CONSÉQUENCES ET MYTHES DE SOUTIEN.

 

a. Conséquences immédiates de cette contestation

de l’image traditionnelle de l’homme.

 

 

On serait porté à croire que ce réductionnisme, que cette dévalorisation systématique de l’être humain, que toute cette entreprise allait   entraîner une morosité et une tristesse de voir l’homme ainsi dépossédé de ce que des traditions millénaires considéraient comme  étant son honneur et son privilège.

 

 

 

 

Au contraire, ce fut plutôt un sentiment de libération, un sentiment d’un affranchissement de certaines contraintes ou de peurs associées à la condition humaine classique, qu’elles viennent de la morale, de la religion ou des exigences rationnelles.

La période  qui va de la guerre 1870 (la dernière croyait-on !)  à la guerre 1914 (au naufrage du Titanic pour d’autres)  sera nommée la Belle époque, un temps voué à la joie de vivre.

 

Des lieux de distraction se multiplieront :

les cabarets, les cafés-concerts, les music-halls, les  cirques  ouvrent  leurs portes à un public avide de distractions, de gaieté, de frivolité  et d’évasion.

C’est l’époque du French Cancan,  de Offenbach, de Labiche, des Folies Bergères.

 

 

Une date importante : l’Exposition universelle de Paris en 1889 avec ses 30 millions de visiteurs venus célébrer le centenaire de la Révolution, voir la fameuse tour de Eiffel (si contestée à l’époque), s'ébahir devant les derniers progrès scientifiques et techniques et en prime  assister à une nouveauté sans précédent : l’éclairage électrique.

Plusieurs autres inventions importantes, surtout en transport et communication, contribuaient à entretenir l’optimisme propre à l’époque.

Optimisme dégoulinant…

Victor  Hugo à propos de l’Exposition Universelle

 Après avoir énuméré toutes les dernières inventions…

 « Qu’est-ce que tout cela? Du rêve condensé en fait. De l’inaccessible à l’état de chemin battu »

 et de plus il rêve de progrès social… « Tous les faits suprêmes de notre temps sont pacificateurs. La presse, la vapeur, le télégraphe électrique, l’unité métrique, le libre échange ne sont pas autre chose que les agitateurs de l’ingrédient Nations dans le grand mélange dissolvant Humanité……. Tous les railways qui paraissent aller dans tant de directions différentes, … vont au même lieu : la Paix. Le jour où le premier air-navire s’envolera, la dernière tyrannie rentrera sous terre » POLITIQUE. P. 23.

 

Dommage, Gus, qu’on n’ait plus les prophètes qu’on avait !!! 

 

 

.

b. Mythes de soutien : scientisme et progrès.

 

Cette attitude apparemment frivole et follement optimiste

ne peut se comprendre que par l'apport de deux mythes de soutien

cultivés  par l’élite intellectuelle qui à la fois exprimaient, fondaient  et entretenaient

l’optimisme et l’euphorie  de l’époque.

 

1. le mythe du progrès : Progrès qui est conçu comme fatal,   nécessaire et englobant tous les domaines.

 

 

Le 19ième siècle est le siècle de l’histoire, on prétend en connaître les lois et ces lois, que ce soit chez Comte, Hegel ou Marx annoncent un avenir radieux. Le paradis s’est déplacé : il n'est plus au début de l’histoire mais au terme de celle-ci et en ce monde.

  « Citoyens, le 19ième siècle est grand mais le vingtième siècle sera heureux…. On n'aura plus à craindre comme aujourd’hui, une conquête, une invasion, une usurpation, une rivalité de nations à main armée, une interruption de civilisation dépendant d’un mariage de rois, une naissance dans les tyrannies héréditaires… ; on n’auras plus à craindre la famine, l’exploitation, la prostitution par détresse, la misère par chômage et l’échafaud, et le glaive et les batailles et tous les brigandages du hasard dans la forêt des événements. On pourrait presque dire : il n’y aura plus  d’événements. On sera heureux. » Victor Hugo. Les misérables. 

 

 

2. le scientisme  ou la science comme mythe culturel

 

Il ne s’agit pas ici de l'amour ou du culte de la science mais une attitude philosophique face à la science, attitude entretenue à l’époque surtout par des intellectuels spécialistes des sciences humaines.

