Le « Nutritionnisme »
par le prof bof
« Le dilemme des
omnivores.. »
et la diète
« méditerranéenne ».
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Gus, Bof va
faire état (à sa manière) d’un ouvrage qui a été choisi parmi
les dix meilleurs livres de 2006 selon les critiques du New York
Time. (Michel Pollan The
Omnivorous Dilemma) C’est une pinte de bon sens (et de bon sang)
rafraîchissa Ses principes
ou plutôt ses conclusions sont clairs et il n’hésite pas d’entrée
de jeu de mettre ses cartes sur table… (où elles peuvent
servir) La recette
pour demeurer en meilleure santé consiste en trois points : Manger de la
nourriture
Ne pas trop manger Manger surtout des végétaux.
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--- Bof,
manger de la nourriture, cé tu une totologie ? --- Gus, ça
peut ressembler à une tautologie, mais derrière les mots on
peut trouver des thèmes de réflexion en matière de bouffe et sur l’histoire contemporaine
de ce que l’auteur appelle le Nutritionnisme. Bof est peu porté sur
les livres de diètes (à tout prendre il préférerait les livres de recettes),
mais il est intrigué par cette étude qui va au-delà des diètes alimentaires
et qui tente d'analyser les attitudes profondes de certains
comportements autant de la part des scientifiques que du public. Au
diable les 400 diètes patentées qui sont autant de trucs pour
exploiter la culpabilité, la naïveté et la crédulité d’un
chacun. Quels sont
plutôt les prérequis plus ou moins conscients qui ne relèvent
pas de la diététique? Au cas ou
certaines des réflexions pourraient être utiles, à toi qui commence déjà à
développer une relation amour-haine avec ton pèse-personne, Bof, à
sa manière (spécialistes s’abstenir ou plutôt acheter l’ouvrage
de M.Pollan.) te présente quelques grandes lignes de
l’ouvrage LE
NUTRITIONNISME.
---Bof,
Pourquoi l’« isme » ? Pourquoi pas simplement « la
nutrition » ? Gus, pour bien
montrer que chapeautant ou en marge de la science, il existe une
idéologie à propos de la bouffe, une idéologie qui s’apparente plus à
une religion ou à une philosophie ou à une névrose qu’à la science.
C’est à ce titre que Bof s’y intéresse et il n’oserait jamais
émettre sérieusement un avis en diététique à moins que ce ne soit pour
en rire ou faire rire de lui ou pire qu’on l’oblige à donner l’exemple. Et cette idéologie, faut-il ajouter avec l’auteur, fait
l’affaire des producteurs, des commerçants, des concocteurs de diètes,
des scientifiques et des journalistes occupés aux chroniques de
l’alimentation dans les media. On y reviendra.
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Un peu
d’HISTOIRE. Le
Nutritionnisme, comme isme, remonte aux années cinquante
du précédent siècle. L’expression, étonnante à première vue, résume et
stigmatise l’évolution des préoccupations à l’égard de la
nourriture. On ne mange plus de la nourriture… mais…QUOI ALORS ? A cette
époque, on a pris conscience que certaines maladies résistaient
toujours au progrès de la médecine et même tendaient à augmenter alors que
tant d’autres avaient été éliminées Les hommes continuent toujours à mourir… et ils mangent toujours.
Il doit bien y avoir un rapport de cause à effet entre ces deux
constantes. Le cancer et les maladies cardiaques semblaient faire
un doigt d’honneur au scientisme de l’époque alors que plusieurs maladies
avaient du honteusement plier l’échine et disparaître de la table des
malheurs de l’humanité, du moins en Occident. |
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Pourtant
certaines populations échappaient au triste sort de la modernité,
du moins en regard de ces deux types de maladies.
Comment résister à certaines maladies sans les permissions d’usage de la
faculté. Des maladies se donnaient un petit air culturel. Des recherches ont
porté particulièrement sur des habitants de l’Île de Crêtes au cœur de Quoi faire ?
