TÉMOIGNAGES (B)
Milieu
du 20ième siècle
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France (Anatole) |
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"Le hasard est le pseudonyme de Dieu lorsqu'il ne
voulait pas signer." |
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Colin (Henri), De la matière à la vie. Beauchesne.1926
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« Ce qui déconcerte, dans le chimisme vital, ce
n’est pas que les êtres vivants élaborent tant de substances variées et si
complexes qu’un très grand nombre n’ont pu, jusqu’alors, être préparées
artificiellement :; ce n’est pas même qu'un travail aussi remarquable
soit mené à bien avec des moyens en apparence tout ordinaires; le plus
curieux, c’est qu’une infinité de réactions délicates dont chacune est pour
nous un problème, se trouvent merveilleusement coordonnées et, sans qu’aucune
prenne au détriment des autres une importance exagérée, concourant à assurer
ce parfait équilibre des fonctions qui est la condition première de la
vie. » p.138 « Sous quelque aspect qu’on l’envisage, le
problème de la vie nous écrase. Nul ne peut dire comment a
été comblé, à un moment donné, l’abîme qui existe sous nos yeux ente les
corps bruts et les êtres vivants; animer la matière nous parait, pour
l’instant, une pure chimère. Nous ignorons de quelle façon se sont élaborés les
organismes de toutes sortes qui ont peuplé A présent que l’expérience a eu le temps d’exercer
son contrôle, l’heure des explications est venue. La science a fait des
merveilles, notre civilisation matérielle en témoigne; elle n’a pu arracher à
la vie son secret. Au terme de nos investigations dans la
domaine de la biologie, qu’avons nous appris d’essentiel sinon ce qui tient
dans ces mots; « il y a les corps bruts et il y a les êtres vivants », rien
que n'enseigne le simple bon sens. Tant il est vrai que « les sciences ont deux extrémités qui se touchent : la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les homme en naissant; l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis. (Pascal) » p.331.
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Pierre termier. La vocation du savant. Desclée, 1929 p. 36-38
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“On sait la vogue prodigieuse de la théorie
évolutionniste et comment elle est devenue, entre 1860 et 1870, un véritable
dogme et même dans quelques pays comme le nôtre, un dogme d’État, base
de l’enseignement officiel. Depuis quinze ou vingt ans, le dogme
s’effrite un peu : ses défenseurs perdent de leur assurance, la
théorie se résigne à n’être plus qu’une hypothèse scientifique, ce qu'elle
n’aurait jamais du cesser d’être. La seule chose qui paraisse bien établie,
c’est qu’il existe une certaine évolution , une évolution par colonnes
parallèles, chaque colonne étant un phylum, c'est-à-dire un groupe d’animaux
ou de plantes liés généalogiquement les unes aux autres. Mais de rattacher un
phylum à un autre phylum, il n’est plus guère question, ou du moins l’on
propose cela timidement et comme une simple hypothèse; et personne n’ose plus
parler de la descendance générale et universelle. Les phylums apparaissent,
le plus souvent, de façon brusque; ils se développent avec une étonnant
rapidité; puis, la plupart du temps, ils déclinent et meurent. Leur
origine se perd dans la nuit; et l’on ne sait ni pourquoi certains se
transforment, ni pourquoi d’autres semblent réfractaires à toute évolution
importante, ni pourquoi ils se mettent tout d’un coup à décliner ni pourquoi
ils disparaissent. Que de mystères dans tout cela et comme les
explications qu’on nous donnait, il y a quarante ans, nous paraissent
insuffisantes et enfantines! Sur la scène de la biosphère où se joue le grand
drame des vivants, des personnages apparaissent, successivement, chacun à son
heure. On ne les attendait pas. Qui les a appelés ? et quel est le
régisseur de ce théâtre de
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EINSTEIN (aLBERT) Comment je vois le monde. 1934
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"La plus belle émotion que nous puissions
éprouver est de nature mystique. C'est la puissance de tout art et de toute
science véritable. Celui qui ne connaît pas cette émotion pourrait tout
aussi bien être mort. Savoir que ce qui nous est impénétrable existe
vraiment, se manifeste par la sagesse la plus élevée et par la beauté la plus
radieuse, que nos facultés restreintes ne peuvent appréhender que sous leurs
formes les plus primitives-- ce savoir, ce sentiment se trouve au cœur de la
vraie religiosité. En ce sens, et en ce sens seulement, je compte au nombre
des hommes profondément religieux. Un être humain fait partie d'un ensemble...il
se perçoit lui-même, ses pensées et ses sentiments comme quelque chose de
séparé du reste du monde---c'est une sorte d'illusion d'optique de sa
conscience. Cette illusion est une prison nous limitant à nos désirs
personnels et à l'affection pour nos proches. Notre tâche doit consister à
nous en libérer en élargissant notre cercle de compassion de manière à embrasser
toutes les créatures vivantes, et l'ensemble de la nature dans sa beauté.
