L’état
providence
Redistribution
des revenus
Comparaison États-unis et Europe continentale…
Par le Prof bof
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Gus, on compare
souvent les politiques sociales des
USA et Des centaines d’études ont été consacrées au
sujet. Gus, je te fais part de plusieurs idées qui ont été avancées pour
tenter de comprendre cette divergence
d'attitude face à la redistribution
étatique de la richesse. Vu
que les USA servent souvent de repoussoir
pour justifier les politiques sociales locales, il est d’autant plus important de
distinguer les faits de l’usage idéologique
que les politiciens peuvent en faire, d'autant plus que la
distance et la grande diversité du
pays peuvent donner prise à toutes sortes de
discours selon les besoins
politiques ou électoraux du moment. Quelques chiffres. Aux USA, les administrations
publiques comptent pour 30% du PIB dont 11% (2002) sont consacrées aux prestations sociales. En moyenne, en Europe, les chiffres
correspondants seraient de 44% dont 17.65 % pour la redistribution..(Ex.
ÉVOLUTION historique. En 1870, les transferts
sociaux étaient nuls partout. En Europe la proportion a progressé jusqu’à
20%, aux USA jusqu’à 10%`
MIRAGE STAtiSTIQUE. Le taux de pauvreté serait de
17% aux USA selon le Census Bureau. Contre 7.7 en Allemagne et 8 % en France. A noter que la définition de la pauvreté peut
diverger d’un continent à l’autre. Aux USA, le pauvre
est celui qui a moins que 3 fois le coût minimal de la ration alimentaire
nécessaire pour chacun. … Une famille avec
deux parents et un enfant est considérée comme pauvre si son revenu se situe
en dessous de $14 702 par an (soit 8 000 FR par mois). Et il faut
ajouter au revenu américain les aides non monétaires comme les tickets de
nourriture et les aides au logement.
En 2008, un américain sur 11 recevait des « food
stamps », un sur 8 au Michigan. Cette manière
de définir la pauvreté par le revenu nécessaire pour assurer le minimum vital
n’est pas une tache facile…selon que le minimum vital est défini par le
pauvre ou par le riche. Certains pays, plus discrets (Canada),
préfèrent parler de « faible revenu » plutôt que de pauvreté. C’est
assez tragique d’être pauvre sans avoir à en porter le nom. En Europe, la
pauvreté est essentiellement relative : les pauvres sont ceux qui ont
moins que la moitié du revenu médian. ..
(Gus, si sur 100 citoyens le cinquantième gagne 40 000$, seront
pauvres ceux qui gagnent moins de 20 000$). Dans cette perspective,
si la richesse augmente les pauvres augmentent… Et il n’y aurait pas de
pauvres au Bengladesh si tous les citoyens vivaient avec 2 dollars par jour Avec ce dernier
barème, en 1980, 17% de la population des États-unis était pauvre, alors
que la proportion variait de 5 et de
8% en Suède et en Allemagne. Ce
critère met davantage en évidence la
disparité des revenus.
