|
|
1) niveau du furetage, i.e. l’exploration de l’environnement immédiat par nos sens
externes et nos possibilités de déplacement. 
Niveau
que les animaux pratiquent et dont ils semblent manifestement
se délecter. Madame Bof a récupéré
à temps son oiseau qui était au fond du lave-vaisselle : le bébé
éprouve un plaisir manifeste à satisfaire sa curiosité en allant voir
ce qu’il y a au fond des armoires.
Ce furetage, l’homme l’étendra un jour
jusqu’aux confins de l’univers pour voir ce qu’il peut bien y
avoir au fond des armoires.
|
|
|
2)
Exploration de l’environnement par la médiation des mots, des images.
(Seul l’homme accède à ce niveau)
a) Niveau
du commérage, des potins, des cancans,
Le plaisir de connaître et la curiosité se portent sur des personnes avec
lesquelles on entretient des liens affectifs. Les conversations sont faites
de noms propres : famille, voisins, compagnons d’étude ou de
travail, vedettes du sport, du cinéma ou des media qui font partie de la
famille élargie, que l’on voit tous les soirs à la TV ou dans le journal et qui de toutes façons sont souvent plus présents que les
membres de sa propre famille.
Le tout baigne dans l’admiration,
la compassion, le mépris, la médisance, la calomnie, l’auto complaisance,
etc.
Lectures
préférées : revues style People, Échos-vedettes, Crimes de la
semaine, etc. Les maris de X en congrès, etc.
Gus, ne vient pas me dire que
ce n’est pas une source de bonheur ou de plaisir. Essaie seulement de
priver les gens qui se complaisent à ce niveau de l’accès
à leur littérature préférée. Tu les trucideras moralement plus que si
je te prive de ta lecture de Lacan ou de Derrida.
Et ils sont heureux et
fiers de leurs connaissances. Une
personne peut énumérer sans se tromper les six précédents maris de telle actrice…
Quel plaisir manifeste on prend à révéler les excès ou les orientations
sexuelles de tel acteur, de tel voisin, de tel collègue. À chacun son prix Nobel. A l’adolescence, que de plaisir à
parler de tous et d’un chacun pendant des heures au téléphone ou, plus
vieux, autour d’une tasse de thé.
Tu te souviens de ton copain qui
voulait se préparer à briller et à parler haut et fort dans les bistros ou
les tavernes ; il faisait profession de tout connaître, d’être ouvert sur
tout : qu’on parle de n’importe quoi, « il connaissait
toujours le score et le nom de tous les joueurs ». Tu te
souviens de son air de satisfaction, comment il se gourmait quand il
faisait état de son savoir encyclopédique. Une certaine image du bonheur ou
d’un certain bonheur. Peut-être pas la plus belle mais c’est une
première expérience du plaisir de connaître à la portée de toutes les
bourses intellectuelles.
Platon te dirait, Gus : « Tu
trouves ça intéressant ces tout petits plaisirs de la vie ? Fais donc
un effort, monte un échelon, c’est encore plus intéressant. »
|
|
|
|
b) Niveau des
évènements objectifs.
Un pas de plus et être capable de
s’ouvrir, par la connaissance, objectivement, à tout ce qui se passe autour
de nous, même sans référence affective. Être capable de
s’intéresser à l’invasion de l’Irak même si on n’a pas un cousin, un mononcle,
qui est là et par où on pourrait amorcer la conversation et tenir le
crachoir.
Gus, c’est un moment important dans
l’évolution de l’adolescence, quand tout à coup on  s’intéresse moins aux potins et
aux badinages quotidiens, pour s’intéresser tout à coup aux actualités,
à des évènements qui excitent notre curiosité et qu’on aime connaître même
si on n’y est pas impliqués émotionnellement.
