Gus, une spécialité du 20ième siècle

L’esprit génocidaire… :

Le culte de l’identité  et de la nation ne souffre pas le corps étranger perçu comme un microbe qui s’infiltre dans un corps sain et  le menace.

L’utopie de l’homogène par l’éradication de la différence, l’idéal de pureté et la crainte pathologique de toute contamination.

Le Peuple, nouveau corps mystique, démarre  son anti-virus.

Grand solde de l’Histoire : à  telle date grande liquidation de corps étrangers…

 L’enfer, c’est les autres, les impurs, les chiens, les juifs, les cafards, les tutsis, etc.

 

L’Arménie en 1915. La Turquie tente de  redéfinir son nationalisme sur des bases ethniques. On vide la place. On exécute et déporte.  1 400 000 victimes, soit les trois quarts du groupe cible.

 

 L’UKRAINE en 1932. Famine planifiée par Staline qui éliminera 5 000 000 de personnes, soit  le quart de la population. Représailles pour éliminer les résistances à son projet de collectivisation.

 

La Shoa. (1939-1945); 5 000 000 de victimes, la moitié de la population juive, pouvant aller à 90%  en certaines régions.  Point culminant de quelques siècles d’antisémitisme entretenu et propagé par les élites, de Voltaire à Céline en passant par  Drumont, Bernanos, etc. pour se limiter à l’Hexagone.

En comparaison avec ce génocide, les autres ont l’air improvisé et du  travail d’amateurs à la va-vite.  Ici on est en face de professionnels qui font la jonction de la philosophie politique (identification du Mal absolu,  la culpabilité d’exister), de la systématisation bureaucratique (on ne supprime pas sur place mais en milieu contrôlé, dilution de la responsabilité) et de l’efficacité technologique moderne.

Pour éliminer l’amoncellement des cadavres on a du cependant recourir à des méthodes plus traditionnelles.

 

CAMBODGE 1975-1979. Des idéologues décrètent que  les citadins sont des profiteurs et des exploiteurs  du  bon peuple travailleur, « le peuple nouveau »  qui les fait vivre.  Déportation massive de la population urbaine à la compagne; famine;  et élimination plus brutale si la famine ne suffit pas à la tâche. 1 800 000 victimes. 

 

Rwanda  1994. L’ethnie, prétendument écrasée,  tente d’éradiquer l’autre  qui l’aurait dominée ou exploitée de tous temps.  L’opération se fait avec des moyens d’un autre âge, à la machette ; des amis de toujours se réveillent ennemis et tueurs du soir au matin. 800 000 victimes chez les  Tutsis et les Hutus modérés.  La vitesse de la tuerie bat tous les records.

 

BOSNIE.  (1992-1995) On tente de redéfinir l’état national. Et de défaire l’histoire. On décrète qui est l’indésirable. Des haines multiséculaires sont exacerbées par des poètes psychiatres  qui se plaisent à gratter des  plaies en voie de cicatrisation  et à chanter  les gloires de la nation enfin  ressuscitée. Les nationalismes mis en berne sous Tito s’en donnent à coeur joie et on se tue à qui mieux mieux. Nouveauté : le viol des femmes perçu comme une arme de  contamination ethnique. L’intervention étrangère, bien que tardive,  limitera, à la différence des autres génocides, les victimes à une centaine de milliers.