Personne n'est capable de réaliser cela complètement, mais les efforts que
nous faisons en ce sens constituent, en soi, une partie de la libération et
un fondement de la sécurité intérieure." "Le
hasard, c'est Dieu qui se promène incognito." |
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Jules Carles.
S.J. Le
transformisme (Que sais-je ?) |
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"Il est bien évident que la réalité de l'Évolution
n'est plus mise en doute par personne et qu'il et impossible, depuis assez
longtemps d'ailleurs, de citer le nom d'un seul savant fixiste" p. 23. |
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Pourtant
une bombe éclate en 1937 et déclenche une controverse.... Lemoine. Professeur
au Museum Dans la conclusion au tome V de l'ENCYCLOPÉDIE
FRANÇAISE (1937)
écrit.. |
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" Le tome
V de l'Encyclopédie française marquera certainement une date dans
l'histoire de nos idées sur l'évolution; il ressort de sa lecture que cette
théorie semble à la veille d'être abandonnée... Il résulte de cet exposé que
la théorie de l'évolution est impossible. Au fond, malgré les apparences,
personne n'y croit plus et l'on dit sans y attacher d'importance
"évolution"pour signifier "enchaînement" ou "plus
évolués" au sens de "plus perfectionnés", moins
perfectionnés", parce que c'est un langage conventionnel admis et
presque obligatoire dans le monde scientifique.
L'évolution est une sorte de dogme auquel ses prêtres ne croient plus mais
qu'ils maintiennent pour leur peuple. Car, il faut avoir le courage de le
dire pour que les hommes de la génération future orientent leurs recherches
d'une autre façon." p. 82-83 À la suite de réunions contradictoires... il ajoute "Mais
il me semble que si, d’une part, on constate une évolution sensiblement nulle
pendant 500 millions d’années et si, d'autre part, le passé mystérieux des
époques précambriennes ne peut guère compter qu’un milliard, ou à la grande
rigueur, deux milliards d'années (et c’est peut-être beaucoup) ce passé est
insuffisant pour faire tenir toute l’évolution des êtres imaginaires qui
relieraient les embranchements entre eux. Pour arriver à
une origine monophylétique de la vie, il faudrait invoquer des durées de l'ordre
de 50 à 100 milliards d'années. Étant donné le temps dont on dispose,
il faut invoquer des séries d'évolutions parallèles pour chaque groupe. Que
l'on prenne l'embranchement, que l'on prenne la famille, peu importe, il en
résulte que la vie est apparue sur le globe non pas une mais plusieurs
fois." (On voit que
c'est surtout le monophylétisme qui est en cause. A un autre moment des
discussions qui ont suivi cette charge, Lemoine laisse échapper le motif fondamental
de son opposition : "Car l'évolution
me parait impliquer à la base une notion de créationnisme qui déplait à mon
esprit”) |
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ROUVIÈRE H. Anatomie philosophique. 1941 |
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« Les
transformistes eux-mêmes reconnaissent qu’il y a une crise du transformisme. Cette
expression minimise le mal, car il s’est produit un véritable effondrement de
la doctrine transformiste. La plupart des biologistes ont rejeté le
transformisme et certains d’entre eux qui l’avaient soutenu sont,
parmi ses détracteurs, les plus actifs à combattre l’erreur dans
laquelle ils ont plus ou moins longtemps vécu. Les
transformistes ont voulu trouver la cause principale de cette crise dans
« les facteurs psychologiques » : dans l’influence de l’école,
des convictions religieuses, de l’idée à la mode, des tendances du moment, de
l’anthropocentrisme. Ces
différentes influences ne pouvaient avoir d’effet que sur un public
ignorant, ou peut-être cultivé, mais insuffisamment instruit des problèmes de
l’évolution. C’est ce public qui a gardé la croyance transformiste. La
plupart des biologistes au contraire, se sont éloignés d'elle parce que les
défenseurs du transformisme n’ont jamais apporté la moindre preuve à l’appui
de leur théorie et que tout ce que l’on sait de l’évolution plaide contre elle »
p. 27 |
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MORET M.L. Manuel de paléontologie animale. Masson 1940 |
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« La
notion d’évolution restreinte est, semble-t-il, un fait acquis, imposé par la
documentation paléontologique. Là où commence l’hypothèse et où nous manquons
encore de vérifications paléontologiques concrètes, c’est lorsque,
généralisant cette notion, on cherche à l’étendre à l’histoire totale de la
vie en un grandiose transformisme. Et cependant, combien peu de
paléontologistes, à l’heure actuelle, contestent cette belle hypothèse de
travail dont leurs travaux sont tout imprégnés! Toutefois, ce que l’on doit proclamer en toute humilité, c'est que, malgré de grands effort, le déterminisme exact de l’évolution échappe encore à notre entendement et qu’aucune des théories proposées pour l’expliquer n’est satisfaisante : en ce sens seulement et devant les divergences d’opinions, on peut parler d’une « crise du transformisme ». (p. 29)
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Rabaud. M.E. Transformisme et adaptation. 1942 |
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« Induits
en erreur par l’acception que l’opinion courante donne au mot
d’ « évolution », nous le tenions pour exprimer l’idée de progrès . …Chassons-la et rendons nous à l’évidence.
