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SOCRATE
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« Connais-toi toi-même »
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Sans
le vouloir expressément, il est le pédagogue de
l’intelligence grecque.
Il
oriente différemment la réflexion et les
préoccupations philosophiques :
au
lieu des spéculations sur la matière, sur son unité,
son homogénéité ou sa diversité, sur la
nature, la profondeur ou la superficialité des
changements qui l’affectent, Socrate, à la différence
de ses prédécesseurs, pose comme objectif premier la connaissance
de soi, l’étude de l’homme, la réflexion sur la
valeur de nos actions.
Il
incarnera pour la postérité l’image
du Sage et de l’homme capable de mourir pour ses principes.
Gus tu te souviens de ce que disait ton ami Alain : « Ce
n’est pas la ciguë qui tue Socrate, c’est le syllogisme (par
fidélité logique à ses principes) »
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« Gus, si
jamais quelqu’un se vante devant toi d’avoir lu Socrate, sois gentil, prends
ceci comme une blague car nous n’avons aucun écrit de Socrate.
Tout ce que nous savons de lui et de sa pensée nous vient
indirectement de Xénophon et surtout de Platon, son disciple,
qui a idéalisé son maître au point de
mettre ses propres œuvres sous le nom et le patronage de
Socrate. »
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« Ironie socratique »
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Socrate est l’homme de la
rue, de la place publique il n’aime rien de mieux que les discussions
improvisées. Il aime particulièrement faire table rase des
faux savoir avant de construire. Il joue le rôle
d’ « emmerdeur publique »,
rôle qu’il joue si bien qu’il en sera condamné à mort.
Son
sport proféré est de démasquer les faux savoirs et de
déculotter les prétentieux. Il s’attaque aux
savoirs superficiels. Devant une affirmation trop péremptoire, il
aime par des questions habiles amener son interlocuteur à
confesser son ignorance : « Emporte les marbres,
Socrate »
Il
restera à construire un savoir plus solide sur les ruines de
ces faux savoirs.
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« La maïeutique » ou
l’art d’accoucher les esprits.
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Sa
mère était sage-femme et, comme elle, il
prétend accoucher les esprits. Pour lui, comme pour Platon son
disciple, les idées son innées. Chacun possède
en soi un savoir inné. Le grand art du précepteur est
d’amener par son questionnement son interlocuteur,
prétendument ignorant, à actualiser ce savoir,
à le faire éclore, à l’amener à la
conscience claire et explicite.
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« La chasse aux définitions »
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Il
aime pratiquer la chasse aux définitions…A
la différence de ses prédécesseurs qui ambitionnaient
de ramener la diversité des choses à un principe unique,
Socrate respecte l’originalité de chaque chose, de chaque
situation. Chaque réalité a son essence et
sa nature propre. Socrate se fait pédagogue de
l’intelligence grecque (et universelle) et il enseigne
l’art d’exprimer et de dire exactement ce que l’on pense,
de cerner le tout en apportant une définition qui
exprime exactement ce qu’une chose est en elle-même et ce qui
la distingue de toute autre chose.
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Le paradoxe socratique
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Il estime
que la science et la vertu vont de pair et que la vertu est une question
d’intelligence et de réflexion. La volonté
ne peut vouloir le mal et ce n’est que par une erreur de
l’intelligence qu’elle se livre inconsciemment au mal.
L’ignorance est cause de la méchanceté. La
sagesse se traduit en acte vertueux.
Et
le bonheur vient de la pratique de la vertu qui est à
elle-même sa propre récompense.
L’ordre
dans le monde ne peut s’expliquer que par une
intelligence supérieure. Et il ajoutera que l’âme
est au corps ce que le dieu est à l’univers.
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PLATON
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La
plus belle œuvre de Socrate, a-t-on pu dire, c’est Platon,
son disciple, qui mettra son œuvre sous le patronage de son
maître qui est toujours mis en scène dans les Dialogues
qui explicitent la pensée de Platon, peut-être aussi des
pensées héritées et déjà
formulées par son maître.
