6

Enfin !!! le prof Bof apporte la réponse définitive

à la plus profonde des questions :

Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien?

 

To be or not to be"

Quelle étroitesse de vision ! Quel horizon rétréci !

Quel égotiste que ce Hamlet  qui ne voit l'existence que du point de vue étroit de sa petite existence et de son moi angoissé !

Quelle incapacité  à s'ouvrir  aux autres, au monde, à l'universel, à la hauteur du questionnement où se sont élevés les Leibniz, les Heidegger et le Prof Bof !

Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ?

Quelle question ! Certains croient la comprendre mais passent totalement à coté.

 Pourquoi y a t-il quelque chose ? C'est simple, c'est à cause de Dieu  vous dira-t-on.

On n'a pas saisi que la question porte sur la totalité de l'être, des existants, donc sur  tout ce qui peut prétendre à l'existence, actuelle ou possible.

  Pourquoi y a t-il de l'être ? Moi,..Dieu... la totalité de la matière, subtile ou pas,  tout ce que l'on peut penser comme existant, espace, temps, être fini, être infini, causes causées, cause incausée, etc.?  Pourquoi de l'être ?

Comment se fait-il qu'il y ait  de l'être plutôt que rien ?

 

Une fois la question bien comprise, on se croirait alors comme obligé, s'il y avait une cause ou raison  ultime à l'être, à la totalité de l'être, à chercher cette cause ou raison d'être hors de l'être, donc dans le néant.

Autant dire qu'il n'y a pas de cause ou raison d'être à la totalité de l'être. Il est impossible  de concevoir le néant comme source de l'être, ce serait un néant  de source tout au moins

Heureuse question dont on sait d'avance qu'il ne peut y avoir de réponse.  C'est un mur sur lequel l'intelligence se bute et l'oblige à une certaine forme de repli, un repli sur l'être existant, sur l'être qui est donné.

 

Bof croit comprendre ici ce que disait Valéry :

« Une difficulté est une lumière.

Une difficulté insurmontable est un soleil. »

 

Peut-on imaginer un néant total, absolu et tout à  coup un existant qui en surgirait, un premier atome ou un premier dieu ?  Ceci dépasse toute compréhension  et toute intelligence.  Si cela s'était produit une première fois, cela pourrait se reproduire tous les jours...On revient à l'éléphant qui surgit sur le balcon ...et qui provient de nulle part, du néant. "Ex nihilo something fit", du trou  surgit le canon.

 

 

On ne connaît pas de penseurs qui ont formulé cette hypothèse... et qui font débuter  leur cosmogonie par un néant absolu. "Au commencement, il n'y avait absolument rien, rien, puis...." Impossible de penser un Big Bang fait de néant sans être lui-même un néant de Big Bang.

Parfois on ruse avec le problème en se dotant au départ de faux néants: d'un espace (réel) qui fait des noeuds ou un temps ( réel)  qui  se contorsionne pour faire exister le premier atome ou un vide qui fluctue; ou encore une idée si vague soit-elle qui cherche à se matérialiser. Mais on évite ainsi simplement le problème, on contourne la difficulté de penser le NON-ÊTRE qu'on s'efforce d'imaginer cependant  en écartant les mains comme pour le circonscrire.

La question est donc absolument insoluble par néant de réponse possible. Alors les conséquences se bousculent :

S'il y a de l'être aujourd'hui, il y a toujours eu de l'être.

S'il est fondé de chercher un fondement à l'être, celui-ci doit se trouver à l'intérieur de l'être existant, quelque part ou dans un des  existants.

 

 

Quelques  mythes d'origine...

