l’enseigne si bien le livre de JOB. La chasse au coupable… Aujourd’hui, par hasard, il y
aurait anguille sous roche, dans ce refus orwellien
du mot maudit, l’accident. Pourquoi ne pas changer la réalité avec la
baguette du vocabulaire? Le refus semble être justifié par l’air du
temps. On peut soupçonner qu’il y a
derrière ce refus du mot accident
une attitude assez typiquement contemporaine et juridique, tout à fait au goût du jour… La
version moderne prend un sens nouveau…
mais apparenté. S’il m’arrive un malheur quelconque, il doit y avoir un coupable… C’est une conviction plus ou moins consciente qui se répand avec
la mondialisation. L’homme moderne
est innocent en principe, l’accident ne peut être en raison de ses
fautes ou du hasard… Et le coupable
n’est pas à chercher dans les cieux ou dans l’animisme courant. Le coupable est le voisin, le concitoyen, l’autre, en tout cas, Quelqu’un qui est en
mesure de payer, de compenser les malheurs
subis, de préférences quelqu’un qui
a prévu le coup et qui a des assurances. S’il fallait accepter le concept d'accident, il pourrait
m’arriver un malheur et je ne pourrais
poursuivre personne. Pas de coupable… Qui va payer? Qui va faire vivre le système judiciaire ? Les corporations
impliquées ? Qui va payer les primes de chômage de nos avocats… Notre esprit moderne aime
simplifier les choses.. Pourquoi accuser sorcier,
shaman, mauvais sort, pratiques vodous, c’est si simple de déclarer à priori que s’il nous arrive quelque
chose, ce n,est pas un accident, il y a un coupable, le seul problème c’est
de le trouver. Des corps de métier s’en chargent et s’appliquent à
faire payer le coupable. On peut y discerner un restant de mentalité
capitaliste : tout ce qui nous arrive peut être monnayé. Même le malheur peut être rentable. Ultime
consolation de la vie. En éliminant le concept d’accident ou de hasard on
s’assure qu’il y a toujours un coupable qui est en mesure de payer… Alors que
le hasard est plutôt chiche et ne paye pas … à moins que ce soit à la
loterie. Quelle consolation de savoir que s’il nous arrive un malheur quelconque,
ce ne sera jamais un accident, le mot n’existe plus ou est en voie de
disparaître. Il y aura toujours un
coupable… pour nous consoler de nos malheurs…
s’il a de bonnes assurances… MacDonald’s a été poursuivi pour ne pas avoir indiqué sur ses
menus qu’ils ne devaient pas être consommés en conduisant. On estime qu’aux USA les poursuites abusives coûteraient à
l’économie américaine $2 650 par famille de quatre.
Mais ça rapporte beaucoup plus que les loteries… pour ceux qui
misent sur cette victimite pour
s’assurer un avenir. On pense à ajouter à la
constitution américaine un principe
nouveau…. « S’il t’arrive un malheur quelconque, (peu importe tes
responsabilités) il y a un coupable et il faut le faire payer pour que
justice soit rendue». « Comme quoi un malheur n’arrive jamais seul ! Enfin on le reconnaît
! Et combien la tache est rendue plus facile si l’on rejette le concept
de hasard, car on est assuré de trouver plus
facilement le coupable… Le Hasard a en plus la réputation d’être un
mauvais payeur et il est
difficile de le poursuivre… On ne sait trop où il réside ! Et la
médecine ne veut pas être en reste. La prestigieuse revue British Medical
Journal a fait savoir dans un
éditorial en 2001 qu’elle n’emploierait plus le terme « accident »
dans ses pages.. Donc avis aux malades qui ont perdu leur dernier recours face à
la maladie et à la faculté. C’est une question d’hygiène mentale et de
moralité. On est coupable et
responsable de ce qui nous arrive. Inutile d'invoquer la malchance, les
gènes, les accidents de la vie…
L’homme moderne refuse l’infortune et les hasards inhérents à la vie… Il y a toujours quelqu’un à blâmer…La
recherche du coupable est une nouvelle recherche des sorcières… quant ce
n’est pas toi, c’est le voisin… Mais
dans ce cas ci, pour la médecine, c’est toi, (ou Mc
Do) et la faculté t’accusera comme le coupable de ce qui t’arrive au plan santé. A toi de référer la responsabilité à d’autres. Finis le hasard,
les accidents, bienvenus les frais pour les maladies dont tu es le responsable.
Tout ce qui nous tombe dessus était évitable et on en est responsable… par
nos modes de vie désordonnés. On est
responsable de sa bonne santé.. et de sa mauvaise santé. OU c’est toi qui paye, ou c'est lui… Quelqu’un doit payer. Difficulté pour l’être humain d’admettre et d’accepter les infortunes de la vie… L’homme moderne est incapable
d’admettre qu’il y a des malheurs inhérents à la vie et des
« accidents » dont on
cherche en vain le sens. Si on ne peut régler les
problèmes de la vie, on peut au moins s’en prendre au vocabulaire…pour
s’innocenter et en profiter. |