C’est tout à coup le goût et le
plaisir de s’ouvrir à l’expérience de l’humanité, ses tragédies,
comme ses succès. Cet élargissement des centres d’intérêts est un des plus
grands plaisirs de l’adolescence… pour ceux qui ont eu la chance d’opérer
ce saut. Ce qui auparavant était inexistant prend tout à coup une
existence pour toi…et tu attends avec plaisir la livraison du journal
ou de ta revue d’information ou d’un programme d’information à la
télévision.
Platon te dirais encore …
Gus, un autre effort pour élargir tes possibilités de jouissance que ton
intelligence peut t’apporter…
|
|
|
c) niveau de la réflexion et des jugements de valeur. Gus, un jour, ou peut-être y es-tu déjà rendu, tes intérêts
vont encore se développer. La première page du journal va encore
t’intéresser mais tu auras hâte d’arriver à la page de réflexion, à la page
éditoriale… Tu auras comme Platon te le souhaitait, franchi une autre
étape, tu seras rendu au niveau de la réflexion, de la compréhension,
tu aimeras porter des jugements de valeurs, confronter tes opinions. Tu
seras intéressé par-dessus tout à comprendre, c’est-à-dire à
réfléchir sur les causes et les conséquences des
évènements, à porter des jugements de valeurs, à rechercher du sens
des faits bruts. Prioriser ce point de vue plus englobant
te donnera le sentiment d’être plus riche, d’être un être humain qui
s’arrache un peu à l’immédiat et qui s’épanouit dans ce qui
fait toute sa dignité.
|
|
|
3) Ouverture sur le monde dans toutes ses dimensions, intérêt pour toutes les facettes
du réel, la richesse du cosmos, de la matière, de la vie végétative,
animale, des diverses cultures humines….Ici une souffrance t’attend, mon
cher Augustin, une bonne souffrance : si réellement ta curiosité
devient insatiable, tu devras demeurer un peu sur ta soif. Mais ce
n’est pas douloureux comme la véritable soif physiologique. Le
plaisir de ce qui est acquis permet d’endurer la privation ou mieux
la tension vers ce qui manque. Tout être est connaissable, d’une façon ou
d’une autre mais il n’est écrit nulle part que c'est toi ou moi, qui en est
capable. Surtout que le savoir possible, disponible, s’est amplifié
énormément depuis un ou deux siècles. Certains s’amusent
à identifier le dernier homme qui aurait pu assimiler tout le savoir
accessible à son époque. On risque des noms… mais ce ne sont pas des
gens des derniers siècles.. Toutes les sciences, celles que tu as
pratiquées et celles que tu ignores, reflètent ou éclairent une
des multiples facettes de l’être, une partie des existants.
|
|
|
Deux niveaux ici :
a) niveau
exploratoire et INVENTAIRE du réel.
Le
Savoir horizontal et en extension. Expérience
de la variété, de la diversité et de la multiplicité des êtres dans un horizon
donné qui est la première ambition de toutes les sciences ou
disciplines. A un certain niveau descriptif, la TV est un instrument incomparable si on se donne la peine de choisir ses émissions… Et les
sciences plus formelles viennent compléter ces goûts déjà amorcés et
cultivés par l’environnement culturel de son milieu et de son temps.
|

Il entreprend de classer systématiquement
l’ensemble des plantes.
|
|
|
b) niveau compréhension et
vertical.
Toutes les sciences quand
elles étudient la nature profonde de leur objet, prennent une direction
qu’on pourrait qualifier de verticale. Selon les principes de leur méthode
propre, on élabore des théories sur la nature de la matière, de la
vie, de son évolution, etc. Après avoir fait l’inventaire des
différents types de matière, de leur mise en ordre, on va plus loin et on
pose la simple question : qu’est ce que la matière, la vie, etc.