Évoluer ne signifie pas progresser, évoluer n’est pas aboutir à l’ajustement
des formes à telle ou telle particularité de la façon de vivre. Évoluer,
c’est tout uniment changer. C’est changer non pas en
fonction de l’habitat des moyens de l’existence liés ou non à cet habitat,
mais en fonction des conditions d’échanges de cet organisme avec les
éléments du milieu. Un équilibre existe, équilibre métabolique tel que
l’organisme continue de vivre de la seule façon possible pour cet organisme,
certaines conditions étant données; dans cet équilibre, dans cette
possibilité de vivre réside, si l’on veut , l’adaptation » 251 |
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Lecomte du Noüy
(Pierre) La destinée humaine.
1947 |
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,,.”L’évolution, nous le répétons, n’est compréhensible
que si nous admettons qu’elle est dominée par une finalité, un but précis et éloigné.
Si nous n’acceptons pas la réalité de ce pôle d’orientation, non seulement sommes-nous
forcés de reconnaître que l’évolution est rigoureusement incompatible avec nos
lois de la matière, comme nous l’avons démontré, mais – et ceci est
sérieux--- l’apparition des idées morales
et spirituelles demeure un mystère absolu. Mystère pour mystère, il semble
plus sage, plus logique et plus intelligent de choisir celui qui explique et
satisfait ainsi notre besoin de compréhension; celui qui ouvre les portes à l’espérance,
plutôt que celui qui ferme ces portes et n’explique rien. L’adaptation,
la sélection naturelle, les mutations sont, au contraire, des mécanismes qui
ont contribué à la lente édification de l’évolution, sans être eux mêmes
toujours progressifs. Strictement parlant, ces mécanismes ne sont pas des
facteurs déterminants dans l’évolution générale, pas plus que le maçon est un
facteur déterminant dans l’édification de la cathédrale qu’il construit. …… « Chacun (des
mécanismes) contribue
matériellement, statistiquement à l’évolution, mais les lois auxquelles ils
obéissent ne sont pas réellement identiques avec celles de l’évolution qui
les domine et les mets en relation.. » |
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Louis Bounoure, L’autonomie
de l’être vivant, Paris, P. U.
F., 1949, p. 213 |
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“ Dans
la comparaison si usée de l’organisme et de l’horloge, (...) il y a une part
de juste analogie: tout être vivant est un mécanisme, parce que, remarque
Cuénot, un mécanisme, c’est une pensée mise en acte. On ne peut constater
l’unité et la finalité de l’organisme, ni son autonomie, sans reconnaître en
lui ce souffle de l’esprit que le sens biologique de Goethe lui faisait
percevoir en toute forme animée. ” |
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Vandel. L'homme et l'évolution. |
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"La genèse
des adaptations nous reste presque complètement inconnu. Les documents
paléontologiques sont à cet égard d'une décevante pauvreté. Nous ne
connaissons à peu près rien des transformations qui ont conduit à la
réalisation des adaptations fonctionnelles les plus courantes marche, nage,
vol. ." |
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Tétry (Andrée) Les outils chez les êtres vivants. Gallimard, 1948 |
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"Le
vivant comporte une abondance d'outils qui n'a d'égale que leur diversité; de
par leur structure, leur fonctionnement, ils offrent une certaine similitude
avec l'outil fabriqué. Tout comme ce dernier, l'outil naturel a une causalité propre, une action conforme à sa nature
et aux exigences de son individualité. ......(liste d'une multitude
d'outils que l'on trouve chez les vivants) Mais une différence
essentielle se manifeste entre l'outil naturel et l'outil fabriqué; ce
dernier est extérieur à l'Homme, qui l'exécute avec les matériaux variés mis
à sa disposition; liberté de matière à laquelle s'ajoutent liberté de figure,
liberté de durée....Dans la majorité des cas, l'outil du Vivant fait partie
intégrante de l'animal; il est édifié avec sa propre substance qui est alors
déviée de sa destination primitive. L'organe électrique n'est pas autre chose
qu'un muscle ayant subi une différenciation particulière.. La fabrication
de l'outil humain exige donc la présence simultanée d'une intelligence
