Le « Nutritionnisme »

 par le prof bof

« Le dilemme des omnivores.. »

et la diète « méditerranéenne ».

Gus,

Bof  va faire état (à sa manière) d’un ouvrage  qui a été choisi parmi les dix meilleurs livres de 2006 selon les critiques du  New York Time. (Michel Pollan The Omnivorous Dilemma) C’est  une pinte de bon sens (et de bon sang) rafraîchissante et une excellente remise à leur place des gourous (ou des  gourouses) qui  au gré des modes et des fluctuations de la recherche scientifique n’arrêtent pas de mettre leurs  sales sabots dans nos assiettes…et  une belle histoire  de l’évolution des préoccupations modernes en matière  de diètes. … et de santé  ou de la perte de l’art et du plaisir  de manger.

 

Ses principes ou  plutôt ses conclusions sont clairs et il n’hésite  pas d’entrée de jeu de mettre ses cartes  sur  table… (où elles peuvent servir)

La recette pour demeurer en meilleure santé consiste  en trois points :

 

Manger de la nourriture

             Ne pas trop manger

                            Manger surtout  des végétaux.

 

--- Bof, manger de la nourriture, cé tu une totologie ?

 

--- Gus, ça peut ressembler à une tautologie,  mais derrière  les mots  on peut trouver des thèmes de réflexion en matière de bouffe et sur l’histoire contemporaine de ce que l’auteur appelle le Nutritionnisme. Bof est peu porté sur les livres de diètes (à tout prendre il préférerait les livres de recettes), mais il est intrigué par cette étude qui va au-delà des diètes alimentaires et  qui tente d'analyser les attitudes profondes  de certains comportements autant de la part des scientifiques que du public. Au  diable les 400 diètes patentées  qui sont autant  de trucs pour exploiter  la  culpabilité,  la naïveté et la crédulité d’un chacun.    

Quels  sont  plutôt  les prérequis plus ou moins conscients qui ne relèvent  pas  de la diététique?

Au cas ou certaines des réflexions pourraient être utiles, à toi qui commence déjà à développer une relation amour-haine  avec ton pèse-personne, Bof, à sa manière  (spécialistes s’abstenir ou plutôt acheter l’ouvrage de M.Pollan.) te présente  quelques grandes lignes de l’ouvrage 

 

LE NUTRITIONNISME.

 

---Bof, Pourquoi l’« isme » ?  Pourquoi pas simplement « la nutrition » ?

 

Gus, pour bien montrer  que chapeautant ou en marge de la science, il existe une idéologie  à propos de la bouffe, une idéologie qui s’apparente plus à une religion  ou à une philosophie ou à une névrose qu’à la science.  C’est à ce titre que Bof s’y intéresse  et il n’oserait jamais émettre  sérieusement un avis en diététique à moins que ce ne soit pour en rire ou faire rire de lui  ou pire qu’on l’oblige à donner l’exemple.

Et cette idéologie, faut-il ajouter avec l’auteur, fait  l’affaire des  producteurs, des commerçants, des concocteurs de diètes, des  scientifiques et des journalistes occupés aux chroniques de  l’alimentation  dans les media.

On y reviendra.

 

Un peu d’HISTOIRE.

 

 Le Nutritionnisme, comme isme,   remonte aux années cinquante du précédent  siècle. L’expression, étonnante à première vue, résume et stigmatise  l’évolution des préoccupations à l’égard de la nourriture.  On ne mange plus de la nourriture… mais…QUOI  ALORS ?

 

A cette époque, on a pris conscience  que certaines maladies  résistaient toujours au progrès de la médecine et même tendaient à augmenter alors que tant d’autres avaient été éliminées

Les hommes continuent toujours à  mourir… et ils mangent toujours. Il doit bien y avoir un rapport de cause à effet entre ces deux constantes.  Le cancer et les maladies cardiaques  semblaient faire un doigt d’honneur au scientisme de l’époque alors que plusieurs maladies avaient du honteusement plier  l’échine et disparaître de la table des malheurs de l’humanité, du moins en Occident.

 

Pourtant certaines populations échappaient   au triste sort de la modernité, du moins en regard de ces deux types de maladies.