Aux USA, les revenus
des 20% les plus riches
représentent 43% de la somme des revenus avant impôt; en Europe ce serait plutôt 37%. (Gus, comme l’impôt est progressif (plus ou moins) et que bien des
pauvres ne paient pas d’impôt, la redistribution devrait être plus équitable
après impôt) Pourquoi la solidarité sociale du moins apparente
est-elle moins forte aux USA ? Des
centaines d’études ont tenté de faire la lumière sur ce problème. Gus, je te
donne ici quelques uns des thèmes ou des raisons qui sont le plus souvent invoquées
et qui éclairent le comportement des individus et le comportement des
sociétés dans des situations données,
le poids du présent et le poids du passé et les attitudes face à l’avenir. Ne pas oublier, Gus,
que dans bien des discours socialisants les États-unis servent de repoussoir
de service et pour bien des gens la guerre froide ne s’est guère
attiédie. D’où l’importance de voir la réalité au-delà des mythes…. Autre petite
remarque avant de débuter… Ne pas oublier
que c’est au pays de Bush… …que la rectitude
politique a vu le jour et s’est
implantée dans bien des milieux universitaires… … qu’on a inventé la
discrimination positive… … qu’on a intenté
des procès à ses propres militaires en
temps de guerre…(évidemment ce sont les seuls à poser des gestes absolument condamnables) … est venu deux fois
sinon trois au secours de l’Europe
aux prises avec des guerres idéologiques et ethniques… Le pays le plus recherché par les immigrants… et qui en
accueille le plus.. L’enfant chéri des Suédois quand il s’agit
de distribuer les prix Nobel. Et quelques autres petits traits comme l’impact dans la culture scientifique
et populaire. Ultime conseil, Gus,
tente d’éliminer de ta vie tout ce qui est
invention technique américaine, tous les
produits américains, vide ta
pharmacie, au feu livres, revues (copiés
par le reste de la planète), cd, dvd, gadgets, malheureusement tu ne pourrais
suivre ton prof sur Internet. Quel malheur ! Bonne lecture. |
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HOMOGÉNÉITÉ OU HÉTÉROGÉNÉITÉ DE Gus, on a dit: tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Il s’avère que c'est plus facile quand le prochain est proche, et qu’en plus il est ton semblable. La redistribution sociale des plus riches vers les plus pauvres, est plus
facile électoralement quand l’aide ou
les
Certains ont même vu
une corrélation à l’intérieur de l’Europe (avec quelques exceptions), entre
le pourcentage du PIB consacré aux
dépenses sociales et le degré d’homogénéité de la population. L’hétérogénéité freine la compassion quand
la race, la langue, la religion,
le taux de fécondité permettent de
stigmatiser une catégorie de
bénéficiaires privilégiés que les autres doivent subventionner. Déjà cependant, avec les immigrations
récentes, des pays européens sont aux
prises avec une diversification de leur population plus facilement identifiable et certains
partis politiques, et des états,
refusent de subventionner les nouveaux arrivants qui viennent siphonner
les fonds forcément limités que l’état consacre à la solidarité sociale. La rhétorique anti-immigrés exploite
la menace pour l’État providence. Des biologistes ajoutent une touche… biologique : la
communauté de gènes irait de pair avec l’altruisme. Ce facteur cependant ne joue pas si en cas
de diversité, les différents groupes sociaux,
de fortune semblable, profitent
également des redistributions de
l’état. Ceux qui se sont
penchés sur le problème, considèrent ce facteur de l’hétérogénéité
de la population comme pouvant expliquer à 50 % les différences entre l’Europe et les USA. Le sociologue robert
putman, après une enquête auprès de 30 000 personnes dans 41 villes et
villages, en arrive à la conclusion
que plus la diversité ethnique est élevée, moins les gens se livrent
au bénévolat, donnent aux services de charité ou sont enclins à
participer à des projets communautaires…Ce qu’on pouvait soupçonner à défaut d enquêter sur le
comportement de milliers de personnes…
Mais la science est la science… Et que vaut une intuition si on ne peut
mettre un chiffre quelconque dessus…, établir un pourcentage, ou mettre à l’oeuvre, grâce aux fonds
publics, une armée d’enquêteurs... |
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Les INSTITUTIONs
politiques. Le système électoral
peut avoir une influence sur
l’attitude face à l’État providence.… Le système anglo-saxon ou
les élus représentent un
compté, serait moins
propice à des mesures sociales à l’échelle de l’état.
Pour se faire réélire ou élire, il importe souvent plus d’insister sur les
problèmes locaux, les intérêts
régionaux, comme les charbonnages,
l’agriculture, les forets, le type d’industrie, les bouts de chemin, etc. la
redistribution à l’échelle du pays
passe en second lieu.