capable de concevoir a priori un modèle et une main qui tout d'abord en
esquisse une première approximation, puis réalise le projet à partir de
matériaux adéquats. L'un ou l'autre des facteur considéré isolément est
incompétent pour fabriquer l'outil...La représentation anticipée de l'outil,
c'est-à-dire du but ou de la fin à atteindre (cause finale), conditionne sa
production qui est donc un acte articulé, précédé d'une idée et opérant comme
une cause; à cette cause finale peut s'ajouter un besoin plus ou moins urgent
de l'outil avant qu'il n'ait été imaginé; ce besoin aiguillonne la découverte,
mais n'est nullement indispensable à la conception de l'outil." |
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de Broglie (Louis ), Revista Euclides, vol. XI mai- juin 1951
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"Il parait incroyable que de semblables organes
aient pu être produits par les seuls effets du hasard, même prolongés pendant
des durées énormes. Les réalisations de la vie semblent résulter d'une force
organisatrice qui ne se manifeste pas dans la nature inerte et dont la
véritable nature nous parait totalement inconnue." |
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Augier . Introduction
à la biologie. |
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"Nous
n'avons aucun fait paléontologique qui puisse montrer le passage par
évolution d'un embranchement à un autre. L'indépendance des embranchements est
même un des résultats les plus important de la science moderne.... De toute
façon il n'est pas question de relier tous les animaux à un précurseur
unique : l'hypothèse d'une série continue de la monère à l'homme n'a plus
aucun crédit scientifique" p.226. |
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Caullery.Les
étapes de la biologie, (Que sais-je ?) |
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"Comment
cette adaptation s'est-elle réalisée ? On ne sait, mais l'esprit se refuse à
n'y voir que le simple résultat d'une série de hasards dans les variations de
l'espèces....La paléontologie apporte, à l'idée d'évolution, des arguments de
faits multiples et décisifs, mais ne nous offre que des données fragmentaires
et elle ne nous montre, ni l'origine réelle des divers groupes, ni ne nous
donne accès aux origines de
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Guyénot. L'origine des espèces,
(Que sais-je ? ) |
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« L’espèce
n’est pas une entité fixe; elle doit être considérée dans le temps.
Certaines, parfaitement définies, restent stables pendant des durées souvent
considérables. D’autres sont en voie de formation. Il y a, en définitive, tous
les passages entre la race et l’espèce; il n’y a guère entre ces deux termes
de l’Évolution qu’une différence de degré » p. 105 « Il doit
y avoir eu une Évolution en profondeur susceptible de réaliser la
différenciation des genres, des familles, des ordres, des classes, des
embranchement. Cette évolution appartient entièrement au passé; elle ne
repose sur aucune preuve directe. Elle correspond cependant à la seule façon
d’interpréter rationnellement des faits d’ordre anatomique, embryologique et
paléontologique, constituant par leur ensemble un véritable faisceau de
preuve. » p.12 « Quand à
la différenciation, qui se perd dans la nuit des temps, des spongiaires, des
échinodermes, des mollusques, des vers, ....quant aux relation possible entre
le règne animal et le règne végétal, il faut avouer que, sur tous ces points
notre ignorance est absolue. Les reconstitutions phylétiques proposées sont
purement fantaisistes comme de tous les êtres vivants. Il n'est cependant
nullement exclu que la vie ait pu prendre naissance à plusieurs
reprises" p. 112-123 |
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ROSTAND |
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“ Le
hasard, même en disposant de millions de siècles, même en gaspillant
follement le matériel vital, n’arrivera pas à faire un cerveau ou un
œil. ” L’évolution des espèces,
Hachette, 1932, p. 168 « Il faut
redire avec force que, hors la mutation, il n’y a que ténèbres, et
que, pour toute la part d’évolution qu’on lui refuse, on n’a d'autre
ressource que d’invoquer des facteurs inconnus ». P. 71. Cuenot et J. Rostand. Introduction à la génétique.