 

     Comment résister à certaines maladies sans les permissions d’usage de la faculté. Des maladies se donnaient un petit air culturel. Des recherches ont porté particulièrement sur des habitants de l’Île de Crêtes  au cœur de la Méditerranée.…   On y a trouvé  des gens apparemment en meilleure santé … Que mangeaient-ils ?  Des aliments  qu’on aurait crus nocifs, qui foutaient la trouille à ceux qui étaient au fait de la littérature courante,  mais qui avaient,  semble-t-il,  un effet positif sur ces populations.  Ce fut la naissance du paradoxe méditerranéen, ou encore, pour se donner un petit air chic,   du paradoxe français,  et évidemment de la diète du même nom.

 

Quoi faire ? La science fit ce qu'elle pouvait, ce qu'elle sait faire de mieux; elle a analysé, décortiqué, décomposé, ramené les aliments  à des éléments, à des molécules ou à des atomes en attendant  d'arriver au quarks sans doute… Et souvent, avec la collaboration d'armées de rats,  on arrivait souvent  en fin de recherche avec le «smoking gun », avec l’arme du crime, comme diraient les Américains,   la molécule responsable des malheurs ou des heurs,  celle  qui expliquait pourquoi les Crétois vivaient mieux, du moins échappaient à certaines maladies qu’on n’arrivait pas à vaincre.… La science de la nutrition venait de franchir, du moins dans le public,  un pas important…On venait de quitter l’univers de la nourriture pour  ne parler plus que des ingrédients  (ou des « nutriments » ou encore des «  nutrients » pour faire court).

 

 

C’est le triomphe de l’esprit d’analyse : On ne mange plus. …. En attendant la cuisine du même nom, on ingurgite du moléculaire, des hydrates de carbone, des glucides,  des lipides, des cupides,  des bons gras, des mauvais gras   pour les naïfs, des béta carotène,  de l’acide ascorbique, des phthalates, du terpineol, de l’alanine, anethole, apigenin, etc.    pour les snobs,  des Ogm, Ibm, BbM, bmw. etc. pour les riches ou ceux qui tirent du grand. Une génération d'analphabètes a appris ses lettres avec des vitamines. On faisait ses premières leçons de grec en décomposant  ce qu’on avait mangé la veille ou à partir de la dernière étiquette qu’on avait lue.

 

 Et la liste des nutriments  se diversifie et s’amplifie  au gré des « doctorandi » et de la bonne volonté des rats conscrits pour  le salut de l’humanité et qui daignaient crever  pour la cause.  Du moins en Occident.

 

 C’est le triomphe du nutritionnisme: on isole le «  nutrient »  de la nourriture, on isole la nourriture du repas, le repas du plaisir de manger et du plaisir de la sociabilité.

             

La bouffe fout le camp, on ne mange plus de nourriture, on furète, on ingurgite des ingrédients ou des nutriments, on en tient la comptabilité. On fait son marché avec une calculatrice. On lit les étiquettes avec  le sérieux qu’on réserve habituellement à  un éditorial du Devoir avant d'entrer en dépression. On fait la comptabilité chaque soir, en guise d’examen de conscience. On  récapitule à la semaine ou au mois, selon les colonnes prévues dans le bilan de santé. On soupèse et se pèse.  Et on lit le best-seller du mois qui a  fait trembler la population à propos d’un aliment qui était tout à coup consacré « le mal du siècle » et qui connaissait enfin  son quart d’heure de gloire, en attendant de céder sa place  aux « autres maux du siècle » qui arrivent à queue leu leu dans le monde de l’édition  pour satisfaire et entretenir l’angoisse existentielle de la population. …

 

On avait  enfin élucidé les mystères de la   diète « méditerranéenne ».  Plus de mets, mais des nutriments. Plus de gâteau, des ingrédients.  Au diable la manière de manger,  le climat, les habitudes de travail,  l’exercice physique commandé pour assurer sa subsistance, les propriétés  ou l’atavisme génétique des populations,,,,  les nourritures disponibles, et  la civilité, l’art et le temps de manger et de faire à manger…Au  diable les Méditerranéens, vive les molécules, les bonnes et les mafieuses, qui prises hors  de leur milieu d’origine faisaient souvent des frasques.                  

