LE PACIFISME A GOGO
ou le prêt-à-penser pour cerveau attendri
Par le Prof Bof.
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Depuis quelque temps un romancier nous assomme
à la radio avec un pacifisme à gogo des années trente, avec,
évidemment, les marchands de canons et les pétrolières comme
instigateurs des guerres, les larmes et les cris des veuves et des
orphelins... Comme si on entendait encore depuis deux siècles des apologies
de la guerre pour la guerre ! C’est dire des âneries, qui peuvent faire
pleurer les Margots, que d’affirmer emphatiquement que la paix
est préférable à la guerre, que la fraternité est meilleure que le génocide,
qu’une franche poignée de main est préférable à un coup de poing sur la
gueule ou à un coup de boule pour être au goût du jour. Ça fait
quelques millénaires que l’on répète ces lieux communs, et cela n’a pas
empêché l’empire romain de s’étendre, les guerres de cent ans et plus,
les guerres napoléoniennes, les révolutions et surtout les
guerres du vingtième siècle, les plus atroces que l’humanité ait
connues. C’est ce pacifisme à gogo que plusieurs historiens
considèrent comme une des causes de la dernière grande guerre, à tout
le moins de sa prolongation. S’il n’y avait pas eu tant de
capitulations et d’atermoiements en 37, en 38, la guerre aurait
certainement été écourtée. Paix ou lâcheté ? on ne sait plus. Sans
doute que c’était une ruse socialiste des marchands de canons pour avoir une
meilleure guerre, une plus longue, plus profitable.., avec plus
de marrons à tirer du feu. On a dit que la capitulation était la manière la
plus efficace pour finir une guerre. Évidemment si toutes les armés s’étaient
écrasées, comme certaines l’ont fait, devant les hordes hitlériennes,
l’Europe aurait connu un bon demi siècle de paix ou plus, de paix nazie. De
même en Corée, à défaut de résistance, le pays serait unifié et
connaîtrait la paix parfaite, la paix du silence, où on n’entendrait que les
acclamations au vainqueur. Occuper quelques neurones à penser que
l’alternative à la guerre est la paix peut consoler un moment, donner
l’illusion de réfléchir, mais le plus souvent l’alternative à la guerre est
la capitulation, l’asservissement, l’esclavage, l’injustice,
l’exploitation, l’extermination… Le romancier est très habile à décrire les horreurs de
la guerre. C’est à la portée de toutes les bourses intellectuelles, il suffit
de l’avoir vécu, de regarder la télévision, mais les mots ajoutent une
aura d’horreur qui fait frémir le lecteur ou l’auditeur. C’est facile de s’interdire de distinguer entre
agression, et légitime défense. Je ne sais si l’auteur a femme et
enfants. Ça ne me regarde pas, ne m’intéresse pas mais dans l’hypothèse
où sa virilité se serait manifestée en ce sens, je me demande ce
qu’il ferait si un jour des individus s’amenaient pour violer sa
femme, tuer ses enfants, détruire ce qu’il a pu construire dans sa vie
et tout ça malgré le signe de Peace and Love sur la porte d’entrée de son
domicile. Lèverait-il le petit doigt? Ce serait
peut-être manquer de doigté !! Enverrait-il des roses à l’agresseur, comme Arsène
Lupin à ses victimes ? Ce serait la guerre des roses dont l’histoire a gardé
le souvenir. Tenterait-il l’intimidation ou la conscientisation
en citant ses romans : « Comment faire l’amour…sans se
fatiguer » ? Inutile, si l’agresseur ne les a pas lus, pire, s’il
n’a pas aimés. Penserait-il à Tienanmen ou à Gandhi,
risquerait-il des tactiques qui ont déjà réussi et se coucherait-il
devant le tank qui s’approche. Peut être efficace si l’agresseur est un
anglais et si la télévision et les journalistes ont été convoqués à temps.. Sinon Splash…
Ni vu ni connu. Jouerait-il au couillon (sans couilles pour
la circonstance) ? alors « Adieu tendre épouse, adieu
beaux enfants »… Vive la paix. Bonne chance agresseurs. Prenez bien soin
de ma femme… Et s’il se porte à la défense de son épouse, ou de
ses enfants, peu importe les moyens, c’est une bataille, et si le
phénomène s’étend : c’est la guerre. Bonne chance, rien n’est assuré,
mais adieu paix chérie de mon cœur… Adieu les belles pages qui étaient
pourtant si bien senties. Mais tu es un homme, mon homme, un tueur
éventuel… ou une victime qui sera peut-être décorée, honorée, à
moins que les pacifistes à gogo te considèrent désormais comme un écoeurant
et écrivent de beaux textes à ta place pour la radio.. Gus, le pacifisme à gogo se prête à de
si beaux effets de toges, à de
si belles
chansons, à de si beaux sermons, à de si belles pages de
littérature… Et les victimes de la haine, des agressions
conquérantes, des visées expansionnistes, des intentions génocidaires,
de l’esprit de vengeance ne cessent de se multiplier, qui n’ont
plus le droit de se défendre car la paix à tous les droits et impose
tous les devoirs.. La justice, la liberté et le simple
droit de vivre en prennent tout un coup! La recette pour cette pensée molle est facile :
il suffit d’oublier que la paix, comme le tennis, se joue à deux. et
souvent à quatre. Bof a de la difficulté à comprendre qu’un
homme prétendument intelligent soit incapable mentalement de faire la
distinction entre guerre d’agression et guerre défensive, guerre
injuste et guerre juste.. même s’il peut être parfois difficile de
distinguer l’une de l’autre. C’est tellement plus simple de faire une
bouillabaisse de concepts, d'amalgamer tous les combattants, de confondre
agression et droit de défense, droit d’exister, la force et le droit.
Plat à déguster froid. C’est le meilleur encouragement que l’on puisse faire
à l’injustice et au triomphe de la force. Évidemment si on veut s’épargner
l’effort de penser, il est plus simple de proclamer que toute guerre
est injuste, que tous les belligérants sont également coupables….
Quelle belle vacance pour l’esprit! L’intelligence couchée sur la plage.,. Mon cher Augustin, il est possible que « quand
les hommes s’aimeront d’amour » que nous soyons morts tous les deux
comme l’a prédit le poète, mais en attendant il est possible
qu’on ait à se défendre … si on ne veut pas mourir plus vite que prévu…
surtout mourir injustement ou vivre à un niveau infrahumain,,, et même à
lever le bras pour défendre la veuve et l’orphelin Ah, le beau
temps où on n’aura plus besoin de soldats, où ils seront tous devenus
troubadours et composeront de belles chansons d’amour pour la radio…et que
les pacifistes à gogo auront perdu leur raison d’être! Ce petit mot irait bien dans la bouche de mon
bon romancier : J’ai vu de mon
balcon six hommes passer une vieille femme à tabac. Mon voisin m’a
demandé « Vous n’y allez pas? » et j’ai répondu «Non, ils sont
assez nombreux. » C’est « la
paix des braves » « N’importe
qui peut être pacifiste entre deux périodes de guerre. C’est comme être
végétarien entre deux repas » |