1936 Ce que je
crois. 1953 "Il faut
avoir le courage de reconnaître que nous ignorons tout du mécanisme de
l'évolution. Au point où nous sommes arrivés j'ai le sentiment très net que
toutes querelles sont stériles qui opposent des adversaires mêmement
ignorants et obstinés à vouloir tirer de leurs maigres prémisses beaucoup
plus qu'elles ne renferment...J'ajouterai que, si obscures que me paraissent
les causes de l'évolution, je ne saurais douter une seconde qu'elles ne
fussent de l'ordre naturel....Et alors même que notre science n'arriverait
pas à le résoudre ( problème de l'évolution) nous n'aurions pas à en
conclure qu'il soit du ressort de la métaphysique." “ Le
livre de Monod [il s’agit du livre Le hasard et la nécessité] est un
livre qui n’apporte rien sur le plan philosophique. Il reprend la vieille
thèse scientiste à laquelle j’adhérais quand j’avais douze ans, un peu revue
par la biologie moléculaire puisqu’il s’agit du hasard des molécules. C’est
du Démocrite, du Darwin, tout ce que vous voudrez: ce n’est rien de neuf. Je
dirai même qu’on peut répondre à Monod ce que Huxley qui était pourtant un
grand matérialiste, ou en tout cas un grand agnostique, disait du temps de
Darwin: plus vous expliquerez le phénomène de la vie et de l’univers par des
mécaniques, et plus vous ferez le jeu des théologiens qui vous demanderont
comment cet enchaînement causal a été préparé à l’origine. Cela, je l’admets.
C’est pourquoi je dis que si vous vous bornez à rajouter Dieu au départ, je
n’ai rien à vous dire, et, après tout, vous avez peut-être raison. Ce que je
ne veux pas, c’est que vous me fassiez intervenir Dieu dans le déroulement de
la chaîne causale, parce qu’alors là nous ne pouvons plus faire de science.
Dieu au départ, je n’ai rien à objecter. ” Jean Rostand in Christian Chabanis Dieu existe-t-il ? Non répondent...,
Paris, Fayard, 1973, pp. 44-45 |
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Simpson. G.g. 1949 (qui a
lancé le néo-darwinisme) |
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« L’adaptation
est un fait et elle se réalise au sein d’un processus qui se déroule dans le
sens d’un progrès et d’après des lignes de direction déterminées. Ce
processus constitue un évènement de la nature qui s’effectue d’une manière
entièrement mécanique. Mais ce processus naturel nous donne l’impression d’un
but poursuivi sans personne qui le poursuive et il réalise un plan d’une
vaste envergure sans personne qui en soit l’auteur. Il est possible que la
mise en train de ce processus et les lois physiques d’après lesquelles il se
développe aient été ordonnées par quelqu’un vers un but et que cette
exécution mécanique d’un plan soit à considérer comme l’instrument d’un
auteur de ce plan, mais il n’est pas dans les compétences du
naturaliste de s’exprimer sur ces problèmes extérieurs au domaine
scientifique. » |
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Bohm ( David) (Causality and Chance in Modern Physics (1957) |
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"Le
terme psychosomatique met en évidence des entités, le mental et le soma (ou corps),
mais je désire insister quant à moi sur deux aspects d'un même processus.
Tout processus peut être traité soit comme somatique soit comme significatif.
Un exemple élémentaire nous est fourni par un journal : il est somatique en
ce sens qu'il ne s'agit que d'une feuille de papier recouverte d'encre,
pourtant il y a aussi une signification. J'ajoute que toute partie du
corps ou des processus organiques est somatique, c'est un ensemble de nerfs
soumis à des réactions chimiques et physiques; mais elle possède en outre une
signification qui est elle active. Le point essentiel relatif à
l'intelligence est l'activité de signification, d'accord ? ...Ce que je veux
dire c'est que la nature est organisée en accord
avec cette activité de signification. Celle-ci peut toutefois être perçue de
manière somatique dans une forme de matière plus subtile qui, à son tour, est
organisée par une forme de signification encore plus subtile. Ainsi de cette
façon tout niveau est-il à la fois somatique et significatif... p. 77 ...Les hommes
ont eu autrefois l'intuition d'une forme d'intelligence qui avait organisé
l'univers et ils l'ont personnalisée et baptisée Dieu. Une intuition
similaire peut s'imposer aujourd'hui sans que nous la personnalisions et sans
que nous la nommions Dieu. " Extrait de : Renée Weber. Dialogues avec des Scientifiques et des Sages . Éditions du rocher. 1988
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TEILHARD DE CHARDIN. Le phénomène humain. Paris, Seuil, 1955
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"Les
choses ont leur intérieur, leur "quant à soi" pourrait-on dire. Et
celui-ci se présente en relations définies, soit qualitatives, soit
quantitatives, avec les développements reconnus par Dans le
domaine de ..."Mais,
en chaque élément particulaire, ajouterons-nous, cette énergie fondamentale
se divise en deux composantes distinctes: une énergie tangentielle qui rend
l'élément solidaire de tous les éléments de même ordre (c'est à dire de même complexité
et de même "centréité") que lui-même dans
l'Univers ; et une énergie radiale, qui l'attire dans la direction d'un état
toujours plus complexe et centré, vers l'avant." p. 62 ..."A
peine enclose dans ..." ..."Et
voilà où se poursuit et ré-apparait, au niveau des
particules animées, la technique fondamentale du Tâtonnement, cette arme
spécifique et invisible de toute multitude en expansion. Le Tâtonnement, où
se combinent si curieusement la fantaisie aveugle
des grands nombres et l'orientation précise d'un but poursuivi. Le
tâtonnement qui n'est pas seulement le Hasard, avec quoi on a voulu le
confondre, mais un Hasard dirigé. Tout remplir pour tout essayer. Tout
essayer pour tout trouver. Le moyen de développer ce geste, toujours plus
énorme et plus coûteux à mesure qu'il s'étend davantage, ne serait-ce pas là,
tout au fond, ce que "Par
l'hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c'est un
Age nouveau qui commence. "Dans le
monde, l'Homme est entré sans bruit..." p. 203 "Sur une
même trajectoire de feu, les tâtonnements instinctifs de la première cellule
rejoignent les tâtonnements savants de nos laboratoires. --
Inclinons-nous donc avec respect sous le souffle qui gonfle nos cœurs pour
les anxiétés et les joies de "tout essayer et de tout trouver ".
