Disette médiatique estivale
et
art de combler le vide…
|
L’été est
parfois dur pour les journalistes, les derniers nids de poule ont été comblés, les ponts qui avaient à tomber se
sont exécutés, les grévistes devant
les chantiers de construction ont suivi leurs patrons en vacances; à part Sarkozy, qui a pitié des journalistes
de France, les politiciens se font discrets, préparent, à ce qu’ils disent, la prochaine session … Les professionnels des media, prévoyant ce désert, préfèrent prendre des vacances
et laisser aux apprentis ou à la relève le soin de maintenir le fort et de couvrir l’actualité,
quitte à la pourchasser dans l’arrière
pays ou à remâcher ou renâcler le passé, célébrer des anniversaires, un an,
deux ans, cinq ans, etc… jusqu'à quatre cents ans …
(400 pour ici. Gus, imagine dans les
vieux pays) À défaut de nouvelles,
il faut bien noircir le même nombre de
pages… déjà payées par les annonceurs. Les animateurs de la radio ou de la
télévision, doivent toujours combler le
même nombre d’heures. Le temps ne prend pas de vacances, même s’il peut
parfois sembler s’étirer. A notre
niveau, la relativité d’Einstein échappe à notre perception. Les 24 heures quotidiennes ont toujours 60
minutes qu’il faut bien remplir, au risque de rester bouche bée devant l’écran,
ce qui n’est pas un gage d’avenir pour
la carrière. L’AUTRE JOUR, BOF EUT UN MOMENT DE PANIQUE…On sait qu’il y
a annuellement une vingtaine d’enlèvements d’enfants au Québec. Certains finissent en tragédie, d’autres en
tragi-comédies familiales avec récupération du rejeton récalcitrant par le
parent légalement légitime. En ouvrant
son journal, sur deux pages, un titre
de dix colonnes… Dans un éclair, Bof imagine le pire. Au simple mot d'enlèvement perçu vaguement,
à l’ampleur du titre, avant d'aller plus loin, il ne peut s’empêcher
d’imaginer que toute une garderie ou
une colonie de vacances avait été kidnappée
ou prise en otage avec demande de rançon… C’est vrai qu’il avait encore à l’esprit un
dernier reportage sur les FARC... et sur
Ingrid Bétancourt. Il RETOMBA vite sur ses pieds, l’éclair passé : l’énorme
déploiement médiatique était pour nous annoncer l’anniversaire de l’enlèvement de Cédrika Provencher… Et les deux pages étaient consacrées, pour
ceux qui manqueraient d’empathie ou
d’imagination, à la manière dont les deux parents avaient vécu cette dernière
année. Ce déploiement médiatique n’était cependant que le coup d’envoie. Chaque
responsable de programmes d’actualités à la radio et à la télévision d’état (une douzaine sans
doute) se crut obligé de prendre un quart d’heure ou une
demie heure sinon l’heure entière pour
rappeler le triste événement. Les politiciens étant en
vacances, un anniversaire de
l’enlèvement d’un enfant, c’est du
vrai bonbon pour les journalistes... On s’arrache le père, la mère, les policiers,
chroniqueurs judiciaires, criminologues,
psychologues, historiens,
voisins, amis pour occuper le
temps. (Gus, on nous a épargné les
chiens dépisteurs) Le père de la victime est disponible à partir de 7h du matin pour la tournée des média… La mère fait part
de ses vibrations positives… Des journalistes, prévoyant, pensent déjà au deuxième anniversaire et entreposent leur cassette. Le
problème, c'est qu’on a pour
satisfaire une curiosité fort
légitime que deux ou trois minutes où
des témoins auraient vu un homme qui aurait tenté d’attirer des enfants en
disant qu’il cherchait son chat,,, et leur demandait de l’aider pour les faire finalement monter dans sa
voiture rouge… Le truc aurait réussi
une fois, une malheureuse fois. À part
ça, rien, rien de rien, un vide qu’il faut combler un peu comme celui que le
créateur a connu avant de faire
jaillir le monde du néant…un premier désespoir journalistique en
somme. Il faut bien faire de la
copie…Un rien, ou presque, qu’il faut
remplir de rumeurs. Les Européens ont
été plus chanceux. Eux aussi ont eu un
enlèvement qui a tenu la population en alerte, mais ils avaient au moins des faits qui
permettaient de spéculer à n’en plus
finir…
Dans le
journal que Bof a vu, on fignole la présentation de la suite des évènements.
Sur une ligne qui s’étire sur deux
pages, on donne la suite des événements
avec les dates…. Comme par
exemple : 1 août. Des bénévoles affluent de partout au Québec ; 2 août. 350
bénévoles arpentent la région de Trois
Rivières … ; 6 août. Plus de
milles personnes interrogées….; 17
août. Jean Charest dit à la famille que la
population du Québec est avec elle ; 9 avril. L’humoriste M… présente un
spectacle bénéfice et récolte $ 30 000 ;
31 mai. Expiration de la récompense promise … et cerise sur le sunday… 31 juillet.
Messe au sanctuaire Notre-Dame
du Cap de Trois Rivière afin de commémorer l’anniversaire de la disparition…. Et on apprend
le soir, par la télévision, que deux
milles fidèles viennent témoigner leur sympathie et invoquer Le pasteur,
qui ne veut pas se faire voler la vedette
par les journalistes, y va dans
son homélie à comparer l’enlèvement de la jeune fille à la perte de Jésus,
à douze ans, qui fut retrouvé
parmi les docteurs du temple à défaut
de journalistes à l’époque. LE PLUS VRAI.
C’est un chef de police qui a
résumé bien inconsciemment la situation… « Il reste
plusieurs pistes à exploiter, (IL SE REPREND) à explorer» Exploiter sans doute pour désigner le travail
des journalistes,,, Explorer pour le travail de la police… Et si le
silence était encor le meilleur signe de compassion au lieu de pratiquer
l’art de tourner le fer dans la plaie… à moins qu’on ait affaire à des
masochistes !!! Si l’on tien à marquer l’anniversaire d’un crime
crapuleux, quoi de mieux que des crimes qui le sont encore plus. On dirait
presque que certains y ont pensé : à l’anniversaire de l’enlèvement de Cédrika, ailleurs
au pays, un individu décapite
son voisin d’autobus (sur trois colonnes en bas d’une
page intérieure dans le journal)
et, plus près de chez nous, un
paternel enlève l’amie de cœur de son fils et la tue… après avoir…. ??? |