La science fit ce qu'elle pouvait, ce qu'elle sait faire de mieux;
elle a analysé, décortiqué, décomposé, ramené les aliments à des
éléments, à des molécules ou à des atomes en attendant d'arriver au
quarks sans doute… Et souvent, avec la collaboration d'armées de rats,
on arrivait souvent en fin de recherche avec le «smoking gun »,
avec l’arme du crime, comme diraient les Américains, la
molécule responsable des malheurs ou des heurs, celle qui
expliquait pourquoi les Crétois vivaient mieux, du moins échappaient à
certaines maladies qu’on n’arrivait pas à vaincre.… La science de la
nutrition venait de franchir, du moins dans le public, un pas
important…On venait de quitter l’univers de la nourriture pour ne
parler plus que des ingrédients (ou des « nutriments » ou
encore des « nutrients » pour faire court). C’est le
triomphe de l’esprit d’analyse : On ne mange plus. …. En attendant la
cuisine du même nom, on ingurgite du moléculaire, des hydrates de carbone,
des glucides, des lipides, des cupides, des bons gras, des
mauvais gras pour les naïfs, des béta carotène, de l’acide
ascorbique, des phthalates, du terpineol, de l’alanine, anethole, apigenin,
etc. pour les snobs, des Ogm, Ibm, BbM, bmw. etc. pour les riches ou ceux qui tirent
du grand. Une génération d'analphabètes a appris ses lettres avec des
vitamines. On faisait ses premières leçons de grec en décomposant ce
qu’on avait mangé la veille ou à partir de la dernière étiquette qu’on avait
lue. Et la
liste des nutriments se diversifie et s’amplifie au gré des
« doctorandi » et de la bonne volonté des rats conscrits pour
le salut de l’humanité et qui daignaient crever pour la cause. Du
moins en Occident. C’est
le triomphe du nutritionnisme: on
isole le « nutrient » de la nourriture, on isole la
nourriture du repas, le repas du plaisir de manger et du plaisir de la
sociabilité.
La bouffe fout
le camp, on ne mange plus de nourriture, on furète, on ingurgite des
ingrédients ou des nutriments, on en tient la comptabilité. On fait son
marché avec une calculatrice. On lit les étiquettes avec le sérieux
qu’on réserve habituellement à un éditorial du Devoir avant d'entrer en
dépression. On fait la comptabilité chaque soir, en guise d’examen de
conscience. On récapitule à la semaine ou au mois, selon les colonnes
prévues dans le bilan de santé. On soupèse et se pèse. Et on lit le
best-seller du mois qui a fait trembler la population à propos d’un
aliment qui était tout à coup consacré « le mal du siècle » et qui
connaissait enfin son quart d’heure de gloire, en attendant de céder sa
place aux « autres maux du siècle » qui arrivent à queue leu
leu dans le monde de l’édition pour satisfaire et entretenir l’angoisse
existentielle de la population. … On avait
enfin élucidé les mystères de la diète
« méditerranéenne ». Plus de mets, mais des nutriments. Plus de
gâteau, des ingrédients. Au diable la manière de manger, le
climat, les habitudes de travail, l’exercice physique commandé pour
assurer sa subsistance, les propriétés ou l’atavisme génétique des
populations,,,, les nourritures disponibles, et la civilité,
l’art et le temps de manger et de faire à manger…Au diable les
Méditerranéens, vive les molécules, les bonnes et les mafieuses, qui prises
hors de leur milieu d’origine faisaient souvent des
frasques.
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Conséquences.
