Discours
d’origine selon Bof.
Sans tambours ni trompettes
Le courage inimitable du premier atome qui s’est
permis d’exister..
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Première aube Mon cher Augustin, au commencement, si l’on peut
parler ainsi, ou mieux,
avant le commencement, il n’y
avait Rien, Rien, c’est-à-dire ni dieu, ni dieux, ni diable, ni
diables, ni Darwin. Ni espace, ni temps, encore moins un Espace ou un
Temps quelconque… qui serait quelque
chose déguisé en rien. Ni mathématiques pour additionner des fragments de rien. Encore moins comme certains disent des
« nœuds » ou des « plis » dans un Espace-Temps
qui n’est pas là, ni ailleurs évidemment. (Gus tu
essaieras de faire avec rien un nœud qui tienne au moins quelque temps dans
un temps qui n’existe pas) Il n’avait ni passé ni futur, encore moins un avenir
à l’horizon, ni horizon évidemment. Pas un atome, ni l’ombre d’un atome, ni protons, ni
hadrons, ni quarks si
gentils soient-ils, ni plan secret, ni la pensée d’un atome, ni la mesure d’un atome, trois fois rien… si encore
on pouvait multiplier des riens.., des petits riens ou des riens du tout ou
des restes de rien. Tout à coup, (évidemment
il n’y a pas de coup à moins qu’on
veuille dire métaphoriquement un coup
de théâtre, car c’en fut tout un, même s’il n’y avait pas de théâtre) Tour à coup donc : Pouf : Un tantinet d’être, un existant qui n’avait jamais
existé, peut-être même seulement l’ombre d’un être mais une ombre réelle
commença à exister, à se tenir comme debout sans aide hors du néant, surgi (une manière de parler) d’on
ne sait quoi puisque le Rien antérieur n’est rien du tout, n’a pas de majuscule, ne correspond pas, mon cher Augustin, à la vulgaire toile de fond qui décore ton
imaginaire philosophique. Et quelque chose devint…Et something
happens… « Et aliquid
fit… » chanteront plus tard, quand il y en aura, les anges s’ils sont en
voix. S’il y avait eu des journalistes, ils se seraient
rués sur ce premier quark, tout éberlué, tout étonné d’exister : «
D’où viens-tu ? » « Du néant, bordel ! » Tu vois,
Augustin, les manchettes des journaux
quinze milliards d’années plus tard, un peu partout, car les quarks occuperont de plus en plus
d’espace. Ne soyons pas trop exigeant pour ce premier Pouf, disons que ce fut un modeste quark, ou son ombre
sait-on ? la particule
la plus petite que l’on ait identifiée aujourd’hui. Une particule si petite qu’à peine sorti du néant,
tout étonnée elle-même, gênée sans doute, qu’elle y rechuta immédiatement. Les quarks ont du se mettre à six pour former un hadon, pour pouvoir résister à la tentation du retour en
arrière, céder au culte des origines comme la femme de Loth. La rencontre
des six a du s’opérer sans doute par hasard et immédiatement à leur sortie du
néant pour faire le premier Pouf
qui de pouf en pouf finiront
bien par faire du bruit un jour, histoire d’annoncer leur arrivée et leur
venue à l’existence. Ce qui ne s’était jamais vu, mémoire d’électron. Par la suite donc, ces six éléments
fondamentaux seront affublés de noms
étonnants, ingénus, par les poètes des sciences physiques : le charmant,
l’étrange (si bien nommé), le haut, le bas, le dessus, le dessous. Avec d’aussi jolis noms, évoquant subtilement
l’accouplement et la génération, on ne peut faire mieux que de se multiplier, et des
montagnes de quarks firent des hadons, des neutrons, des protons…, des atomes… Ils se multiplièrent, multiplièrent et comme
l’espace n’était pas encore surgi du
néant, ils se mirent à se sentir serrés, tout empilés les uns sur les autres, mais à force de jouer des coudes et jouer des
coudes, il se fit un de ses Bang, Big
de son nom, qui fut comme un second départ, et enfin l’espace fut. Quelques micro secondes plus
tard, ça devint presque liquide, ce fut le QGP, le
plasma quark-gluon (Gus, pour BOF et GUS, ce sera
beaucoup plus tard). Le temps et
l’histoire eurent comme l’impression
de commencer… On a pu tout à coup dater les choses…Au commencement était…Bang. Temps, espace, les zéros n’en finirent plus de s’ajouter à en perdre la tête ou la boule. Revenons à l’essentiel, au premier quark, à la
particule première, qui a franchi
le mur de l’existence. Évidemment le miracle s’est reproduit puisqu’on est là
pour en témoigner… même s’il ne faut pas trop abuser des miracles, faute de
thaumaturge. Ça devient banal et on ne les voit plus. Le chansonnier exagère, on le comprend, quand il s’étonne qu’un éléphant surgisse tout à
coup sur son balcon. Les poètes ont le don de magnifier les détails et de
confondre leur imaginaire avec le réel.