 

Conséquences. …  L’Industrie s’adapta très vite et y trouva son profit. Pour promouvoir  certains mets,  à  la réputation parfois douteuse,  rien de mieux que d’y ajouter et de mettre en évidence l’ingrédient qui permet de vendre au nom de la santé des mets qui normalement  devraient  exiger une certaine prudence  ou commencent  à avoir mauvaise réputation (l’ingrédient est microscopique et le grand public  n’y comprend rien, mais  la magie de l’apparat scientifique opère)  …(Gus,  une carotte au milieu d'un pot de beurre d’arachide n’aide pas à vendre le produit, mais si on voit sur l’étiquette que le pot  contient  X milligrammes  de Beta carotène,  les  âmes portées sur  la crainte et sur  la belle science (ta mère peut-être) achèteront volontiers le produit)…Avec indulgences en sus.

Et à chacun d’imaginer sa combinaison idéale  de   «nutrients. »  Des centaines d’ouvrages  proposent  la diète  parfaite,  le salut par la table…Et la rentabilité vient couronner ceux qui ont  su frapper le plus l’imagination et promettre le progrès (la récupération de la ligne)  à moindre effort.

Gus pour les diètes qui ont cours : Voir une liste qui  en comporte 400

http://www.chasefreedom.com/

  L’auteur y va même d’une recommandation qui peut paraître audacieuse : Éviter  les produits qui se présentent comme  des aliments santé. Ce sont ceux qui ont été  le plus trafiqués industriellement … pour avoir le plaisir de faire une belle et longue étiquette qui agira comme du papier mouche pour les névrosés.

 

Si l’industrie y trouve  son  bénéfice dans  cette réduction de la nourriture à des ingrédients,  Gus, tu vois le bénéfice, l’intérêt pour  la chroniqueuse en bouffe qui doit faire une chronique par semaine pendant 50 semaines et pendant dix ans… Imagine si elle avait à faire une chronique il y a  un siècle ou deux… A peu près  rien à dire sinon manger…… et trimer dur pour mettre quelque chose sur la table.... A choisir entre deux out trois sortes de viandes et une dizaine de légumes…et quelques dizaines de recettes classiques (Gus, ceci  avant l’arrivée des Italiens et des Chinois) De quoi épuiser rapidement le répertoire du mangeable et être condamné à la répétition.

 Mais avec les ingrédients nouveaux qui se bousculent au portillon de la publicité,  qui se piétinent pour être en tête  du palmarès ou qui dégringolent  avec le dernier article paru dans Science,,, les chroniques peuvent  se suivre, se compléter, s’autodétruire…se  réviser et se raviser, se reprendre… Un chroniqueur occupé à suivre la science de la nutrition, surtout si elle est rendue au stade du  nutritionnisme,  en a autant  à dire qu’un chroniqueur sportif qui prend

Gus on ne peut plus rire en mangeant.

 

Un enfant de dix ans, aujourd’hui, est convaincu que les tomates sont toujours naturellement rondes  comme des balles de base-ball. Et on ne peut même pas se les lancer.

 Fini le plaisir libidineux que les enfants pouvaient avoir autrefois autour de la table  en se poussant du coude quand il  voyait une belle grosse tomate qui avait l’air d’une agglomération de  deux ou trois paires de fesses. Ce qui faisait sans doute sourire tout aussi libidineusement Freud  du haut de l’empyrée.

Aujourd’hui, plus modestes (les tomates), elles doivent  s’insérer dans l’espace prévu dans l’emballage de styrofoam,.. et sourire un peu …si elles en ont le goût.

 

L’analyse chimique n’ayant pu déterminer et isoler les  « nutrients », les molécules ou les atomes responsables du bon vin, on a été obligé de s’en remettre à l’analyse linguistique et d’enquêter sur les discours des faiseurs de mythes, les baratineurs professionnels  qui réussissent à s’imposer  dans les rubriques de journaux.

 

Gus, prépare ton avenir…

Un nouveau métier pour toi.