… L’Industrie s’adapta très vite et y trouva
son profit. Pour promouvoir certains mets, à la réputation
parfois douteuse, rien de mieux que d’y ajouter et de mettre en
évidence l’ingrédient qui permet de vendre au nom de la santé des mets
qui normalement devraient exiger une certaine prudence ou
commencent à avoir mauvaise réputation (l’ingrédient est
microscopique et le grand public n’y comprend rien, mais la magie
de l’apparat scientifique opère) …(Gus, une carotte au
milieu d'un pot de beurre d’arachide n’aide pas à vendre le produit, mais si
on voit sur l’étiquette que le pot contient X milligrammes
de Beta carotène, les âmes portées sur la crainte et
sur la belle science (ta mère peut-être) achèteront
volontiers le produit)…Avec indulgences en sus. Et à chacun d’imaginer sa combinaison idéale
de «nutrients. » Des centaines d’ouvrages
proposent la diète parfaite, le salut par la table…Et la
rentabilité vient couronner ceux qui ont su frapper le plus
l’imagination et promettre le progrès (la récupération de la ligne)
à moindre effort. Gus pour les diètes qui ont cours : Voir une
liste qui en comporte 400 … http://www.chasefreedom.com/ L’auteur y va même d’une
recommandation qui peut paraître audacieuse : Éviter les
produits qui se présentent comme des aliments santé. Ce sont ceux
qui ont été le plus trafiqués industriellement … pour avoir le plaisir
de faire une belle et longue étiquette qui agira comme du papier mouche pour
les névrosés. Si l’industrie y trouve
son bénéfice dans cette réduction de la nourriture à des
ingrédients, Gus, tu vois le bénéfice, l’intérêt pour la
chroniqueuse en bouffe qui doit faire une chronique par semaine
pendant 50 semaines et pendant dix ans… Imagine si elle avait à faire une
chronique il y a un siècle ou deux… A peu près rien à dire sinon
manger…… et trimer dur pour mettre quelque chose sur la table.... A choisir
entre deux out trois sortes de viandes et une dizaine de légumes…et quelques
dizaines de recettes classiques (Gus, ceci avant l’arrivée des
Italiens et des Chinois) De quoi épuiser rapidement le répertoire du
mangeable et être condamné à la répétition. Mais avec les ingrédients nouveaux qui se
bousculent au portillon de la publicité, qui se piétinent pour être en
tête du palmarès ou qui dégringolent avec le dernier article paru
dans Science,,, les chroniques peuvent se suivre, se compléter,
s’autodétruire…se réviser
et se raviser, se reprendre… Un chroniqueur occupé à suivre la science de la
nutrition, surtout si elle est rendue au stade du nutritionnisme,
en a autant à dire qu’un chroniqueur
sportif qui prend |
Gus
on ne peut plus rire en mangeant.
Fini le plaisir libidineux que les enfants pouvaient avoir
autrefois autour de la table en se poussant du coude quand il voyait
une belle grosse tomate qui avait l’air d’une agglomération de deux ou
trois paires de fesses. Ce qui faisait sans doute sourire tout aussi
libidineusement Freud du haut de l’empyrée. Aujourd’hui, plus modestes (les tomates), elles doivent
s’insérer dans l’espace prévu dans l’emballage de styrofoam,.. et sourire un
peu …si elles en ont le goût. |
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Gus, prépare ton avenir… Un nouveau métier pour toi. Joue au dégustateur… Prends du Coke, du Pepsi, du jus
de tomate ou une autre de tes boissons préférées. Imagine toutes les combinaisons
possibles avec le hot dog, le pop-corn, le hamburger, la poutine,
le Kraft Dîner, le beurre d'arachide (aux truffes ou sans truffes).
Prépare-toi à baratiner au moins
cinq minutes à propos de chaque combinaison que tu auras imaginée. Pratique-toi un air de
connaisseur, regarde-toi dans le miroir pour voir si tu as l’air de déguster
en profondeur… (Au besoin pour être plus convaincant prend la pose du
Penseur de Rodin caleçon en sus) Invente quelques
termes qui impressionneront ton jeune auditoire, (N’oublie pas
de parler de la robe, de la jupe ou de la petite culotte du Pepsi ou du jus
de tomate) Décerne des étoiles… comme à
la maternelle… Si tes auditeurs restent
accrochés à tes jeunes babines…,tu seras passé maître dans le Winespeak
comme les Américains aiment à dire… Plutôt le « junkdrinkspeak » Et tu seras invité par les postes de radio ou de
TV comme bouche-trou professionnel pour leur permettre de
remplir le temps prévu pour leurs « beaux programmes ». |
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la plume tous les matins et qui trouve son matériel
tout frais de la veille.… Et
qui nous répète que le Canadien a gagné 4-2 comme si c’était la première
fois. Fluctuations et modes. Les
ingrédients bons ou mauvais, les bonnes ou les mauvaises changent
de place ou d’ordre selon les recherches, l’intrépidité des
savants, le tempérament contestataire ou l’option politique de l’un ou
de l’autre (gauche/ droite, rive gauche/rive droite, ) l’usure des
diètes, et surtout, ces derniers temps,. le raffinement des
appareils de détection…A tous les cinq ans, on change le palmarès. |
Cri du cœur ou saute d’humeur
d’un méditerranéen. « Ne les attendez–vous pas venir les commissaires à
l’alimentation ? Sont en train de poser des barbelées autour de nos frigos.