Gus, il est vrai
qu’aujourd’hui les spécialistes nous perdent facilement mais il
y a toujours moyen de faire un petit effort, réconfortant en
lui-même, pour se faire une quelconque idée de leurs recherches, ne
serait-ce que pour admirer ce monde qui nous entoure et dans lequel on est
plongé, on ne sait trop comment, et aussi pour
|

Le grand rêve d’Einstein: Trouver une loi ou une
formule qui engloberait tous les aspects de la matière et
permettrait de la comprendre.
|
|
|
admirer cet effort collectif de
l’humanité qui permet d'avancer et de tenter de satisfaire cette curiosité
qui de tous temps a animé l’humanité, conduit souvent à des impasses
mais aussi à des éclaircies… à quelques pans de lumière.
Rien de mieux, dirait Platon, pour tenter un dernier effort dans
notre ascension vers le monde des Idées..
|
|
4) Interrogation
ultime sur l’être. Le sens cosmique.
Le sens métaphysique…

« D’où
venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? »
Gauguin.
1892
« Les animaux sont étonnants, l’homme est
étonnant et étonné »
Ce sont
de graves questions, mais tellement essentielles…qu’on ne peut pas
éviter, quitte à s’y épuiser ou succomber à la tentation de s’en remettre à
des substituts. Certains capitulent, d’autres les déclarent oiseuses,
d’autres s’entêtent, s’empêtrent dans les contradictions ou des positions
inconciliables un peu comme si on se butait aux limites de nos
possibilités. Même si un jour l’humanité devait capituler et s’en
remettre tout simplement aux réponses dites expérimentales, le
questionnement sur les fondements de l’être demeurera tout à
l’honneur de l’humanité et sa plus profonde distinction de l’animal,
la meilleure justification de son titre d'animal raisonnable.
|
|
C’est un
questionnement puissant, fondamental, qui s’éveille avec l’intelligence; il
est au principe des mythes, des religions, des philosophies et d’une bonne
part des sciences expérimentales…Celles-ci en principe s’imposent des
limites, tant pour les points de départ que pour les points d'arrivée
acceptables. La science s’arrête à des réponses théoriquement d'ordre
expérimentable, mesurable ; des esprits plus exigeants, même
s’ils admirent les résultats de recherches et y sont même impliqués,
sentent le hiatus entre leur questionnement et l’exigence
propre de l’intelligence.
Un
praticien des sciences expérimentales a bien défini ce hiatus. Rostand,
après avoir résumé ce que la science peut nous dire sur l’essentiel de ce
qu’est l’homme, après s’être presque amusé à durcir les positions,
à compiler les énigmes laissées en pan sur les problèmes
essentiels, conclut dramatiquement : « Tel est le
message de la science. Il se peut qu’une science toute puissante réussisse
, en définitive, à créer ce nouvel homme adapté à l’humain, satisfait de
n’être que ce qu’il est, comblé par son destin étroit, guéri de tout rêve
qui le dépasse. Mais il se pourrait
|
D’un enfant de 8 ans, l’âge métaphysique d'après
Brunschvicg.
--Moi, il y a quelque chose que je détesterais par dessus tout.
-- Quoi ?
--Ne pas exister
Éclair de conscience d’être suspendu
au dessus du néant par un fil dont on ignore le point d'attache.
Par la suite, cette lumière se
tamise, certains l’oublient, la mettent sous le boisseau. Le même Brunschvicg disait avec mépris que la philosophie
d'Aristote était la philosophie d’un enfant de huit ans.
Et si c’était l’âge où la
raison se révélait dans ce qu’elle a d'essentiel.
|
|
aussi
que l’humanité soit, dans son ensemble, incapable de soutenir la vérité de
la science. Vérité ardue, accablante, oppressante… Parmi ses zélateurs
eux-mêmes, il en est qui ne s’y rendent point sans détresse. Bien sure, ils
ne peuvent faire autrement que d’y rester fidèles, mais il leur arrive
d’envier ceux qui ne sont point empêchés, par la nature de leur
esprit, d’en concevoir une autre. »
(Contexte plus large)
Fred
Hoyle, le célèbre astronome, est plus direct : les explications qu’on
nous donne c'est comme si un Boeing 707 sortait tout équipé d’un
dépotoir après le passage d’une tornade. (Gus,
c’est vrai que nos dépotoirs sont pleins et de plus en plus riches en
contenu. Un petit coup de pouce du Hasard, et Oup! Le Boeing est
dans le sac)
Bof, assez baratiner, quelles sont ces questions ou problèmes si
importants ?