Avec
Platon, et surtout Aristote, on assiste à l’instauration de la
philosophie qui prend une allure systématique, d’une
philosophie qui traversera les siècles.
C’est Alfred North
Whitehead qui disait que toute
la philosophie occidentale n’est qu’une série de notes
de bas de pages à l’oeuvre de Platon.
Gus,
ne pense pas ici, que je repasserai toute la philosophie de Platon,
je ne ferai que signaler les traits les plus fondamentaux.
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Gus, les grands axes de la pensée de
Platon nous sont souvent présentés sous la forme d’une
belle histoire mythique…
Le
mythe de la caverne
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Gus, avec une
audace et une effronterie qui n’a d’égale que son
courage, Bof se met au goût du jour et t’offre une version
moderne, pour la jeunesse d’aujourd’hui qui n’a jamais
mis les pieds dans une caverne, de ce fameux mythe dans lequel on peut
retracer l’essentiel de la vision du monde de Platon.

« Le platonisme
éternel, c’est la confiance de l’homme dans le pouvoir
de la pensée, le mythe indispensable d’une
vérité éternelle à chercher par delà les
inexactitudes et les imperfections de toute science déjà
atteintes »
Lenoble.
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LE MYTHE DU TUBE CATHODIQUE
Imagine,
je dis bien imagine, Gus, un bébé qui à sa
naissance est mis dans un tube, dans un de ces grands tubes qui servent
à couler les colonnes de béton; de toute son existence
il ne verra et ne pourra prendre conscience que de l’image qui est
projeté par la TV
qui se trouve à l’autre extrémité du tube.
Pour
lui, l’image cathodique est toute la réalité
à laquelle il a accès. Même les parents sont en contact
avec lui par Web-Cam
(remarque,
Gus, que certains bébés modernes sont presque dans la
même situation)
En
vieillissant, il sera étonné, par exemple, par la
vitesse des bolides qui traversent l’écran ou s’y
enfoncent, avec des Vroom, Vroom retentissants.
«
La petite vie » sera pour lui la « Vraie
vie » ; la cathode est son monde, et l’écran
(21X29) son univers.
Il
connaîtra des peurs ou des joies selon ce qu’il aura
appris à voir…
En
vieillissant il verra peut-être que les filles sont plus
agréables à regarder et ne sont pas également belles
malgré la réduction aux deux dimensions de leurs images.
Peut-être même qu’il s’est déjà
enligné (c’est le cas de le dire) sur Britney
Spears ou Angelina
Jolie selon son age.
(Bof
s’excuse mais il n’a pas encore été capable
d’évaluer l’influence du tube sur l’orientation
sexuelle)
LA SORTIE DU TUBE. Tout ce qu’il
voit est pour lui on ne peut plus réel. Imagine, Gus,
fais un gros effort, qu’est ce qu’il se passera dans la
tête de cet adolescent quand on le sortira de son tube et que
tout à coup, il sera en contact avec un autre monde
qu’il ne soupçonnait même pas, un monde plus
réel, que la réalité à laquelle il
s’identifiait auparavant et que maintenant ne parait
qu’un vulgaire monde cathodique, qu’un monde d’ombres,
pâle reflet d’un autre monde tellement plus
réel et qui pour lui est désormais le vrai monde.
L’éblouissement
passé, son œil s’habitue progressivement et son
ébahissement s’amplifie à mesure qu’il
explore le « vrai » monde La vitesse des
bolides qui traversaient son écran l’épatait quelque
peu. Maintenant ce jeune amateur de vitesse ne saura plus où donner
de la tête : la vitesse de la bicyclette qui a failli le renverser
par mégarde, la voiture qui double la bicyclette et s’il
prend l’avion… , s’il prend
conscience de la vitesse des fusées, d’une balle de
fusil, si on l’informe de la vitesse de la lumière, etc.