Sont dans la même dynamique morale que les autres lobbies, sont dans le pouvoir
d’influer sur les politiques. Des curés. Et bientôt des flics. Sont à veille
de surgir à l’improviste dans nos cuisines, fouiller dans le
frigo, touiller nos poubelles…Deux ans avec sursis pour un pot de crème
fraîche. Quatre ans pour un tartare, 15 ans sans possibilité de libération
conditionnelle pour des involtini de raie au beurre noir, servis avec des
tranches de polenta frite. Et vous, gogos comme d’habitude,
de faire un best-seller d’un livre sur les aliments contre le cancer. Vous
êtes capables de faire ça, vous ? Manger contre le cancer. » Foglia. 13 fév 2007. |
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Selon
l’orthodoxie d’usage à telle année, l’avocat est à éviter (Gus, le fruit)
car contenant trop de gras ou à rechercher aux dernières nouvelles pour
ses gras mono insaturés. Et les gouvernements soucieux de la santé du
peuple et surtout de leur budget santé ajustent à tous les cinq
ans les guides de la bonne alimentation pour être à la fine pointe du
progrès. Gus,
si jamais tu comptes sur des vitamines pour raffermir ta santé choisis bien
une année où elles sont « tendance » : en 2007,
selon The Journal of the American Medical Association à la suite
de recherches faites à l’Université de Copenhague, les vitamines A, E
et Beta carotene, augmenteraient les dangers de mortalité. |
Gus, si tu n’as pas aimé ton
dernier Petrus ou le Merlot de ton Prof, tu peux toujours
essayer un vin biodynamique, une coche au dessus d’un
vulgaire vin biologique. Évidemment le raisin est cultivé sans pesticide ou
engrais chimique, mais la récolte se fait selon des principes
mystico-philosophiques préconisés par Rudolf Steiner dans les années
vingt... qui ont donné lieu à des méthodes d’éducation mais aussi à des
manières de cultiver la vigne. La récolte doit obéir à certaines positions de
la lune, du soleil et des étoiles. On doit, petit détail, planter dans
le vignoble une corne de vache remplie de fumier à l’équinoxe d'automne. La
musique de Mozart, en particulier la 40ième , éloigne les
prédateurs.. Le vin biodynamique s’en vient «
tendance » et les sommeliers raffinent leur goût, leurs
discours.. et les consommateurs doivent payer une prime fort
compréhensible pour l’ingestion de philosophie et d'ésotérisme dans
l’élaboration du raisin, du vin et pour l’élégance et la profondeur des
discours qui les accompagnent. |
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Les palmarès. La science
fluctue, a-t-on dit. Elle crée des « prima donna », les
laisse tomber. Plouf. Elle se renouvelle à la période des BBM pour les grandes
revues scientifiques… ou quand Paris Match s’intéresse à la diète
miracle d’une princesse quelconque de Monaco!
Il y a deux ans, on apprend que les diètes riches en fibres ne
prévenaient pas le cancer du colon comme on le croyait, du moins pas au
21ième sièce. Une recherche sur quinze ans qui a coûté des
millions, financée par The Womens Health Initiative, n’a pas trouvé de
corrélation entre les diètes faible en gras et les maladies
coronariennes. Et match nul : divergences sur l’ingrédient
qui tient la vedette par le temps qui court, en tête dupalmarès, les
omega-3 : The Institute of Medicine est incertaine quant à
leur valeur pour améliorer la santé. Ils pourraient même être dangereux si
combinés à d’autres « ingrédients », comme le mercure, par
exemple, dans certains poissons. Une autre étude de Harvard,
par contre, prétend que deux |
(03/07) Gus, pour ton cancer tu peux tirer à pile ou face. (!?) Deux études éminemment respectables arrivent à des
conclusions contradictoires. Le New England Journal of Medicine
pretend qu’une radiographie en trois dimensions rendrait
curables la plupart des cancers du poumon. Donc des radiographies pour tout
le monde et régulièrement pour prévenir tous les dangers. Par contre le Journal of American
Medical Association publie une étude qui arrive à la
conclusion que les radiographies 3D
non seulement ne sont pas efficaces mais peuvent être
dangereuses, incitant à des interventions chirurgicales non
nécessaires qui comportent leurs propres risques. Les rayons X plus
performants peuvent détecter des cancers qui n’évolueraient pas
nécessairement en danger de mort. C’est ce qu'on appelle actuellement
la « surdiagnostication ».. Les études récentes remettent en cause
notre vue courante du cancer comme un mal inexorablement progressif.