L'onde que nous sentons passer ne s'est pas formée en nous-mêmes. Elle nous
arrive de très loin, -- partie en même temps que la lumière des premières
étoiles. Elle nous parvient après avoir tout créé en chemin. L'esprit de
recherche et de conquête est l'âme permanente de l'Évolution." p. 248 |
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|
BOUNOURE LOUIS, Déterminisme et finalité. 1957 |
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En exergue de l’ouvrage : « Comprendre ou
expliquer la finalité organique est le problème central de la biologie et même
celui de la philosophie ». Cuénot. Cité p. 7. « Dès le titre du présent livre, il est affirmé
que le mécanisme est une loi de la vie; nous exprimons ainsi notre adhésion
sans réserve à cet enseignement définitif de Claude Bernard, que la vie
implique des déterminismes matériels sans lesquels elle ne saurait exister
; on ne peut donc la connaître dans ses processus sans en étudier
nécessairement la matérialité. Mais cet aspect n’épuise par la réalité de sa
nature authentique, car s’il en était ainsi, les laboratoires seraient en
mesure déjà de fabriquer des êtres vivants. Il n’est nullement paradoxal
d'affirmer qu’une biologie purement analytique détruit pratiquement l’objet
de son étude ; et s’il n’y avait quelque irrévérence à le faire, on pourrait noter
que beaucoup de biologistes semblent s’en accommoder sans beaucoup de
peine. » p. 10 « . …toutes les conduites que l’on pourrait
qualifier d’émotives, comme la colère ou la peur, impliquent l’intervention
de l’hormone thyroïdienne et de l’adrénaline, dans des réactions complexes ou
le système nerveux a sa part. Quand la physiologie a ainsi démontré le rôle des
facteurs endocriniens dans la motivation du comportement elle est tentée de
croire qu’elle en a atteint la cause efficiente même; mais en réalité elle
n’a découvert qu'une condition de l’instinct, condition dont il faut
il est vrai, reconnaître le caractère indispensable. » p. 136 … « Non moins flagrantes sont les erreurs
logiques qui consistent à croire que le facteur physicochimique qui déclenche
un phénomène tout préparé explique ce phénomène, ou que la
médiation nécessaire d’une substance chimique dans le développement d’une
structure donne raison suffisante de cette structure. La théorie
chimique de l’organisation est « deux fois absurde » car même si
l'on admettait qu'une substance banale puisse être cause d’une
structure complexe, elle ne pourrait, de toute manière, en être cause selon
le mode caractéristique de la différenciation embryonnaire, c’est à
dire en faisant apparaître successivement des organes concrets de plus en
plus précis et divers. … L’extrême faiblesse des raisonnements
voilà où tombent beaucoup de biologistes, par « peur de se trouver
entraînés à des conceptions religieuses ou providentialistes ». p.197 …« Les biologistes qui ont le plus nettement vu
et proclamé la finalité organique se sont abstenus d’assigner une
nature précise à sa profonde cause inconnue : Driesch, en la qualifiant
de « non mécanique », Cuénot, en l’appelant
« anti-hasard » ont respecté la « réalité originale et
irréductible » de l’être vivant, réalité dont c’est un caractère
essentiel que les phénomènes en elle ont un sens, de telle sorte que le
vivant est, pour l’homme qui l’observe, un être à la fois concret et
idéal. » p.236 … « Ainsi, matière organisée et idée
organisatrice, la réalité vivante apparaît avec un caractère de dualité
irréductible : dès lors déterminisme matériel et finalité immanente
seront les principes respectifs de deux biologies concurrentes, acharné à se
combattre, l’Une matérialiste et mécaniste, cherchant à se modeler sur le
type des science s physico-chimiques, l’autre spiritualiste et vitaliste,
attachée à l’importance d’une finalité qui échappe à l’empirisme pure. »
p.242 … « la finalité biologique n’est ni une
illusion anthropomorphique, ni une invention philosophique, ni une croyance
mystique, mais une vérité de fait » p. 244. |
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Alfred Kastler in Christian Chabanis
Dieu existe-t-il ? Non répondent...,
Paris, Fayard, 1973, p. 21 |