 

Joue au dégustateur…

 

Prends du Coke, du Pepsi, du jus de tomate ou une autre de tes boissons préférées.

Imagine toutes les combinaisons possibles avec le hot dog,  le pop-corn, le hamburger,  la poutine, le Kraft Dîner,  le beurre d'arachide (aux truffes ou sans truffes).

 

Prépare-toi à baratiner au moins cinq minutes à propos de chaque combinaison que tu auras imaginée.

Pratique-toi un air de connaisseur, regarde-toi dans le miroir pour voir si tu as l’air de déguster en profondeur… (Au besoin pour être plus convaincant prend la pose du Penseur de Rodin caleçon en sus)

Invente  quelques termes  qui  impressionneront ton jeune auditoire, (N’oublie pas de parler de la robe, de la jupe ou de la petite culotte du Pepsi ou du jus de tomate)

Décerne des étoiles…  comme à la maternelle…

Si tes auditeurs  restent accrochés à tes jeunes babines…,tu seras passé maître dans  le Winespeak comme les Américains aiment à dire… Plutôt  le « junkdrinkspeak »

Et tu seras invité par les postes de radio ou de TV  comme bouche-trou professionnel  pour leur permettre  de remplir le temps prévu pour leurs « beaux programmes ».  

la plume tous les matins et qui trouve son matériel tout frais de la veille.…

Et qui nous répète que le Canadien a gagné 4-2 comme si c’était la première fois.

 

 

Fluctuations et modes. Les ingrédients bons ou  mauvais, les bonnes ou les mauvaises  changent de place ou d’ordre selon  les  recherches,  l’intrépidité des savants,  le tempérament contestataire ou l’option politique de l’un ou de l’autre (gauche/ droite, rive gauche/rive droite, ) l’usure  des diètes,  et surtout, ces derniers temps,.   le raffinement des appareils de détection…A tous les cinq ans, on change le palmarès.  

 

Cri du cœur ou saute d’humeur d’un méditerranéen.

 

 « Ne les attendez–vous pas venir  les commissaires à l’alimentation ? Sont en train de poser des barbelées autour de nos frigos. Sont dans la même dynamique morale que les autres lobbies, sont dans le pouvoir d’influer sur les politiques. Des curés. Et bientôt des flics. Sont à veille de surgir à  l’improviste dans nos cuisines,  fouiller dans le frigo, touiller nos poubelles…Deux ans avec sursis pour un pot de crème fraîche. Quatre ans pour un tartare, 15 ans sans possibilité de libération conditionnelle pour des involtini de raie au beurre noir, servis avec des tranches de polenta frite.

 

Et vous, gogos comme d’habitude, de faire un best-seller d’un livre sur les aliments contre le cancer. Vous êtes capables de faire ça, vous ? Manger contre le cancer. »

 

Foglia. 13 fév 2007.

Selon l’orthodoxie d’usage à telle année, l’avocat est à éviter (Gus, le fruit) car contenant trop de gras ou à  rechercher aux dernières nouvelles pour ses gras mono insaturés.  Et les gouvernements soucieux de la santé du peuple et surtout de leur  budget santé  ajustent à tous les cinq ans les guides de la bonne alimentation pour être à la fine pointe du progrès.

 

Gus, si jamais tu comptes sur des vitamines pour raffermir ta santé choisis bien une année où  elles sont « tendance » :  en 2007, selon  The Journal of the American Medical Association à la suite de recherches faites à l’Université de Copenhague,  les vitamines A, E et Beta carotene,  augmenteraient les dangers de mortalité.

 

Gus, si tu n’as pas aimé ton dernier Petrus ou le Merlot de ton Prof, tu peux toujours essayer un vin  biodynamique,  une coche au dessus d’un vulgaire vin biologique. Évidemment le raisin est cultivé sans pesticide ou engrais chimique, mais la récolte se fait selon des principes mystico-philosophiques  préconisés par Rudolf Steiner dans les années vingt... qui ont donné lieu à des méthodes d’éducation mais aussi à des manières de cultiver la vigne. La récolte doit obéir à certaines positions de la lune, du soleil et des étoiles. On doit, petit détail,  planter dans le vignoble une corne de vache remplie de fumier à l’équinoxe d'automne. La musique de Mozart, en particulier la 40ième , éloigne les prédateurs..  Le vin biodynamique s’en vient  «  tendance » et les sommeliers raffinent leur goût,  leurs discours..  et les consommateurs doivent payer une prime fort compréhensible pour l’ingestion de philosophie et d'ésotérisme dans l’élaboration du raisin,  du vin et pour l’élégance et la profondeur des discours qui les accompagnent.