Il y a toute une gamme de cancers : ceux qui progressent
rapidement et conduisent à la mort, ceux qui sont plus lents, et
certains qui stagnent et même régressent. Et les radiographies 3D les
plus performantes permettent de détecter de plus en plus
les diverses formes de cancer sans pouvoir toujours
prévoir leur dangerosité. |
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services
de poissons par semaine, (ou huile de poissons) peuvent diminuer d’un tiers
les risques de crise cardiaque. Les oméga-3 vont devenir le All-Bran du 21ième
siècle. Et on va les retrouver partout sous des milliers de formes… Les
poules donnent l’exemple et ont commencé à pondre des Oméga-3. Décourageant
pour la science tout de même, des hommes vont continuer à mourir,,, comme si
c’était une mauvaise habitude de l’espèce. Dans
un monde ou le Nutritionnisme s’est imposé, la recherche des bons
ingrédients se complique dans un supermarché. D’un coté, les nobles, les
riches : la boite de céréales abhorre triomphalement, comme autant
de titres, sa liste d’ingrédients en deux ou trois langues (ça fait plus chic
et plus long) pour épater le bourgeois; et à coté, la plèbe,
négligée, les fruits et les légumes qui sont un peu comme tout nus, gênés et
confus d’être là, des parias, à prendre tel quel, sans savoir au juste
ce que l’on mange, du simple brocoli ou une vulgaire pomme. A
coté de la boite de conserve ou de céréales, c’est comme s’ils étaient
d’une indigence absolue en « ingrédients », en
« nutrients ». c’est comme si, pour le consommateur
avisé, l’ignorance se mesurait à la science, le néant à la réalité, une
guère larvée des Anciens et des Modernes. Gus, Bof ne trouve pas cela fair. Foglia
se porte sans doute à la défense des enfants quand il dit. « C’est pas vrai qu’il y a de la vitamine A
dans le brocoli; dans le brocoli, il y a du brocoli, point. C’est pour ça que
c’est dégueulasse. » C’est
une injustice manifeste, la science ne capitule pas cependant et espère
un jour la réparer. Les recherches génétiques en cours permettront
peut-être un jour aux ingrédients de s’exprimer, de se manifester, de prendre
la parole dans une espèce de code à barre génétique et le
consommateur pourra, comme pour les prétentieuses boites de
conserve, lire sur la pelure d’une pomme ou l’écorce d’une
orange la liste des « nutrients », voir enfin s’exprimer toute la
richesse de leur être profond,. Le consommateur pourra alors (enfin diront
les impatients) ingurgiter des ingrédients de classe, avec
des titres prestigieux, approuvés par la faculté. Tout ça au lieu
de croquer vulgairement et pré scientifiquement dans la pomme à
papa. Et quel progrès pour la santé d’un chacun…Et se livrer en toute
bonne conscience au plaisir d’ingurgiter des ingrédients. C'est
à peu près cela que l’auteur dont Bof s’inspire semble bien vouloir dire. Et les
perdants du nutritionnisme: nous, qui sommes en voie de perdre le
plaisir de manger. Et les plus grands perdants, les névrosés qui
s’approchent de la nourriture « avec crainte et tremblement »
comme le recommande Kierkegaard sur les étiquettes, les mieux pensées.
Et qui ne peuvent plus digérer… L’essentiel du paradoxe français ne serait-ce pas que la sociabilité et la conscience du plaisir de manger sont des ingrédients majeurs d’un repas et contribuent autant plus à la bonne santé des convives que la compagnie d’une calculatrice, si belle soit-elle, qui évalue à la pièce la valeur nutritive de chaque ingrédient, avec en arrière fond, pour faire tragique, les peurs à la mode du moments. L’alarmisme se digère mal…
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Bof,
Ouais! Tout ceci pour le premier conseil de ton mentor : Manger de la nourriture. Mais
que fais-tu des deux autres conseils?
Ne pas trop manger. Manger surtout des végétaux. Bof
doit avouer qu’il a moins d’inspiration quant à ces judicieux conseils.
Peut-être parce qu’il se sent un peu concerné. Il
manifeste comme il peut son indignation quand il voit la concurrence
entre les Fast Food pour savoir qui offrirait à sa
clientèle le plus gros hamburger… ou les concours à qui mangerait le
plus de hot-dogs en X temps, qui offrirait des sandwichs qui compétitionnent
avec le nombre de ponts du dernier navire de croisière. L’honneur
suprême : être reconnu par le Livre des records de Guinness.
