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«UN ÉLÉPHANT SUR LE BALCON»
Mon cher Gus, imagine la scène :

«Gaston!, un éléphant sur le balcon!»
Gaston répond : «Puis quoi? il n’y a rien là!»
Plus tard, Gaston se réveille et s’aperçoit qu’il y a une femme dans son
lit,…femme qui n’est pas la sienne évidemment. Sa réaction : «Puis quoi? Il
n’y a rien là!» Il n’y avait pas de femme, puis il y a une femme. «Thanks God».
C’est tout. Un être d’éléphant (un gros) est surgi à partir du néant, à
partir d’un non-être d’éléphant. Une femme surgit du néant et occupe le lit.
Puis après? C’est une histoire bien banale comme bien d’autres!
Un jour, peut-être, on trouvera Gaston avec un couteau dans le dos. Évidemment
il n’y aura pas lieu de se poser de questions: il n’y avait pas de couteau,
puis il y a eu un couteau qui a commencé à exister… à la mauvaise place (mais
ça c’est un point de vue subjectif). Comme le premier atome dans la nuit des
temps qui a surgi du néant absolu!
Mon cher Ti-Gus tu dois trouver ce discours assez
étrange et déconcertant. C’est la manière de réagir tout à fait normal de
quelqu’un qui n’admettrait pas la deuxième évidence, le deuxième principe, le
deuxième piston de ce petit moteur qu’est l’intelligence en quête de vérité
et de compréhension.
Le premier était plus simple : l’être est l’être, l’être n’est pas le
non-être. C’était le principe d’identité ou de non-contradiction.
Aujourd’hui c’est le deuxième piston, LE PRINCIPE DE CAUSALITÉ qui ultimement
se fonde sur cette évidence voisine : l’être ne vient pas du non-être.
Un sage comme Aristote disait que ces «principes» on ne peut les prouver
parce qu’ils sont au principe, à la base de toutes les démonstrations. Ils
sont évidents et ceux qui les nieraient se condamnent à ne pouvoir penser du
tout ou, au mieux, penser comme Gaston.
Le premier principe, vu dans la chronique précédente, gère l’ordre statique.
Ce deuxième vise et gère l’ordre dynamique. L'intelligence NE TIENT PAS pour
un fait brut mais cherche spontanément des causes pour
1) tout ce qui commence
2) tout ce qui change
3) tout ce qui n'a pas en soi la raison d’être de ce qu'il est.
C’est ce petit piston, qui fonde toutes les spéculations quant aux origines,
au devenir, à l’évolution, spéculations que l’on retrouve dans tous les
mythes, religions, philosophies et sciences de tous les temps.
EX NIHILO NIHIL FIT disaient
les Chinois. L'être ne vient pas du
non-être. Rien ne sort du néant. L'animal se balance de cette loi. C'est
la condition d'existence de l'intelligence de l'homme.
Revenons, Gus, à Pluto (ou à ta petite chienne
Schnauzer) et à Pluton. Mettons-les en face d'un magicien.
Celui-ci prend bien soin de montrer que son chapeau est vide. Aucun problème.
Un trou béant...d’être. Rien!
Quand il en sort un lapin, Pluto ne voit que le lapin
et s'apprête à sauter dessus parce qu'il a une dent creuse qui pour le moment
est son seul problème. Pluton (Pluto une fois devenu homme)
lui, devient à la fois un point de suspension et un point d'interrogation
incarnés : comment un lapin peut-il jaillir du néant ? Il conclut vite que
c'est impossible, que c'est un trucage. A la limite il croira plutôt à un
pouvoir créateur du Monsieur le Magicien. Le mini-être
de lapin dans ce cas-ci dépendrait du super-être du
Magicien. Mais au moins une évidence s’impose à lui : le lapin ne provient
pas du néant.
QUAND LE BESOIN DE COMPRENDRE EMPÊCHE DE DORMIR.
Quand une porte se referme apparemment d'elle-même la nuit, le bruit réveille
l’animal domestique; il s’inquiète momentanément puis il se rendort. L’enfant
ayant atteint l’age de raison se réveille mais il ne se rendort plus que s'il
a trouvé ou imaginé LA CAUSE
: un courant d'air ? Une vibration causée par un camion? A la limite, il
préfèrera croire que c'est un fantôme plutôt que d'admettre qu'une porte
immobile se referme tout à coup d'elle-même sans raison ni cause adéquate.
Certains seraient tentés de dire que cette attitude de chercher des causes
n’est qu’une HABITUDE ACQUISE simplement parce que la plupart du temps on
voit des causes précéder les changements auxquels on assiste.
Ti-Gus, quand les premiers cas de Sida sont
apparus, tous les scientifiques du monde se sont mis à la recherche des
causes (au pas de course!)… que l’on n’avait jamais expérimentées. Pourquoi
personne ne s’est-il pas levé pour leur dire? Pourquoi cherchez-vous des
causes, gens de trop de foi, pourquoi succombez-vous à cette mauvaise
habitude? Pourquoi ne pas se mettre simplement en face du fait brutal: il n’y
avait pas de Sida, puis il y a eu le Sida. Point. Vous ne les avez jamais
vues les causes, comment pouvez vous savoir qu’il y en a ?
Certains philosophes ont tenu un tel langage qui enlève toute valeur
universelle au principe de causalité. Mais si devant la nouveauté du Sida un
scientifique avait tenu un tel langage, on l’aurait enfermé... car il
détruisait à la base le ressort de toutes sciences et handicapait sa propre
intelligence dans une de ses fonctions principales : non pas simplement
constater mais comprendre les faits.
LE PROF BOF VOUS SALUE.
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