 

Les palmarès. La science fluctue, a-t-on dit. Elle crée des « prima donna »,  les laisse tomber. Plouf.  Elle se renouvelle à la période des BBM pour les grandes revues scientifiques… ou quand Paris Match s’intéresse à la diète miracle   d’une princesse quelconque de Monaco!  

 

  Il y a deux ans, on apprend que les diètes riches en  fibres  ne prévenaient pas le cancer du colon comme on le croyait, du moins  pas au 21ième sièce.  Une recherche sur quinze ans qui a coûté des millions, financée par The Womens Health Initiative, n’a pas trouvé de corrélation entre les diètes faible en gras et  les maladies coronariennes.  Et match nul : divergences sur  l’ingrédient qui tient la vedette par le temps qui court, en tête dupalmarès, les omega-3 : The Institute of Medicine  est incertaine quant à leur valeur pour améliorer la santé. Ils pourraient même être dangereux si combinés à d’autres « ingrédients », comme le mercure, par exemple,   dans certains poissons. Une autre étude de Harvard, par contre, prétend que deux

 

(03/07)  Gus, pour ton cancer tu peux tirer à pile ou face. (!?)

Deux études éminemment respectables arrivent à des conclusions contradictoires. Le New England Journal of Medicine pretend qu’une   radiographie  en trois dimensions rendrait curables la plupart des cancers du poumon. Donc des radiographies pour tout le monde et régulièrement pour prévenir  tous les dangers.

Par contre le Journal of American Medical  Association publie une étude qui arrive à la conclusion  que  les    radiographies 3D    non seulement ne sont pas efficaces   mais peuvent être dangereuses, incitant à des interventions chirurgicales   non nécessaires qui comportent leurs propres risques. Les rayons X plus performants  peuvent détecter des cancers qui n’évolueraient pas nécessairement  en danger de mort. C’est ce qu'on appelle actuellement la « surdiagnostication ».. Les études récentes remettent en cause notre vue courante du cancer comme un mal inexorablement progressif.  Il y a toute une gamme  de cancers : ceux qui progressent rapidement et conduisent à la mort, ceux qui sont plus lents,  et certains qui stagnent et même régressent.  Et les radiographies 3D les plus performantes  permettent de détecter  de plus en plus les  diverses  formes de cancer   sans pouvoir toujours prévoir leur dangerosité.

services de poissons par semaine, (ou huile de poissons) peuvent diminuer d’un tiers les risques de crise cardiaque. Les oméga-3 vont devenir le All-Bran du 21ième siècle. Et on va les retrouver partout sous des milliers de formes… Les poules donnent l’exemple et ont commencé à pondre des Oméga-3.

 

Décourageant pour la science tout de même, des hommes vont continuer à mourir,,, comme si c’était une mauvaise habitude de l’espèce.

 

 Dans un monde ou le Nutritionnisme  s’est imposé,  la recherche des bons ingrédients se complique dans un supermarché.

D’un coté,  les nobles, les riches : la boite de céréales  abhorre triomphalement, comme autant de titres, sa liste d’ingrédients en deux ou trois langues (ça fait plus chic et plus long)  pour épater le bourgeois;  et à coté, la plèbe, négligée, les fruits et les légumes qui sont un peu comme tout nus, gênés et confus d’être là, des parias, à prendre tel quel, sans  savoir au juste ce que l’on mange,  du simple brocoli ou une vulgaire pomme.  A coté de la boite de conserve ou de céréales,  c’est comme s’ils étaient  d’une indigence absolue en « ingrédients », en « nutrients ».  c’est comme si, pour le consommateur avisé,  l’ignorance se mesurait à la science, le néant à la réalité, une guère larvée des Anciens et des Modernes. Gus, Bof ne trouve pas cela fair.

