Adopter le matérialisme pour la beauté du spectacle.

 

Mon cher Augustin, si tu regardes l’univers à partir d’un principe absolu, d’une plénitude d’être ou d’une super intelligence  créatrice,  le spectacle  est beau, mais au fond il n’y a rien là. C’est au minimum ce à quoi on est en droit de s’attendre. On est plutôt porté à prendre acte des défaillances,  des limites,  des  erreurs, des ratés. On n’a cure de la naissance  et de l’existence d’un enfant,  ce qui frappe c'est sa souffrance, sa mort  précoce… ou à venir. Injustifiable.

 

Si à l’inverse on regarde l’univers en adoptant un point de vue résolument matérialiste, le spectacle est mille fois plus saisissant.

 

Un jour, même si ce n’était pas un jour, une portion de néant  a pété les  plombs, s’est  mise à cracher le feu, à faire des bangs et des bangs qui se  répercutent encore aujourd’hui. Puis quelques électrons un peu agités se sont mis à tournoyer  autour  d’un pauvre neutron tout étourdi et qui eut peine à garder sa neutralité.

 

Puis le tout s’est mis à s’agglutiner, à s’accrocher, à s’acoquiner,  à se transformer, à se fusionner et de mélanges en mélanges,  de soupes en soupes,  nous voilà, toi et moi, et quelques autres, comme ultimes mixtures.

 

Comme spectacle, vu d’en bas,  c'en est tout un. C'est du vrai La Vegas. C’est le Cirque du Soleil…  Non c'est le Grand cirque de la matière qui réussit à donner sa pleine mesure, à user de tous les tours de passe-passe de son cru. De la vraie prestidigitation.    Et si l’on regarde  les derniers résultats en fonction de leur humble et lointaine origine,  on n’a pas à s’étonner  de certaines défaillances,  de ratés,  d’enfants qui naissent difformes. C’est déjà formidable qu’ils aient  deux jambes, on n’a pas à s’offusquer si parfois il manque deux bras. Quand  on regarde attentivement ce scénario, tous les ratés de l’existence deviennent  pratiquement la règle, des accommodements raisonnables pour l’intelligence et les réussites passent pour autant de miracles.  Pour les échecs, il n’y a pas lieu de s’en faire… encore moins de vitupérer ou de s’en prendre à une vulgaire matière qui, la pauvre,  bien innocemment, se serait égarée à l’occasion.

 

Le spectacle est splendide. Cinq étoiles.  Le “ show”  must go on..

 

 

En politique, plus ça change, plus c’est pareil. Le miracle de la nature, c'est que plus ça change, plus ça   s’améliore : les miracles se succèdent,  on passe de l’eau au vin, de l’attraction des masses à l’attraction des sexes,  à la copulation,  à l’orgasme et, comme si ce n’était pas déjà assez,  ça recommence  avec une nouvelle naissance et la roue tourne, tourne, tourne. Et comme si un public, qui n’existait pas encore,  en redemandait, le même manège recommence avec chaque espèce animale comme si la nature pratiquait ses gammes. La matière brute, presque gênée de son génie qu’elle ignorait, se console en pratiquant plus modestement des combinaisons de plus en plus compliquées qu’on s’amusera, peut-être plus tard, à décortiquer ou à défaire, à désintégrer. Pouf !

 

Le passage de rien à tout, du moins au plus est le clou du spectacle.

 

Ce sont les trous de mémoire qui ont fait la mémoire. L’eau a fait le poisson. Gus, pas la baleine! (d’abord la baleine n’est pas un poisson, puis c’est un peu gros) Vaut mieux pour la vraisemblance et la qualité du spectacle y aller par étapes, partir  de l’amibe ou d’un ancêtre de l’amibe par exemple. La faire sortir, au premier acte,  de la soupe qu'était devenue l’eau… et ensuite, prendre patience et laisser le temps faire son œuvre. On sait de toutes façons,  selon un dicton qui viendra à son heure,  que le Temps  fait bien les choses et qu’il arrange tout. On n’invente par une cinquantaine de modèles de base pour le vivant en disant « peanut ». C’est fou ce que l’on peut faire quand on a le temps pour soi… et que l’on n’est pas nerveux. Tout vient à point à qui sait attendre. Gus, toi et moi,  et les autres,   on est le fruit de cette  longue patience, de cette  presque éternité,  mais en nous regardant, sans fausse modestie, on est  bien obligé de dire que le résultat, au cinquième acte,  en valait bien la peine. Tu vois le désastre, mon cher Augustin, s’il avait fallu que la nature (avec une quelconque prémonition)  eut  entendu le poète supplier « Oh Temps, suspens ton vol ».

 

Toi et moi,  Gus, et probablement  d’autres aussi, nous sommes,  comme a dit le poète-biologiste, des « arrière petits fils de limaces ». Ça fait bien dans un CV ou dans un arbre généalogique.

 

Que Henry Ford fasse des Fords, y a rien là, le spectacle est banal, presque sans intérêt, du potinage quoi!

Mais que les Fords fassent Henry Ford. Ça,  c'est tout un show, un spectacle qui vaut son prix, surtout si on est dans les premières loges ou même tout simplement figurant.

 

Gus, si tu veux aller plus loin dans ta réflexion ou ta mystification…

tu peux aller consulter…

«Gaston, un éléphant sur le balcon »

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »

Le courage incomparable du  premier atome qui osa sortir du néant.

 

Tu devrais alors être prêt à aborder de plein pied le site :

Hymne au Hasard.

 

Gus, un admirateur a fait parvenir un poème de son cru à ton Prof…

 

Le Point

Un point qui s'élargit, éclate en d'autres points

D'exclamation !, d'interrogation ?, de suspension...

D'où vient le poins central, où va le point central ?

Combien mesure-t-il

A moins qu'il n'y ait pas le moindre petit point,

Et que notre matière

Nâquit de La Lumière ?..

 

Guy….  (France)

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