Le tout est parfois enregistré pour être transmis à La
richesse n’est pas incompatible avec la stupidité. On est en démocratie
après tout. Et
pense à Henri IV qui rêvait que son peuple puisse mettre la poule au
pot une fois par semaine.. Trois siècles plus tard, pour certains
« omnivores », la viande est au menu trois fois par
jour. Du bacon avec les œufs le matin, le jambon le midi et le
poulet ou le steak le soir. |
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Gus,
ce sont des maladies de civilisation. On est peut être malade d’être
trop riche… Et surtout que les modes de vie ont tellement changé… L’exercice
a foutu le camp avec la faim ou la famine.. L’obésité
nous menace tous… C’est la peste du 21ième
siècle qui risque de décimer les populations riches … du
moins à ce qu’on dit. Bof a une solution pour alléger le problème ou pour se soustraire aux classifications ou pour récupérer sa joie de vivre. Il y a une génération, on a éliminé tous les sourds en les remplaçant par des malentendants; et en ajustant en conséquence les pensions d’invalidité. Pour l’obésité, ne pourrait-on pas jouer un peu sur les mots, ou tout au moins sur les critères… On n’aurait qu à faire glisser la règle des critères, faire passer la démarcation entre l’embonpoint et l’obésité de 30 à 32 IMC. Avec un peu de |
Gus, les écolos
s’en mêlent pour nous compliquer la vie.. Aliment Bio
qui vient de loin et qui dépense pour arriver dans notre assiette
plus d’énergie qu'il n’en rapporte à celui qui le consomme. Ou aliment
conventionnel de proximité qui est plus frais et produit moins de gaz
à effet de serre pour nous parvenir. Des zélés
prônent « la diète 100 kilomètres », indiquant la distance
maximale admissible pour la provenance de la nourriture. Évidemment,
pour retenir l’attention des médias, des Cassandre et des Savonarole ne
tolèrent que la tomate de balcon… 22/03/07
Gus, les remarques précédentes étaient inspirées d’un article de fond
paru dans le TIME MAGAZINE. Quinze
jours plus tard, la revue précise qu'elle
n’a jamais reçu autant de lettres de la part de ses lecteurs. Presque
un sondage à considérer le sens
général des lettres 37% Mangez n’importe quoi. Les produits
organiques sont surévalués 35%
Mangez local. Supportez les cultures locales. 28%
Manger organique Les pesticides tuent |
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chances,
on perdrait statistiquement la moitié de nos obèses, on
dégagerait de la place dans nos hôpitaux et quel soulagement pour ceux
que la norme angoissait ou que le regard des autres terrorisait. De
toutes façons n’a-t-on pas baissé trois fois la norme idéale pour
la pression sanguine et le cholestérol. Depuis Bof a appris qu’en 1998 toute une population bien
portante et fonctionnelle, trente millions de citoyens américains bien
portants, se sont réveillés un bon matin souffrant d’embonpoint,
au bord de la névrose et propulsés à l’assaut des diètes à
la mode parce que National Heart, Lung and Blood Society venait
solennellement de diminuer d'autorité le BMI de >27 à
>25 . |
Gus,
s’empiffrer est un problème de Et des 100+ cauaux de TV |
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Gus,
attention!Si tu lis trop de spécialistes qui proposent chacun de manger
quotidiennement « leur aliment santé », leur dada, tu risques de
souffrir assez tôt d’obésité. Tu devras courir bout à bout toutes les
distances qu’on te demande de
parcourir pour garder ta forme. Bonne chance, |
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La nouvelle frontière du tour de taille élargissait la zone de
danger et créait ainsi un nouvel apartheid des pas beaux et des pas
bons, des trop gros. Au
bénéfice des psychologues et des psychiatres) (Gus, ton prof a
déjà parlé des 10 causes de l’obésité vues par les scientifiques et Bof avec
sa lucidité habituelle ou par expérience, en a ajouté 3 ou quatre autres,
autrement plus performantes et efficaces. L’obésité
généralisée comme catastrophe appréhendée Gus,
voir aussi : obésité et mortalité (les obèses ont le droit de mourir comme tout le monde) Gus, un conseil entre
nous: un des meilleurs trucs pour garder sa ligne est de se trouver
une blonde qui fait de la vilaine bouffe… (et la marier pour faire
durer la cure) ou, si tu en as les moyens, fréquenter un
restaurant qui sert encore la nouvelle cuisine : Petite
portion garantie. Temps de digestion gracieusement fourni par
l’établissement. Tu auras trois quarts d’heure pour digérer ton brocoli au
Cheddar arrosé de lait de chèvre aromatisé à la menthe. 15/3/07.
