Karla Homolka **a choisi le meilleur

 

** Pour les non-avertis, Homolka est une des pires criminelles que le Canada ait  connue. Pour ceux qui ne croient pas que de telles choses puissent se produire au Canada, pensez  à Landru ou à l’Étrangleur de…

 

Certains ont prétendu que la liberté c'est le déterminisme du meilleur : on n’est pas libre de fait , nous choisissons tous ce qui nous parait, tout considéré, comme le meilleur pour nous dans le moment..

 

….. Le mafioso ou le médecin sans frontières  sont déterminés par ce qui leur a paru le meilleur, après délibération ou réflexion,  à un moment X de leur existence.  Le meilleur, le plus désirable et le plus valable,  pour une sadique comme Karla Homolka peut être  le plaisir d’infliger des humiliations ou des douleurs. Personne en principe ne choisit ce qui lui parait le pire pour lui. Chacun agit en fonction de la somme ou de l’évaluation des motifs analysés  par son intelligence à un moment donné.

 

Aurions-nous  seulement la liberté que permet notre Q.I ?

Celui pour qui la réussite sportive est le summum désirable des plaisirs et des bonnes choses de la vie pourra éventuellement vendre sa maison, même voler, pour investir dans la carrière de son fils ou de sa fille qu’il aime par-dessus tout. Et cela lui paraîtra admirable ! le meilleur pour lui et les siens.

 

 Gus,  si cela est vrai, nous sommes tous des automates spirituels, nous sommes à la merci de nos raisons d'agir (selon le degré de connaissance et de réflexion d'un chacun).  C’est à cette conclusion que sont arrivés certains philosophes.

 

L'objection serait irréfutable si la liberté se préparait  EXCLUSIVEMENT du coté de l'intelligence et de la raison et si les poids du plateau  lorsqu’on délibère et pèse les motifs d'agir avaient UNE VALEUR OBJECTIVE que l'intelligence ne pourrait que reconnaître et qui feraient   pencher mécaniquement  le plateau du coté....   le plus lourd sans que l’individu qui réfléchisse, avec ses moyens,  n’y puisse  rien. Pauvre automate! Pauvre victime de son degré (plus ou moins élevé) de lucidité!

 

 Heureusement ou malheureusement,  ça ne se passe pas ainsi quand quelqu'un délibère avant l'action.

 

Elle est bien belle la balance avec ses plateaux.

 

La liberté n’est pas uniquement une affaire de raison  et s’enracine beaucoup plus profondément dans la conscience de l’homme. La raison n’est pas l’ultime lieu de la liberté. Un acte libre est un acte de la personne. Quoi de neuf alors ?

 

 

La volonté intervient, interfère dans le travail de l'intelligence, triche sur la valeur des poids (raisons, motifs), valorise davantage certaines raisons,  refuse librement même de considérer  ou de s'attarder à des motifs ou mobiles... opposés  à ce que l'on a déjà choisi ... librement.

Mon cher Gus nous sommes tous des tricheurs, des manipulateurs, des têtes plus ou moins croches   qui interfèrent avec la balance, qui ne laissent pas la raison juger par elle-même.

 

 

 Quand tu hésiteras devant une action à entreprendre, fumer ou pas par exemple, assister à ton cours de philo Gus ou te livrer à ton sport favori, quand tu délibèreras, hésiteras, observe ton bras invisible (ou ta main invisible) qui manipule les plateaux ou les poids à sa guise (qui majore ou diminue leur valeur), (selon ton vouloir profond rater un cours peut t’apparaître grave ou sans importance surtout un cours de Bof) (fumer coûte cher, hier tu croyais que c’était une raison très importante, aujourd'hui, bof , on économisera sur autres choses) selon le choix que tu as déjà fait ou qui est en train de s'élaborer.  Notre volonté dirige « à volonté » les projecteurs sur telle ou telle raison pour majorer leurs poids et laisse les autres dans l’obscurité «selon son bon vouloir » Cette interaction du vouloir et de la raison, de la bonne ou mauvaise raison, de la bonne ou mauvaise volonté nous enfonce dans les secrets les plus profonds de la personnalité où s’enracine la liberté humaine

 

Être un homme, être un homme bon, Gus, c'est vouloir  faire  ce que l'intelligence, notre intelligence,  considère comme le meilleur ... SI ON LA LAISSE JUGER LE PLUS OBJECTIVEMENT POSSIBLE (quitte parfois à se tromper)  On risque  alors de se trouver face à face avec ce que l'on appelle communément la conscience.

 

Dans le cas contraire il est facile de faire taire, étouffer  la voix fragile de la raison « qui se veut objective » et de l’entraîner à fournir servilement notre volonté des motifs ou mobiles que celle-ci attends d’elle. On pourra toujours trouver d’excellentes raisons de tuer quelqu’un, ne serait-ce que d’avoir  un héritage qui tarde à venir … pour aider les bonnes œuvres évidemment ou pour goûter le plaisir sadique de  voir mourir  quelqu’un à petit feu.  Le meilleur d’un chacun n’est pas toujours tellement bon.

 

 

Addition. Avril 2007.

Interview avec un auteur qui vient d’écrire un ouvrage sur  les causes externes et internes du mal produit par l’être humain.

Q. Ainsi vous n’êtes pas d'accord avec Anne Frank quand elle écrit dans son journal : « Je continue de croire, en dépit de tout, que les gens sont vraiment bon au fond de leur cœur»?

R.  Ce n’est pas vrai.  Des gens peuvent devenir des monstres. Et ceux qui l’ont abusés et tuée en étaient.

ET Gus, la thèse  de l’auteur (2007) qu’on pourrait croire écrite pour Karla Homolka… et pour tous ceux qui la jugent:

 That human behavior is more influenced by things outside of us than inside. The “situation” is the external environment. The inner environment is genes, moral history, religious training. There are times when external circumstances can overwhelm us, and we do things we never thought. If you’re not aware that this can happen, you can be seduced by evil. We need inoculations against our own potential for evil. We have to acknowledge it. Then we can change it.”

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