Foglia se porte sans doute à la défense des enfants quand il dit. « C’est pas vrai qu’il y a de la vitamine A dans le brocoli; dans le brocoli, il y a du brocoli, point. C’est pour ça que c’est dégueulasse. »

 

C’est une injustice manifeste, la science ne capitule pas  cependant et espère un jour la réparer.  Les recherches génétiques en cours permettront peut-être un jour aux ingrédients de s’exprimer, de se manifester, de prendre la parole dans une espèce de  code à barre génétique et le consommateur  pourra, comme pour les prétentieuses boites de conserve,   lire sur  la pelure d’une pomme ou l’écorce d’une orange la liste des « nutrients », voir enfin s’exprimer toute la richesse de leur être profond,. Le consommateur pourra alors (enfin diront les impatients)  ingurgiter des ingrédients  de classe,  avec des titres prestigieux,  approuvés par la faculté. Tout ça au lieu  de croquer vulgairement et pré scientifiquement  dans la  pomme à papa. Et quel progrès  pour la santé d’un chacun…Et se livrer en toute bonne conscience au plaisir d’ingurgiter des ingrédients.

 

C'est à peu près cela que l’auteur dont Bof s’inspire semble bien vouloir dire.

Et les perdants du nutritionnisme: nous, qui sommes en voie de perdre le plaisir de manger.  Et les plus grands perdants,  les névrosés qui s’approchent de la nourriture « avec crainte et tremblement » comme le recommande Kierkegaard sur les étiquettes, les mieux pensées.  Et qui ne peuvent plus digérer…

 L’essentiel du paradoxe français  ne serait-ce pas que la sociabilité et la conscience du plaisir de manger  sont des ingrédients majeurs d’un repas et contribuent autant plus à la bonne santé  des convives  que la compagnie  d’une calculatrice, si belle soit-elle,  qui évalue à la pièce  la valeur nutritive de chaque ingrédient, avec en arrière fond, pour faire tragique,   les peurs à la mode du moments. L’alarmisme se digère mal…

 

Bof, Ouais! Tout ceci pour le premier conseil  de ton mentor :

Manger de la nourriture.

Mais que fais-tu des deux autres conseils?

             Ne pas trop manger.

 

   Manger surtout  des végétaux.

Bof doit avouer qu’il a moins d’inspiration quant à ces judicieux conseils. Peut-être parce qu’il se sent un peu concerné.

Il manifeste comme il peut son indignation quand il voit  la concurrence entre les Fast Food pour savoir qui  offrirait à sa clientèle  le plus gros hamburger… ou les concours à qui mangerait le plus de hot-dogs en X temps, qui offrirait des sandwichs qui compétitionnent avec le nombre de ponts du dernier navire de croisière.   L’honneur suprême : être reconnu par le Livre des records de Guinness.  Le  tout est parfois enregistré  pour être transmis à  la Télévision africaine pour les encourager à travailler plus en leur montrant les bénéfices du travail,  du 9 à 5.

La richesse n’est pas incompatible avec la stupidité.  On est en démocratie après tout.

Et pense à Henri IV  qui rêvait que son peuple puisse mettre la poule au pot une fois par semaine..  Trois  siècles plus tard, pour certains « omnivores »,  la viande est au  menu trois fois par jour. Du bacon avec les œufs le matin,   le jambon le midi et le poulet ou le steak le soir.

Gus, ce sont  des maladies de civilisation. On est peut être malade d’être trop riche…  Et surtout que les modes de vie ont tellement changé… L’exercice a foutu le camp avec la faim ou  la famine..

L’obésité nous menace tous… C’est la   peste   du 21ième  siècle qui risque  de décimer les populations riches … du moins à ce qu’on dit. 

Bof a  une solution pour alléger  le problème ou pour se soustraire  aux classifications ou  pour récupérer sa joie de vivre.  Il y a une génération, on a éliminé tous les sourds en les remplaçant par des malentendants; et en ajustant en conséquence les pensions d’invalidité. Pour l’obésité, ne pourrait-on pas  jouer un peu sur les mots, ou tout au moins sur les critères… On n’aurait qu à  faire glisser la règle des critères, faire passer la  démarcation entre l’embonpoint et l’obésité   de 30 à 32 IMC. Avec un peu de

Gus, les écolos s’en mêlent pour nous compliquer la vie..