Gus, autre truc pour maigrir. Si tu es
à New York, tu pourras te présenter avec ton salaire de Chez MacDo au
restaurant Nino’s Bellissima, et tu auras droit de humer ou goûter du
doigt leur pizza à $1000.00 us
aux huit onces de quatre sortes de caviar et de tranchinettes de queue de
homard avec crème fraîche et endives. Quand on pense qu’il y a un siècle ou deux alors que les esturgeons étaient considérés comme une peste, on donnait les œufs d'esturgeon dans les tavernes texanes pour inciter la clientèle à boire davantage et mieux l’exploiter. … Bof aime bien ce retour de balancier du bêtisier universel.… Bon appétit`! |
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7
nov. 07.. des chercheurs du
gouvernement américain arrivent à des conclusions étonnantes (ou consolantes, au moins pour Bof) en matière de
mortalité. On savait déjà que les gens
qui souffrent d'embonpoint (catégorie :
overweight, 25-30 comme indice corporel)
avaient un taux de mortalité plus faible que celui des autres
catégories (faible, normal ou obèse).
Les nouvelles recherches permettent de
déterminer les maladies qui expliquent
cette apparente anomalie. Les maladies moins fréquentes pour la catégorie
« embonpoint » sont l’Alzheimer,
le Parkinson, les infections et
les maladies pulmonaires et le taux pour les autres maladies courantes est le
même que pour les autres catégories de
poids. On en est à se demander s’il ne faudrait pas changer la table de normalité
de poids.. Vive la science |
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Et la technologie s’y met maintenant…. Gus, au cas ou tu ne serais pas mort de peur, ou
si tu te trouves malgré tout encore « pétant de santé », voici que la technologie prend le relais des nutritionnistes pour faciliter tes choix… et te faire manger comme tu
dois, espèce de bébé gaté. A une exposition
récente des technologies de la bouffe
à Chicago. (Juill. 2007) on pouvait trouver tout ce qu’il faut pour
déconstiper une âme angoissée. En principe il s’agit du deux pour un. La paresse de toutes façons a toujours été
le moteur des technologies modernes. Un yogourt pour diminuer le cholestérol ou encore pour limiter l’appétit. Des cubes de
fromage qui renforcent le système immunitaire… au cas, Gus, où tu attraperais le sida… Des desserts qui contiennent des huiles de
poissons qui sont un baume pour les
cœurs malades. Des salades avec des vinaigrettes débordantes
d'antioxydants, … Du riz au thé vert si populaire de ce temps-ci. Un
gage d’immortalité si pris rituellement. Et pour la veille des examens, des
« brownies » avec phosphatidylserine, qui est supposé augmenter les capacités de
la mémoire. Répète le nom, Gus!. Un chocolat bourré de petites bulles d’air qui fait
moins engraisser. Ne ris pas! Gus, il fallait y penser… surtout quel l’air ne
coûte pas cher, au moins de ce temps-ci. Et en ligne, tous
les grands patrons des grands consortiums de l’industrie de la bouffe faisant des mea culpa à fendre l’âme ou la
poitrine (au choix) et jurant sur la tête de leurs grands parents qui ne
sont pas encore morts qu’ils feront tout à l’avenir pour améliorer par leurs
produits la santé de la population.. Foi de grand patron ! Sept. 2008 « Les experts réunis par l’Institut Français de
Nutrition sont nombreux à penser que la nutrition fait fausse route
lorsqu’elle considère les hommes comme des individus consommant des
nutriments. Car, si manger est un besoin vital et a une finalité nutritive,
manger est aussi l’acte nourricier par lequel se construisent l’affectivité,
la personnalité et la socialisation. |
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Gus, si tu
n’as pas encore un peu peur en t’approchant de la table,
tu peux
toujours aller voir.
Interférence de la nourriture
et des médicaments…
Ensuite tu pourras prendre la dernière tisane à
la mode pour te permettre de dormir sans trop de cauchemars.
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