La science apparaît tout à coup comme « une nouvelle religion, une foi, une espérance et un salut. »

 

La science, disait-on à l’époque, allait …

 

 

1.  Apporter le progrès matériel, de meilleures conditions de vie, éliminer la pauvreté, l’ignorance,  la maladie, etc.

 

 

2. La science allait résoudre tous les mystères à la satisfaction de la raison et à tous les points de vue. (Déjà Haeckel affirmait qu’il y avait huit grands mystères qui avaient intrigué l’humanité, sept était désormais résolus et bientôt l’autre le sera également.)

         C’est à cette époque qu’un académicien avait démissionné de l’Académie des sciences parce que « la physique était achevée". L’atome par définition était indivisible et constituait  donc l’ultime partie de la matière qu’on venait de découvrir. 

 

(Gus, quand l’étymologie sert de logique !?)

 

« La science est aujourd’hui le seul fondement inébranlable de la moralité des peuples… la seule force morale sur laquelle on puisse fonder la dignité de la personne humaine et constituer les sociétés futures. C’est la science qui amènera les temps bénis de l’égalité et de la fraternité de tous devant la sainte loi du travail…

La science a tué le mystère…

 

 

Le monde est maintenant sans mystère et la conception rationnelle étend son déterminisme fatal jusqu’au monde moral. … C’est la science qui établit les seules bases inébranlables de la morale. »

 

 Science et morale. Berthelot, chimiste.

 

 

 

 

 

3.  La science allait assurer le progrès moral de l’humanité, allait rendre les hommes bons, plus réfléchis et plus responsables.

 

“La science et la science seule peut rendre à l’humanité ce sans quoi elle ne peut vivre, un symbole et une foi. Ce n'est pas une exagération de dire que la science renferme l’avenir de l’humanité qu’elle seule peut lui dire   le dernier mot de sa destinée et lui enseigner

 

 

la manière d'atteindre sa fin…  La science seule peut fournir à l’homme les vérités vitales… La science est donc une religion.”

 

Renan. Exégète et historien.

 

 

 

 

 

4.   La science allait assurer la paix entre les hommes. A un certain niveau d’évolution, la guerre était impossible.

“C’est au nom de la biologie humaine qu’il faut enseigner et imposer la morale aux individus et aux nations, si on veut donner à

 

 

cette morale, sociale et internationale, une base et une autorité; absolument indiscutées et nécessairement reconnue de tous.”

Grasset, biologiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu de contestation….  

 

Gus, vers la fin du siècle cependant, un mouvement de protestation assez puissant commença à se développer face à ce totalitarisme de la science.

Un roman de Bourget, LE DISCIPLE, eut un énorme succès et mettait en cause les principes qui avaient conduit au suicide le disciple  d’un célèbre professeur.

Plus marquants  encore furent les témoignages de plusieurs personnalités, entre autres celui de Brunetière (1894), le  critique littéraire le plus en vue à l’époque : parlant de « banqueroute de la science » il montre comment les espérances  entretenues par le scientisme étaient pour le moins exagérées :

 

« Le temps n'est pas éloigné de nous où l’incrédulité savante passait communément pour marquer ou pour preuve de supériorité intellectuelle et de force d’esprit. Les religions, lit-on dans un livre récent, sont les résidus épurés des superstitions.  Tout progrès intellectuel correspond à une diminution du surnaturel dans le monde. L’avenir est à la science.

 

Et, à ce propos, parlerons-nous à notre tour de la « banqueroute de la science »?...

La science a plus d’une fois promis de renouveler « la face du monde »En fait, les sciences physiques et naturelles avaient promis de supprimer le mystère. Or, non seulement elles ne l’ont pas supprimé, mais nous voyons clairement aujourd’hui qu’elles ne l’éclairciront jamais. Elles sont impuissantes, je ne dis pas à résoudre, mais à poser convenablement les seules questions qui importent pour l’homme; ce sont celles qui touchent à l’origine, à la loi de sa conduite et de sa destinée… Qu’est ce que l’anatomie, qu’est ce que la physiologie nous ont appris de notre destinée ? Elles nous avaient cependant promis de nous expliquer et de nous révéler notre nature. »

 

Et une vingtaine de pages de cette veine dans la revue la plus prestigieuse de l’époque  enclenchèrent tout un débat et un courant de remise en question.