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“ Longtemps le biologiste s’est trouvé devant la téléologie comme auprès d’une femme dont il ne peut se passer, mais en compagnie de qui il ne veut pas être vu en public. À cette liaison cachée, le concept de programme donne maintenant un statut légal... Je crois que c’est vrai. ”
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A.I. Oparin, L’origine
de la vie sur la terre, Paris
,1965, p. 253 |
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“ La
structure de ces protéines est non seulement très compliquée mais elle est
aussi extrêmement bien adaptée à l’accomplissement de fonctions catalytiques
définies qui jouent un rôle important dans la vie de l’organisme tout entier;
cette structure est strictement conçue dans ce but, pour cela. Une telle
adaptation à sa fonction biologique, une telle structure conforme à son but
caractérise aussi les acides nucléiques des organismes actuels et qu’elles
soient apparues par hasard est aussi impossible que l’assemblage par hasard à
partir de ses éléments, d’une usine capable de sortir n’importe quel produit
particulier. ” |
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Piaget. Introduction .... p. 1950 |
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"Le
jour où la physique expliquera les structures propres à la vie, l'assimilation
entre cette science et la biologie ne se fera pas selon un sens unique, mais
sera réciproque...L'explication physico-chimique de la vie aboutira à
biologiser la physico-chimie tout en paraissant matérialiser le vital" |
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Edmund Whittaker, Le
commencement et la fin du monde, Paris, Albin
Michel, 1953, pp. 86-87 |
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“ Supposons qu’au début les cartes soient
rangées en ordre, commençant par exemple par l’as de pique et continuant par
le roi, la dame, etc., jusqu’au deux de pique, puis passant à l’as de cœur et
tous le cœurs en ordre, puis les carreaux, enfin les trèfles: c’est ce que
nous appellerons l’arrangement ordonné des cartes. Maintenant, battons les
cartes de façon à détruire toute trace de l’arrangement primitif: quelles
chances y a-t-il qu’un nouveau battage ramène l’ordre du début ? La
réponse peut être donnée par le calcul des probabilités:
les chances sont approximativement de 1 contre 1068, ce qui
est si écrasant que nous pouvons regarder la probabilité de restauration de
l’ordre original comme pratiquement nulle. Ainsi, s’il est facile de
transformer l’ordre en désordre, il n’est point aisé de ramener le désordre
à l’ordre. |
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(À raison d'un
brassage de cartes à toutes les trois secondes, cette probabilité
exigerait pour se réaliser des milliards de milliards de milliards,
etc. de fois le temps que l'on attribue actuellement à l'univers depuis
le Big Bang) |
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Dalq. Le
problème de l'évolution. |
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"Il y a donc une énigme devant laquelle notre
équipement conceptuel, tel que nous l'avons acquis par l'Évolution de notre
science, reste impuissant." |
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Barjavel, La faim du
tigre, Paris, Denoël, 1966, pp. 20 à 25 |
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“ L’ovule
a deux dixièmes de millimètre de diamètre. Le spermatozoïde est des milliers
de fois plus petit. Leur poids total ne doit pas atteindre la moitié d’un
milligramme. Il n’y a pas de mot dans la langue française pour désigner cette
infime quantité de matière, ce moins que fétu, ce soupçon. Et pourtant cet
infinitésimal contient tout le programme de fabrication de l’adulte, dans son
ensemble fini et dans ses moindres détails: la couleur de ses cheveux, mais
aussi leur nombre, et ce grain de beauté hérité d’un ancêtre du sixième
millénaire, et qui jusqu’à la fin des siècles ornera de temps en temps la
fesse gauche d’une femelle de la lignée; et le buste rond ou plat, les
épaules tombantes ou carrées, les ongles souples ou cassants, et du poil ou
non sur les doigts de pied. Et la façon dont se plisse le coin de l’œil
pendant le sourire, la forme du geste du bras qui s’avance pour saisir un
objet, le son de la voix, le sommeil léger ou profond, les rêves peut-être...