Porté par le mouvement ascensionnel, il rêve de vitesse
instantanée, de vitesse infinie un peu comme une
certaine volaille, Jonathan Levingston de son
nom, qui fut un jour prise par cette quête d’absolu et ne
rêvait que de vitesse instantanée à
l’étonnement des autres goélands qui se
contentaient de la petite vitesse de croisière à
laquelle les avaient habitués leurs ancêtres… et le
tube dans lequel ils étaient confinés.
Et
que dire de la petite copine qui commençait à l’exciter
à l’intérieur du
tube. Gus, es-tu capable d’imaginer, dans le contexte, l’impact
de la vision tridimensionnelle de ce qu’il ne trouvait pas
déjà si mal en deux dimensions… Et il constate vite
que ces
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Gus,
le retour à la réalité peut être
décevant
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nouvelles
beautés qu’il découvre le sont à des
degrés divers, et nouveau Colomb, il donne un score à chacune et il se met en quête de la plus
belle, qu’il espère bien rencontrer un jour…
et quant à rêver, pourquoi ne pas
rêver de rencontrer, (tout au moins penser qu’elle existe)
la Beauté qui ne serait que Beauté, la Beauté
pure, infinie, impérissable, qui n’a pas besoin de
maquillage ou de reformatage périodique, la beauté sans
l’ombre de laideur, même pas un petit bouton ou un faux pli caché
quelque part, Beauté impérissable, éternelle dont
toutes les beautés de notre monde sensible ne seraient
qu’un pâle reflet . Et tant qu’à y être
pourquoi ne pas admirer également et même plus que la
beauté physique la beauté des belles sciences, la
beauté morale, le Bien lui-même, etc. ?!!!
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Et la signification théorique du mythe est :
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Le
monde actuel, notre monde sensible, n’est que le reflet
d’un autre monde. Le monde de la caverne (du tube) est à
notre monde sensible ce que celui-ci est au monde des Idées. Cette
aspiration constante à un monde transcendant, supérieur
à notre monde courant donné par nos sens permet de
comprendre pourquoi dans le célèbre tableau de Raphaël Platon
lève le bras vers le ciel.
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Les idées
(abstraites) que nous avons sont unes, éternelles, pures,
parfaites, etc.(Gus, tu as vu bien des choses
circulaires mais tu n’as qu’une idée de
cercle; tu ne seras jamais capable de dessiner un cercle avec
toute la perfection absolue de ta définition de cercle. Et de
plus l’univers pourrait disparaître, ça ne changerait
rien à l’idée de cercle…et la somme des angles
d’un triangle serait toujours de 180 degrés même si tout
était détruit.)
(Gus,
si tu es perdu ou veux réfléchir davantage tu peux
toujours t’informer davantage sur l’abstraction,
la nature des idées et leurs
propriétés)
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Si
notre connaissance est valable et vaut le coup, il doit y
correspondre quelque chose qui existe sous le même mode que
celui de nos idées, (une, infinie, parfaite,
éternelle, etc). Et ce monde est
le Monde des Idées dont notre monde sensible est un pâle
reflet. La vraie philosophie est de remonter au Monde des Idées
à partir de ces reflets que la matière retient.
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L’âme
appartient à ce monde des Idées; elle est comme exilée
et en état de chute dans la matière. Elle garde le souvenir
de ce monde des Idées, c’est pourquoi elle a en soi des
idées dont la sensation ne peut rendre compte. Et toute
l’aspiration de l’âme est de retourner à ce monde
de perfection et d’absolu où se trouve la Beauté,
l’Etre, la Justice, le Vrai, etc.
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La matière est vue
négativement. Elle est éternelle. Elle est le
réceptacle et le principe de limitation des
« images » des Idées qui s’y
reflète. Elle joue le rôle du mur de la caverne ou du tube
à Boff. De plus, elle est comme une prison pour
l’âme qui ne rêve que de s’en échapper.