Dans cette ligne de
pensée, le SUFFRAGE proportionnel,
plus FRÉQUENT en Europe, serait
un atout pour majorer le rôle de l’état dans la redistribution de
la richesse. Les minorités les plus
défavorisées sont en effet plus en
mesure d’exercer une influence sur le gouvernement, de faire valoir leurs revendications, car leur voix, si minoritaire soit-elle,
peut se faire entendre, en raison des alliances souvent obligées,
jusqu’au niveau du gouvernement… Les partis minoritaires sont les premiers à
profiter d’un régime de suffrage proportionnel. Un système fédéral comme aux USA serait plutôt
pour les différents états une incitation
à modérer les efforts de redistribution … Les états les plus généreux attireront les
miséreux et augmenteront par
conséquent le fardeau fiscal. Et la manœuvre
risque de faire fuir les compagnies ou les citoyens riches dans les
états voisins moins gourmands… et moins généreux. Gus, quant
à en être aux institutions, quelques faits qu’on ignore trop facilement : Aux USA, au pays du « capitalisme sauvage », l’école obligatoire et
gratuite date de 1832, cinquante ans
avant Le suffrage universel date de 1820 pour les hommes (1848 en France) et 1869
pour les femmes (et 1945 en France***). *Gus,
si ton prof prend souvent |
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L’attitude moralisatrise face à Le pauvre ou le
nécessiteux peut être vu comme un paresseux, il peut être vu comme un malheureux, un éclopé
de la vie, une victime de la fatalité. Quand vient le temps de soutenir des
mesures sociales de redistribution, d'accepter d'en défrayer le coût, on peut
imaginer que les
attitudes et les votes seront différents selon que l’on partage l’une ou l’autre opinion. Éloquent : La pauvreté est de la faute de la société. Les pays où cette opinion est la moins répandue : USA, Japon,
Australie. Là où elle est la plus répandue : Suède,
Finlande, Espagne Allemagne. En Europe des
gouvernements de gauche et les influences
marxistes ont contribué à créer la conviction que l’inégalité des
clases est foncièrement injuste. « Le socialisme est né de la
conscience de l’égalité humaine alors que la société où nous vivons est tout
entière fondée sur le privilège. … Il
est né du contraste, à la fois scandaleux et désolant, entre le faste des uns
et le dénuement de autres, entre le labeur accablant et la paresse insolente. »
Léon Blum. 1919. Pour être socialiste. Et les politiciens,
selon qu’ils sont pour ou contre la redistribution, stigmatiseront les vices des pauvres ou les crimes des
riches…Et on sait, Gus, que l’égalité des chances, c’est pour ceux qui ont de
la chance ! Le riche est plus
sensible aux appels à la générosité et
au partage qu'aux appels au non de la justice et de l’égalité..
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Le Goût du risque et sa valorisation.
Aux USA, comme c’est une population issue de l’immigration,
les gens seraient plus prêts à
accepter les risques et à compter sur eux-mêmes pour faire face aux difficultés
de la vie. On a dit malicieusement qu’un Européen c’est un Américain qui n’a
pas eu le courage de prendre le bateau.
De deux frères dans un village perdu de Sicile, celui qui a immigré a
peut-être manifesté plus de courage, ou
davantage le goût du risque ou d’entreprise, que celui qui est demeuré
sur place… L’émigrant chercherait
une solution individualiste à ses propre malheurs, alors que celui qui
reste pensait peut être à faire la révolution … du moins la révolution
sociale chez lui. Joe
Dassin. Mes amis, je dois m'en aller |
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La pauvreté, du moins relative, est plus répandue aux USA, mais certains font valoir, d’autres en discutent, que la pauvreté… y est moins institutionnalisée et que
la mobilité des classes y est plus grande…de sorte que l’urgence de
l’état providence serait moins ressentie.
Les opportunités pour sortir de
la pauvreté, pour celui qui veut, sont
plus nombreuses que dans certaines sociétés
plus traditionnelles où
les classes sont plus
cloisonnées.. Il y a plus de pauvres,
oui, mais pour moins longtemps… si l’on veut réellement s’en sortir… Toute la
classe moyenne d’aujourd’hui avec son niveau de vie inégalé vient de ces pauvres immigrants, qui ont
trimé dur, ont connu la pauvreté pour un certains temps, sont partis du bas de l’échelle, ….. et qui sont fort tentés de dire aux autres « faites comme
nous »… Du moins telle est
la perception : 71% des américains
estiment que les pauvres peuvent s’en sortir s’ils fournissent les
efforts nécessaires. Seulement 40% des Européens partagent ce même avis à propos de leurs
pauvres. La mobilité géographique. En Amérique, l’espace aidant, on se déplace plus facilement pour
améliorer sa situation ou pour se
sortir du chômage. |
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Le riche, selon le calvinisme, doit
sa fortune à des talents reçus de Dieu, et il se doit de faire
profiter la communauté, ses frères, de
ses talents et de sa richesse. C’est
possiblement aux USA que se sont
créées les plus grandes fortunes mais
les détenteurs se sont fait souvent un devoir ou un honneur de créer des
fondations de bienfaisances.. ou des services publics dont l’état n’a pas eu
à se soucier…Musées, universités, fondations de recherches, œuvres
caritatives, ont été créées et entretenue par ceux à qui le talent et la société ont permis de
prospérer… Bill Gates serait aujourd’hui un exemple de cette redistribution privée, que
certains estiment plus efficace que celle administrée par les fonctionnaires,
mentalité
qui prévalait surtout au début du 20ième siècle.