Aliment Bio qui vient de loin  et qui dépense pour arriver  dans notre assiette plus d’énergie  qu'il  n’en rapporte à celui qui le consomme.

Ou aliment conventionnel de proximité qui est plus frais et produit moins de gaz  à effet de serre pour nous parvenir.

Des zélés prônent « la diète 100 kilomètres », indiquant la distance  maximale  admissible pour la provenance de la nourriture.

Évidemment, pour retenir l’attention des médias, des Cassandre et des Savonarole ne tolèrent que la tomate de balcon…

 

22/03/07 Gus, les remarques précédentes étaient inspirées d’un article de fond  paru dans le TIME MAGAZINE.

Quinze jours plus tard, la revue précise qu'elle  n’a jamais reçu autant de lettres de la part de ses lecteurs.

Presque un sondage à considérer le  sens général des lettres 

 37% Mangez n’importe quoi. Les produits organiques sont surévalués

35% Mangez local. Supportez les cultures locales.

28% Manger organique­ Les pesticides tuent

 chances,  on perdrait statistiquement  la moitié  de nos obèses, on dégagerait de la place dans nos  hôpitaux et quel soulagement pour ceux que la norme angoissait ou que le regard des autres terrorisait.  De toutes façons n’a-t-on pas baissé trois fois la norme idéale  pour  la pression sanguine et le cholestérol.

Depuis Bof a appris  qu’en 1998 toute une population bien portante et fonctionnelle, trente millions de citoyens américains bien portants,  se sont réveillés un bon matin souffrant d’embonpoint,  au bord de   la névrose et propulsés à l’assaut des diètes à la mode parce que National Heart, Lung and Blood Society venait solennellement de  diminuer  d'autorité le  BMI de >27 à  >25 .

 

Gus, s’empiffrer est un problème de riches. Faire la patate de sofa est un sous-produit de la télévision et des congés payés. Et de la semaine de cinq jours.

Et des 100+ cauaux de TV

 

 

Gus, attention!Si tu lis trop de spécialistes qui proposent chacun de manger quotidiennement « leur aliment santé », leur dada, tu risques de souffrir assez tôt d’obésité. Tu devras courir bout à bout toutes les distances  qu’on te demande de parcourir pour garder ta forme. Bonne chance,

La nouvelle frontière du tour de taille  élargissait la zone de danger et créait ainsi un nouvel apartheid  des pas beaux et des pas bons, des trop gros. Au bénéfice des psychologues et des psychiatres)

 (Gus, ton prof a déjà parlé des 10 causes de l’obésité vues par les scientifiques et Bof avec sa lucidité habituelle ou par expérience, en a ajouté 3 ou quatre autres, autrement plus performantes et efficaces.

L’obésité généralisée comme catastrophe appréhendée

Gus, voir aussi : obésité et mortalité   (les obèses ont le droit de mourir comme tout le monde)

Gus, un conseil entre nous: un des meilleurs trucs pour garder sa ligne est de se trouver une blonde  qui fait de la vilaine bouffe… (et la marier pour faire durer la cure)  ou, si tu en as les moyens,   fréquenter un restaurant qui sert  encore la nouvelle cuisine : Petite portion garantie. Temps de digestion gracieusement fourni par l’établissement. Tu auras trois quarts d’heure pour digérer ton brocoli au Cheddar arrosé de  lait de chèvre aromatisé à la menthe.

 

15/3/07. Gus, autre truc pour maigrir. Si tu es  à New York, tu pourras te présenter avec ton salaire de Chez MacDo au restaurant Nino’s Bellissima, et tu auras droit de humer ou goûter du doigt leur pizza à $1000.00 us  aux huit onces de quatre sortes de caviar et de tranchinettes de queue de homard avec crème fraîche et endives.