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Quand les sculpteurs
« platonisent » et sont tentés par
l’Idéal; ils tentent d’exprimer ce que seraient la
Beauté masculine en soi, la Beauté féminine absolue et
moins évident parce que plus abstrait la Victoire avec un grand V. (Gus,
c’est mieux qu’une botte qui écrase la tête d’une
victime)
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Gus, les membres qui manquent c’est ce que Racine appelait
« des ans l’irréparable outrage»
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ARISTOTE
Il
se fait disciple de Platon jusqu’à la mort de ce dernier. On l’appelait,
Gus, « the Brain of the gang ». Cependant il
n’hésitera pas à se séparer des théories
platoniciennes sur plusieurs points. On cite un mot de lui : « Amicus Plato, magis amica véritas ». (« J’aime
encore mieux la vérité que Platon ») Pour un
temps il sera le précepteur d’Alexandre, puis il revient
à Athènes et il fonde sa propre école, le Lycée
tout comme Platon avait fondé l’Académie
et Gérin-Lajoie le CEGEP, termes dont
aiment se coiffer encore aujourd’hui les institutions de haut savoir.
L’enseignement
se donnait en marchant, d’où le nom de
« péripatéticiens » donné aux
disciples d’Aristote. Gus, si tu as des copines qui tombent en
amour avec la pensée d’Aristote, ne les traite pas de
« péripatéticiennes», tu
éviteras ainsi quelques gifles et des poursuites pour diffamation.
Toi cependant tu pourras te dire
« péripatéticien » … à
moins que…L’égalité des sexes n’a pas
encore atteint les dictionnaires.
L’influence
d’Aristote sera considérable en Occident, surtout à
partir du 12ième siècle, où grâce aux
Arabes, on récupérera plusieurs ouvrages d’Aristote que
l’on croyait perdus définitivement. Il sera
considéré comme LE PHILOSOOPHE
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La
philosophie d’Aristote est un peu comme un champ de
sédimentation où toutes les idées, souvent contradictoires,
qui ont jailli en Grèce au cours des deux siècles
précédents, se tassent, s’organisent.
Le plus souvent Aristote atteint ce but en étant plus attentif
au réel, à l’observation des multiples aspects
de la réalité, par une meilleure pratique du raisonnement
et surtout par des distinctions utiles qui mettront de l’ordre
en toutes les interprétations réductrices et les oppositions
extrêmes véhiculées par ses prédécesseurs
qui la plupart du temps venaient en opposition avec « le sens
commun » et avaient l’allure d’acrobaties
intellectuelles… sinon de provocations.
Gus, impossible ici
d’embrasser toute la philosophie d’Aristote, (il a parlé
pratiquement de tout), juste quelques distinctions importantes,
fondamentales, qui permettent de résoudre bien des difficultés
posées par ses prédécesseurs.
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Abstraction et le monde
des idées
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Aristote
ne suit pas Platon et rejette le Monde des Idées,
l’innéité de nos connaissances et résout
différemment la principale difficulté qui arrêtait
Platon : comment justifier nos connaissance intellectuelles avec leurs
caractères si différents de ce que nous offrent nos
connaissance sensibles toujours changeantes, imparfaites, multiples,
localisées, temporalisées, etc.
Pour
Aristote, l’intelligence a le pouvoir d’abstraire ou
d’extraire l’idée (l’essence, la
nature) qui se trouve dans la donnée fournie par nos
sens. Cette opération qui se fait spontanément (ou presque)
produit des idées qui sont valables, qui représentent
l’essentiel de ce que sont les choses ou les aspects des
choses mais celles-ci, en tant qu’idées dans notre
intelligence, revêtent des caractères différents
de la sensation ou du monde sensible. Il n’est pas nécessaire
d’inventer un monde qui correspondrait trait pour trait à nos
idées.
Gus,
fais une effort : regarde autour de toi quelque chose de carré
et amuse-toi à voir toutes les différences entre ce
carré vu et l’idée de carré que
tu as dans ton intelligence.