|
. “Then we shall all,
philosophers, scientists, and just ordinary people, be able to take part
in the discussion of the question on why it is that we and the universe
exist. If we find the answer to that, it would be the ultimate triumph of
human reason—for then we would know the mind of God.”
Stephen Hawking A brief
history of time. 210
|
POURQUOI Y A-T-IL QUELQUE CHOSE
PLUTÔT QUE RIEN ?? (Voir) La question la plus simple, la
plus radicale, parfois explicitée, le plus souvent implicite.
L’être
peut-il jaillir spontanément du néant
? Peut-on imaginer qu’avant quoi que ce soit il y eut un néant
absolu. (Voir)
Comment
comprendre l’évolution de l’atome et la bactérie à toi et moi, Gus ? (Hasard ou finalité) (A propos du Hasard)(Une centaine de
textes de toutes tendances à ce sujet)
|
|
"La plus belle émotion que nous puissions éprouver est
de nature mystique. C'est la puissance de tout art et de toute science
véritable. Celui qui ne connaît pas cette émotion pourrait tout aussi
bien être mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable existe vraiment, se
manifeste par la sagesse la plus élevée et par la beauté la plus
radieuse, que nos facultés restreintes ne peuvent appréhender que sous
leurs formes les plus primitives, ce savoir, ce sentiment se trouve au cœur
de la vraie religiosité. En ce sens, et en ce sens seulement, je compte au
nombre des hommes profondément religieux. »
Einstein. Comment je vois le monde.
|
Y a-t-il d’authentiques degrés dans l’être ou tout n’est
que le réarrangement du même
(Matière, vie,
sensibilité, intelligence : comment les définir et les expliquer à
partir du stade antérieur)
Qu’est
ce que connaître ? On l’explique
comme une pellicule ou un ruban qui enregistre…Mais un infini
qualitatif sépare l’enregistrement et la connaissance. Comment définir ce «
plus-être » si effectivement il y a une différence. (physico-chimie et
émotion)
L’être
humain, un animal comme les autres ou essentiellement différent ? (Voir)
L’homme jouet des déterminismes qui pèsent sur lui ou libre et
responsable de son action ? (Voir)
Y A-t-il
une DESTINÉE humaine? un sens à l’aventure humaine ?
|
|
.”For the scientist who
has live by his faith in the power of reason, the story ends like a bad
dream. He has scale the mountains of ignorance; he is about to conquer the
highest peak; as he pulls himself over the final rock, he is greeted by a
band of theologians who have been sitting there for centuries.” P. 66l
Robert Jastrow. God and the astronomers
|
S’étonner d’exister, de se
réveiller le matin. Quel est ce fil qui me tient hors du néant ? …Et
à quoi tout cela peut-il bien rimer? Certains capitulent devant
ces interrogations fondamentales ou déclarent forfait, ils auront connu au
moins pendant un certain moment le bonheur de savourer l’honneur d’être
homme.
|
|
***Gus, attention . Se méfier du
merveilleux de pacotilles qui n’est qu’une dégradation du sens
du mystère. Sa particularité est de plaire davantage à
l’imagination qu’à la pensée… occultismes, extra-terrestres, etc.
A
l’adolescence, c’est courant et par la suite un substitut pour ceux
qui sont incapables de s’élever à ce dernier niveau de la réflexion.…
Suite :
La
dialectique du Beau. Le plaisir
d’admirer de mieux en mieux
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|