D'ailleurs l’État
providence moderne n’a fait que
prendre le relais de ce que les institutions privées, le plus souvent
d’origine religieuse, qui remontent parfois au Moyen-âge ou au début de l’ère
moderne, avaient assuré par le passé,
que ce soit le soin des malades,
l’instruction des enfants… et les secours aux
malheureux. Ces
institutions vivaient de la charité publique et du
DÉVOUEMENT de ses membres… Évidemment depuis, l’impôt sur le revenu, surtout progressif,
a remplacé le zèle et la charité au
nom de la solidarité. Les citoyens, du
moins plusieurs, pensent maintenant
s’être déjà acquittés de leur devoir de solidarité face aux moins bien nantis. Certains font valoir cependant que
ce zèle visait le plus souvent des clientèles apparentées que ce soit au plan géographique, religieux
ou racial, alors que l’état moderne assurerait une
distribution plus équitable et plus généralisée.
Il est tout de même
curieux que de grandes vedettes, extrêmement riches, qui se font les apôtres de distribution toujours plus généreuse s’exilent dans les pays … où les impôts
sont plus favorables à leur fortune privée.. Gus, joue à Sherlock home si la révélation
t’intéresse. Entre les deux, le
cœur balance : entre le plaisir de donner et le plaisir de se faire
enlever… Une enquête
révèlerait que 11% de la population
aux USA ont fait partie d'associations caritatives l’année précédente alors qu’en Europe 4%
se serait livré à ce type d'activité. En l’an 2000 les
dons de charité auraient été en moyenne de 691 $ par personne aux USA et de
57 $ en Europe. « L’Europe moderne s’est construite contre
l’Église, les États-Unis avec les églises. Le dieu américain est un dieu
éclectique fait de toutes les nations qui composent cette république, une
entité bienveillante, attentive à la réussite et au bien-être de ses
fidèles. » Pascal Bruckner, La tyrannie
de la pénitence. P. 221 |
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L’efficacité
économique ?
Il y a des coûts
économiques à l’État Providence. Lldbeck a étudié
le système suédois. En 1970 avant l’explosion
de son État providence, le revenu par habitant de |
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Gus, bien des idées
évoquées plus haut sont discutées abondamment avec moult statistiques et
tableaux dans Alberto Alesina et Edward L. Glaeser, Combattre
les inégalités. Les États-unis face à l’Europe. |
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“American politics is
shaped by the defeat of the right on social issues and the defeat of the left
on the economy” |
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Suite :
L’histoire économique en dessins pas très animés.
25 manières de se partager les meilleures
et les moins bonnes parties d’un bœuf.
Qui a le filet mignon et qui a la queue à déguster?
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1. Gauche-droite au plan
politique 2. Gauche-droite au plan économique 3. Jeux d’haltères
et d’équilibre dans l’économie de
marché 4. Démocratie,
totalitarisme et dictature 5
Mondialisation
et État providence 6. Cours accéléré 101. la
critique sociale (3 niveaux) 7. Petite histoire
d’un certain gauchisme. 8. L’État providence aux USA et en Europe. 9. une certaine
intelligentsia au vingtième siècle. 10. L’histoire
économique en dessins pas très animés. 25 manières de se partager les meilleures et les moins bonnes parties d’un bœuf.
Qui a le filet mignon et qui a la queue à déguster?
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PHILOSOPHER AVEC
le prof BOF >>> « être
sérieux sans se prendre trop au sérieux » |
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NOUVEAU CAPSULES: le prof bof pour les nuls
ou les gens pressés>>>> Brefs |