 

Des théoriciens de la science sont loin d’avoir le même enthousiasme envers le réductivisme à la mode :

 « On ne ramènera jamais les manifestations de notre âme aux propriétés brutes des appareils nerveux pas plus qu’on ne comprendre de suaves mélodies par les seules propriétés du bois ou des cordes du violon nécessaires pour les exprimer. » Claude Bernard

 

Gus, s’il s’agit d’évaluer l’optimisme et le  prophétisme des tenants du scientisme (qui pour la plupart  n’étaient pas hommes de science), tu n’as qu’à regarder  et à méditer sur les images qui suivent; elles marquent de grandes dates et les temps forts dans le siècle qui nous a vu naître tous les deux.

Si tu veux pousser plus loin ta réflexion tu pourras toujours lire les deux romans indiqués. Ils  sont peut-être les deux romans les plus importants et les plus connus du 20ième siècle : l’un et l’autre à leur manière sont des constats  d’échec face aux espérances du 19ième siècle.

 

 

  

Gus, pour terminer sur une note positive…

Je t’ai déjà parlé de ces périodes fastes que l’architecture et la musique avaient connues. La fin du 19ième siècle  connaît elle aussi deux points culminants :

La photographie avait empiété sur une certaine  peinture qui avait  comme objectif la reproduction du réel le plus fidèlement  possible. L’art prit donc une autre direction  et à partir de l’impressionnisme la peinture connaîtra une période faste qui représente un nouveau sommet depuis la Renaissance.

 

Si l’idéal du ballet est la beauté, l’élégance, la légèreté  aérienne du mouvement du corps, l’expression musicale, il est difficile de faire mieux que les Ballets russes de l’époque.

Par la suite, il ne restera qu’à redescendre sur terre, qu’à éviter le long et pénible apprentissage, taper du pied ou du talon, se rouler sur la scène et pratiquer le « Je me lance, tu m’attrapes si tu peux »

 

 

Au 20ième siècle, on n’arrête pas le progrès : « Ce n’est pas une voix que j’ai,  c'est une voie de chemin de fer »

Gilles Vigneault

Gus, à cette époque, malgré les prétentions de la science,  la tuberculose faisait des ravages. Maigre consolation : le mal peut être parfois l’occasion d’un bien…

 Sans la tuberculose,  pas de Traviata ou de Bohème et de bien des romans de l’époque.

Gus, tu imagines, aujourd’hui, Verdi ou Puccini tenter de créer  des chefs d’œuvre avec des héroïnes qui  crèvent  subitement d’infarctus ou  qui s’effilochent dans un Elsheimer sans fin  ou mieux  disparaissent de la scène dans une apothéose anorexique. Encore faudrait-il trouver la cantatrice pour ce dernier  rôle. Ce n’est pas le genre.

Le 21ième siècle verra-t-il   des génies pour faire des drames musicaux avec l’obésité, le cholestérol ou les gras trans, à moins que, pour ajouter une profondeur  politique,  la mort de l’héroïne soit due  à des défaillances des piles (made in China) de son  « pacemaker »?

 

Et il ne faudrait pas oublier que ce siècle mit la voix humaine en valeur comme ça ne se verra peut-être plus.  Ce fut le siècle de l’opéra. Encore aujourd’hui 90% des représentations d’opéras dans les diverses salles du monde  sont des opéras composés entre Mozart et Puccini.

Gus, si jamais tu cherches un bel exemple de mondialisation, considère La Traviata à Paris (présenté par presque toutes les télévisions du monde) comme un modèle. Un auteur français, un compositeur italien, un chef d’orchestre indien, un ténor argentin, une soprano sibérienne (eh oui, à croire qu’il n’y  pousse pas seulement des goulags), un danseur étoile espagnol, etc.) Que le monde est beau quand il veut être beau !!!

  

  

Et pour terminer  : tableau (6) récapitulatif.

 

 

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La statue déboulonnée : réductionnisme anti-humaniste

Mythes de soutien : Progrès et scientisme

tableau (6) récapitulatif.

 

 

PHILOSOPHER AVEC le prof BOF

 

« être sérieux sans se prendre trop au sérieux »

 

NOUVEAU

CAPSULES: le prof bof pour les nuls ou les gens pressés

Brefs extraits ou capsules tirés des 30 sites du prof bof

 

A propos de

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