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IVRESSE, FOOTBALL ET IDENTITÉ
La célébration de l’identité nationale est
totale, plus de classes ni sexes, plus
de riches ni pauvres, plus d’universitaires ni recalés du primaire, ni couleur de peau, Le
patriotisme ludique se porte au secours du patriotisme civique à l’agonie.
Les animaux emblématiques s’affrontent : on compte sur le dragon pour
venir à bout du lion, à tout le moins pour bien digérer le coq, cocorico compris. Les paraplégiques et
les agonisants, en cas de victoire, célèbrent leur vitalité recouvrée. Les
Américains sont interloqués; comment ne joue-t-on pas le football avec un
ballon ovale comme tout le monde ? Le Pape est sommé de se brancher, à tout
le moins de ne pas allumer hypocritement des lampions derrière un
paravent. En Iran les femmes se
déguisent en hommes pour avoir le privilège
d'entrer dans le stade et de communier à la célébration. Au-delà du tribalisme, du gangstérisme,
buveurs de champagne, de bière, de vin ou d’eau minérale célèbrent tous leur
identité récupérée par un score de
1-0. Ils sont tout à coup quelqu’uns. Aucun
poète, aucune manifestation, aucun
projet n’auront autant le don d’exciter la fierté et la fièvre nationaliste. Et si
le ballon manque de classe, refuse de
jouer son rôle, la détresse est totale et nationale… Et dans certains pays le
gardien de but responsable se met à
envier le sort de Eichmann face à ses
concitoyens… qu’il a précipités dans la défaite et la honte. Certains arbitres ont eu parfaitement
raison de craindre pour leur vie. Et ont même
fourni la preuve par neuf. Les
victoires ou les défaites sont
remémorées, commémorées, ponctuées de larmes de joie ou de sanglots récapitulatifs.
De ce temps-ci, le seul moment de
fierté ou de deuil partagé par tout un peuple est l’adoration du ballon rond. La religion de la balloune sacrée comporte ses traîtres, ses assassins, ses philosophes,
ses théoriciens et ses théologiens. Des théologiens y voient
une ultime confirmation de Consécration suprême,
les psychanalystes s’y sont mis aussi: « The neurotic genius
of Dutch football » ; « Le coup de pied sur le ballon comme
phantasme inconscient du coup de pied
au cul du paternel » (Gus,
admire le double sens ou la double
direction) ; « Un art de
vivre : prendre son pied
collectivement »; « La peste émotionnelle comme
soupape », « Résorption du complexe d’Oedipe : le ballon
comme sublimation du sein maternel » etc. « Quand nous les Uruguayens subissons
une défaite humiliante, c’est la confirmation que nous ne sommes rien de plus qu’une fiction
dans l’histoire, une erreur de
géographie, une mauvaise farce de
Dieu ou du Diable »
Eduardo Galeano, ("Soccer in Sun and Shadow ») Des nations sont
stoïques dans la défaite, d’autres
adoptent le style de pleureuses grecques. C’est l’occasion de réconciliation ou
d’animosité ou de rivalité savamment entretenues où journalistes et piliers de bar
s’ébrouent indéfiniment… … Gus,
remarque au moins les progrès de la civilisation : les victorieux ne ramènent
pas chez eux les perdants, esclaves
potentiels, attachés à queue leu leu par des câbles
pour parader en territoire
ennemi sous les hués de la foule qui
les attend. L’art de
temporiser est cependant de mise : pour les quatre années à venir animosité et rivalité
doivent se reporter en mode mineur sur la ville voisine ou le canton d’à coté
ou sur le conjoint disponible en attendant de remettre l’honneur national en jeu quand la
compétition sera redevenue urbi et orbi selon le vœu de Benoit xvi. Une jeune fille de 18
ans, Amelia Biolanios, se
suicida avec le pistolet de son père
quand le El Salvador subit la défaite
face à l’Honduras. Elle
ne pouvait pas supporter de voir sa patrie à genoux titraient les
journaux. Et, consacrée héroïne du football, cette Juliette
du Ballon Rond a eu droit à des funérailles télévisées,
quasi nationales. C’est à chaque époque d’inventer ses martyrs. Gus, tu te souviens de
la question que ton Prof te posait il y a déjà quelques années ? A quoi joue-t-on quand on joue ? Et ton prof s’inspirant de On peut imaginer que des gens aimeraient connaître le « thril » de vivre un cancer, en éprouver
toutes les émotions,… si on pouvait décider, à notre gré, d’arrêter
l’expérience… On peut jouer avec la vie, c'est le sport, mais la vie, malheureusement, elle, ne joue
pas, elle n’est pas sportive. Parfois, Gus, la réalité vraie, celle qui n’est pas
sportive pour deux sous, resurgit sous
tout l’artifice du jeu maintenu
en place par des milliards de regards et quelqu’un peut recevoir un de ces
coups de béliers dans le plexus ! Le ballon rond ou ovale,
la rondelle plate ou le panier percé deviennent des substituts de la
vie, remplissent le vide de nos vies
et nous consolent de l’adversité qui nous
menace. Les adolescents dans
leurs jeux video, tuent, déciment les populations, à qui mieux mieux. Et il y aurait longtemps que la surpopulation ne serait plus une menace. La planète serait en train de se vider si…
d'autres ne se livraient à des pseudo-copulations
pour maintenir l’équilibre naturel. Voir aussi. D’un
Australopithèque à l’autre…. Pour la suite du monde… Violence dans les sports. |
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« être sérieux sans se prendre
trop au sérieux » |
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