Tout cela est dans ce minuscule, tout le particulier qui différencie des
autres et lie à ses ancêtres l’individu qu’il va fabriquer. Mais
avant ce particulier il y a aussi, il y a surtout le général, le plan général
de fabrication qui est le même pour tous les individus d’une même espèce. Dès
qu’ils se sont mélangés pour ne plus faire qu’une seule cellule, l’ovule et
le spermatozoïde commencent à se diviser. L’œuf, cellule unique de base, qui
contient tout le devenir, se divise en deux, puis en quatre, en huit, en
seize, trente-deux, soixante-quatre, etc., en une fabuleuse progression
géométrique qui finira par fournir les milliards de cellules nécessaires à la
construction d’un individu complet. Et chacune des deux, quatre, huit,
seize... chacune des milliards de cellules a emporté les ordres. Les
ordres de l’espèce qui font qu’elle contribue à fabriquer un homme et non un
cheval, un escargot ou une laitue. Les
ordres de la lignée, qui font qu’elle contribue à fabriquer une Suédoise aux
cheveux de lin et aux yeux bleus, ou un Chinois, ou un Auvergnat, ou une
mulâtresse, un grand ou un petit... Les
ordres de l’organe qui fait qu’elle va se différencier, se spécialiser et
prendre place dans le foie ou le cerveau, la rétine, l’estomac, et qu’elle
saura exactement quel genre de travail elle devra exécuter. Les
ordres de la cellule, qui font qu’elle saura recevoir du sang et de la
lymphe, les nourritures multiples, les transformer pour les besoins de
l’individu, les besoins de l’organe et ses propres besoins, fonctionner comme
une usine chimique, électrique et atomique, infiniment perfectionnée et
complexe, fabriquer une quantité précise d’énergie ou de produits déterminés,
les mettre en circulation ou en réserve, rejeter les déchets... Chacune
de ces milliards de cellules fait exactement ce qu’elle doit faire, à la
place exacte où elle doit le faire et où elle s’est installée pendant la
fabrication de l’individu. Selon les ordres. L’individu
ne s’est pas fait, il n’a pas voulu sa vie, et sa vie se continue sans le
secours de sa volonté. À aucun moment, il ne continue d’exister parce qu’il
le veut. C’est une organisation totalement indépendante de sa conscience et
de ses décisions qui le maintient en vie. Son intelligence est trop faible,
son attention trop instable, son ignorance trop grande pour qu’il puisse
assurer cette tâche, même pendant quelques instants. Si un individu devenait
tout à coup responsable de son corps, celui-ci sombrerait aussitôt dans le
désordre et la décomposition. Le gouvernement d’un monde aussi complexe que
le corps humain réclame une connaissance totale des ressources de la matière
et des lois de notre univers. Il exige un éveil perpétuel, une attention
ininterrompue, une capacité de réception, de coordination et de décision qui
ne laisse en dehors du circuit de la vie aucune parcelle de l’organisme. Tout
cela est très loin au-dessus des possibilités de connaissance, de
compréhension et de volonté humaines. L’homme est comme logé en lui-même à la
façon d’un passager incompétent. Il ignore tout de la conduite d’un organisme
qui ne dépend pas de lui, et qu’il est tout juste capable de détraquer par
son comportement. Au
cours des siècles, en ouvrant avec un couteau son corps fermé sur ses
secrets, l’homme a fini par apprendre en partie comment il fonctionne. Mais
le prodige, ce n’est pas qu’il sache enfin, à peu près, à quoi sert chacun de
ses organes, c’est que chaque organe sache, lui, à quoi il doit servir. Et
que le cœur batte, que les glandes sécrètent, que l’intestin digère, que le
foie transforme, que le sang transporte, nourrisse, nettoie, défende, que
chaque organe, que chaque cellule sachent ce qu’ils ont à faire et le fassent
exactement, sans que s’en mêle l’individu qu’ils composent. L’autre prodige, c’est que chacun de ces organes se
soit fabriqué et mis à sa place, à partir d’un demi-milligramme
de matière vivante. Et que l’anus ne se soit jamais installé à la place du
nombril, l’estomac dans le crâne, les yeux sous les pieds, la peau à
l’envers, le cœur dans la main... ” |
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SUITE: TÉMOIGNAGES (C) RÉCENTS >>>>
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Hymne a Mr. hasard 2. Hasard vivant parmi les
vivants 4e. Sexe et coloration de la
peau 5. Adorateurs, Apostats et Hérétiques 6. TEXTES: MILIEU... du 20ième siècle Histoire romancée du premier atome |