Quand on pense qu’il y a un siècle ou deux  alors que les esturgeons étaient considérés comme une peste, on donnait les œufs d'esturgeon dans les tavernes texanes pour inciter la clientèle à boire davantage  et  mieux l’exploiter. … Bof aime bien ce retour de balancier du  bêtisier universel.… Bon appétit`!

 

7 nov. 07..  des chercheurs du gouvernement américain arrivent à des conclusions étonnantes (ou consolantes, au moins pour Bof) en matière de mortalité.  On savait déjà que les gens qui souffrent d'embonpoint (catégorie : overweight, 25-30 comme indice corporel)   avaient un taux de mortalité plus faible que celui des autres catégories (faible, normal ou obèse). Les nouvelles recherches  permettent de déterminer les maladies qui  expliquent cette apparente anomalie. Les maladies moins fréquentes pour la catégorie « embonpoint » sont l’Alzheimer,  le Parkinson,  les infections et les maladies pulmonaires et le taux pour les autres maladies courantes est le même que pour les  autres catégories de poids. On en est à se demander s’il ne faudrait pas changer la table de normalité de poids..  Vive la science

 

Et la technologie s’y met maintenant….

Gus,  au cas ou tu ne serais pas mort de peur, ou si tu te trouves malgré tout encore «  pétant de santé »,  voici que la technologie prend le relais  des nutritionnistes  pour faciliter  tes choix… et te faire manger comme tu dois, espèce de bébé gaté.

A une exposition récente  des technologies de la bouffe à Chicago. (Juill. 2007) on pouvait trouver tout ce qu’il faut pour déconstiper une âme angoissée. En principe il s’agit du deux pour un. La paresse de toutes façons a toujours été le moteur des technologies modernes.

Un yogourt pour diminuer le cholestérol  ou encore pour limiter l’appétit.

 Des cubes de fromage qui renforcent le système immunitaire… au cas, Gus,  où tu attraperais le  sida

Des desserts qui contiennent des huiles de poissons  qui sont un baume pour les cœurs malades.

Des salades avec des vinaigrettes débordantes d'antioxydants, …

Du riz au thé vert si populaire de ce temps-ci. Un gage d’immortalité si pris rituellement.

Et pour la veille des examens, des « brownies » avec phosphatidylserine,  qui est supposé augmenter les capacités de la mémoire. Répète le nom, Gus!.

Un chocolat bourré de petites bulles d’air qui fait moins engraisser. Ne ris pas! Gus, il fallait y penser… surtout quel l’air ne coûte pas cher, au moins de ce temps-ci.

Et en ligne, tous les grands patrons des grands consortiums de l’industrie  de la bouffe faisant des mea culpa à fendre l’âme ou la poitrine (au choix) et jurant  sur la tête de leurs grands parents qui ne sont pas encore morts qu’ils feront tout à l’avenir pour améliorer par leurs produits la santé  de la population.. Foi de grand patron !

Sept. 2008  La France s’en mêle

« Les experts réunis par l’Institut Français de Nutrition sont nombreux à penser que la nutrition fait fausse route lorsqu’elle considère les hommes comme des individus consommant des nutriments. Car, si manger est un besoin vital et a une finalité nutritive, manger est aussi l’acte nourricier par lequel se construisent l’affectivité, la personnalité et la socialisation.

Quand les mangeurs sont abreuvés de trop d’informations nutritionnelles, ils sont vite gagnés par l’anxiété et le sentiment de culpabilité. Inversement, placer la notion de plaisir au cœur de l’acte alimentaire est le garant de conduites adaptatives mises en place de façon durable.

C’est toute la différence entre l’enseignement qui passe par des savoirs et des règles, et la transmission qui se fait par imitation et passe par des modèles.

Une question au coeur du prochain colloque de l’IFN le 9 décembre 2008 à Paris : « Eduquer les mangeurs ?
De l’éducation nutritionnelle à l’éducation alimentaire. »

 

Gus,  si tu n’as pas encore un peu peur en t’approchant de la table,

tu  peux toujours aller voir.

Interférence de la nourriture et des médicaments…

 

Ensuite tu pourras prendre la dernière tisane à la mode pour te permettre de dormir sans trop de cauchemars.

 

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