 

"Il n'était alors ni Non-Être, ni Être. Il n'était d'atmosphère, ni de ciel au-dessus. Qui enveloppait tout ? Eau ou abîme ? Jour ni nuit, ni mort, ni immortalité. L'Un respirait calmement, étant à lui-même son soutien. L'Un vide et enveloppé de néant, se développait par la Ferveur : et le Désir s'éleva en lui, et, de là, est le germe premier, lien qui unit Être et Non-Être"

Inde, Rig Veda

 

"De la conception, l'accroissement. De l'accroissement, l'intumescence. De l'intumescence, la pensée.- De la pensée, le souvenir. Du souvenir, le désir. - Fécond devint le mot. Et il s'unit avec la vague lueur, et il engendra la nuit. - Du néant, la naissance

Nouvelle Zélande, Poème Maori

 

"Il était! Taaroa était son nom. Il planait dans le vide : point de terre et point de ciel. Taaroa appelle, mais rien ne lui répond. Alors, de son existence solitaire il tira l'existence du monde. Les piliers, les rochers, les sables, se lèvent à la voix de Taaroa : c'est ainsi que lui-même s'est nommé ! Il est le germe et l'assise, et l'incorruptible".

Polynésie, Poème Tahitien

 

"L'Ordre et la Vérité sont nés de l'Ardeur qui s'allume.
De là est née la Nuit.

De là l'Océan et ses ondes.
De l'Océan avec ses ondes naquit l'Année,
qui répartit jours et nuits,
régissant tout ce qui cligne des yeux. 

L'Ordonnateur a mis en forme
le Soleil et la Lune, en rang de priorité ;
le Ciel et la Terre ;
l'Espace aérien ; enfin la Lumière.

Hymne Védique, L'ardeur cosmique

 

Nulle part, on trouve le rien, le néant pur et simple,   au principe des choses. La réalité primordiale pourra être, selon les  cultures,  le rêve (le temps du rêve), l’œuf cosmique, l’océan primordial,  le Chaos, etc.

 

 Moi  Bof, j'ai la conviction intime que je ne suis pas le fondement de mon être (je ne peux même pas vous garantir que j'existerai jusqu'à la fin de cet article ... (une manière d'entretenir un suspense), je trouve mon fondement hors de moi. Je me sens totalement  relatif et dépendant.

 

Cette expérience ou ce statut est partagé par tout ce qui commence, par tout ce qui advient à l'être et  qui n'a pas en soi la raison de son existence.

Pourtant il doit bien y avoir quelque part dans l'ensemble des existants, un être ou des êtres qui existent en soi, par soi, et qui sont la raison d'être de tous les autres existants qui n'existent que par autre chose qu'eux mêmes. A bien y penser, une totalité d'êtres qui n'existent  que par un autre est impensable et nous renvoie à quelque chose, à une forme d'existence qui existe par elle-même, qui est son propre fondement  et fondement des autres êtres dépendants.

 

Ce  discours, s'il peut paraître étrange à certains,  est de fait une conception de la réalité, qui en d'autres termes, est partagée par à peu près tous.

Tous sont d'accord  (même s'ils n'en prennent pas conscience explicitement) pour affirmer qu'il y a quelque part dans la totalité de l'être  quelque chose qui est absolu, non relatif à un autre être et qui est fondement de tous les autres êtres.

 

Ouf, enfin on arrive à la véritable question, à la question des questions.

Quel est cet être absolu ? source, fondement ou cause de tous les êtres dépendants et qui lui même est sans cause et sans dépendance, au sujet duquel on ne peut poser la question de la raison d'être sans se retrouver dans le néant.

Deux réponses sont apportées au problème ainsi posé et qui donnent lieu aux deux embranchements (les phylums pour rester dans l'évolution)  de la philosophie ou de la réflexion millénaire de l'humanité.

 

Pour certains la réponse du fondement ultime est à chercher du coté du moins, ce sera le minimum qualitatif de l'existence, la matière, l'AVEC  quoi ultime  qui se retrouve en toute chose.  Il ne s'agit pas ici d'un passage du néant à l'être (rejeté à peu près par tous) mais d'une évolution de l'être moins à l'être-plus.

 

On devine facilement l'autre partie de l'alternative. Le cheminement est inversé. Le fondement  ultime de tous les êtres dépendants et relatifs est un Plus-être. L'être par soi, fondement de tous les autres, contient par nature toutes les  perfections  auxquelles participeront les êtres qui en dépendent par émanation ou par création.

En simplifiant, c'est le Plus qui explique le Moins. 

Philosophes et savants pourraient entonner en choeur :

"Entre le moins et le plus mon coeur balance."