Et s’il avait raison, Gus : un quark ou un éléphant, qu’il succède à un néant absolu de quark ou
d’éléphant, c’est un peu du pareil au même, on n’en est pas à se
disputer pour des kilos d’un arrivage
d’êtres fraîchement apparus. Qu’on le veuille ou pas, petit ou gros, Laurel ou
Hardy, c’est étonnant, diversifiant, tout un tour de
passe-passe, c’est tout un
spectacle s’il y avait au moins eu par hypothèse un spectateur. Gus, aurais-tu aimé assister à ce premier spectacle
? Attention, ne
viens pas gâter l’hypothèse initiale, il n’y a rien d’autre (« Non,
Non de rien » comme on chantera plus tard), quelqu’un pourrait te prendre pour un créateur quelconque ou tout au moins le
responsable et tous les pessimistes de la planète t’en voudraient à mort. Revenons à ce premier Pouf, à ce premier miracle. L’eau qui se
change en vin c’est de la petite bière à coté de ce premier miracle : Et l’être fut.. sans être précédé de quoi que ce soi, spontanément, de sa propre
initiative même s’il n’y avait pas évidemment d’initiative au préalable… ou
saute d’humeur. Et le rien devint quelque chose, pas grand-chose,
mais quelque chose quand même. L’éléphant, ce sera pour plus tard.
Et avec ce petit quark de rien du tout (pas tout à fait rien, Gus) commença l’histoire de l’être sans tambours ni
trompettes, ni flûte à bec pour les anges, la plus étrange des choses, la seule qui
mérite à vrai dire notre intérêt profond, le reste ce sont des racontars qu’on peut
diversifier selon les époques, les cultures
et les progrès de la recherche pour emplir le temps et l’espace qui ne
demandent pas mieux. Gus, peut-être comprends-tu mieux maintenant la
question de Leibniz reprise par Heidegger : « Pourquoi y
a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » C’est la
question première et fondamentale de la philosophie et de toute réflexion. Et
en y réfléchissant un peu plus on finit pas découvrir la deuxième loi fondamentale
de toute intelligence, qui peut se résumer vulgairement et sommairement par
l’adage : « Ex nihilo nihil fit » Alors quoi ?
Peux-tu en tirer les conséquences ?
Gus, si tu crois le contraire, on pourra te faire avaler n’importe
quoi. Attends-toi à voir surgir un éléphant sur ton balcon… sorti du néant
évidemment (l’éléphant, pas le balcon). |
EXTRAIT DE HYMNE AU HASARD.
2. Hasard
vivant parmi les vivants
4 e. Sexe et coloration de la peau
5. Adorateurs, Apostats
et Hérétiques
6. TEXTES: ANCIENS.
Hasard et finalité(2) .En vrac.
8. Discours d’origine. «
Du néant à l’être »