(Gus,
si tu es perdu et veux t’informer davantage tu peux toujours
aller à : l’abstraction,
la nature des idées et leurs
propriétés)
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Nature du changement
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Toute
chose qui change suppose une certaine dualité, une certaine
composition de son être en deux facteurs qui sont comme des
co-principes de la chose, qui n’existe que l’un par
l’autre. Tout changement suppose à la fois
continuité (sinon ce serait une annihilation suivie d’une
toute nouvelle création) et discontinuité (un aspect
de la chose changeante doit être remplacé par un autre). La
glaise peut prendre la forme d’un cube, mais cette forme peut
disparaître et on peut en faire une sphère qui
sera sa nouvelle forme. On peut voir ainsi la dualité essentielle
à toute chose qui peut changé : un substrat (la puissance
ou la matière pour Aristote) qui est A mais est en puissance de
devenir également B. Ce qui demeure (la glaise) et les deux
configurations qui se succèdent (cube ou sphère). Cette
composition de matière-forme (puissance et
acte) se réalise à deux niveaux de profondeurs qui rendent
compte de tous les changements que l’on constate et qui permettent de
concilier tant bien que mal les points de vue extrêmes de
Parménide (Stabilité) et de Héraclite (changement
absolu)
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DEGRÉS DE
CHANGEMENT
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Changement
superficiel : comme le cas précédent, la substance qui demeure et les
diverses configurations qu’elle peut prendre (cubique,
sphérique) , c’est un peu comme toi, Gus, qui demeure le
même et qui pourtant est toujours en train de changer, de te
modifier : courir, marcher, grandir, réfléchir, dormir,
passer de la joie à la tristesse, etc…Grandir,
parler ou se taire, jouer ou étudier, tous ces modes
d’être qui t’affectent et qui changent constamment, qui
sont autant de qualifications de ton être de Ti-Gus,
n’existent que de ton existence.
Aristote
appellent accidents toutes ces modalités d’être,
bien réelles, mais qui n’existent que dans un sujet
qu’il appelle substance (toi- Ti-gus).
Dans tout être matériel, on doit
distinguer ce qui existe en lui-même et est sujet dernier de tout ce qui
l’affecte, qui demeure sous un lot de déterminations
multiples, changeantes; déterminations qui en fin de compte
n’existent que de l’existence de la substance
qu’elles affectent. Gus la marche est bien réelle, mais
n’existe que de l’existence du sujet qui marche et elle
cesse d’exister aussitôt que tu t’arrêtes.
Le propre d’un accident au plan de l’existence : ne
pouvoir exister par lui-même mais seulement dans une substance qui
elle existe en elle-même (Gus, tu ne verras jamais la
marche s’en aller sur la rue principale les mains dans les
poches.)
Héraclite
avait raison de voir que tout changeait, même constamment, cependant
il avait tort de ne pas voir le Ti-Gus qui est
toujours le même sous ces changements qui l’affectent
constamment (joie, tristesse, marche, course, etc. etc. etc.)
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CHANGEMENT
SUBSTANTIEL
Plus profond.
«
La carotte qui devient lapin et le lapin qui devient civet et le
civet qui devint…. Bon appétit » Gus, tu devines
que dans ces cas-ci les changements sont plus profonds que quand tu
t’amuses à modeler différemment la glaise ou que
tu transforme en boulette la feuille de l’examen que tu as
échoué.
Ici
une substance qui pourtant existe en elle-même, mais n’est pas
éternelle, cesse d’être ce qu’elle
était et devient autre chose, une autre substance. Quand la carotte
devient lapin ou le  beurre d’arachides devient
partie de Ti-Gus et non Monsieur Planters, que se passe-t-il quand le lapin lapinise un tas de carottes? Personne ne dira
qu’un lapin n’est qu’une botte de carotte
ambulante : pour bien parler et exprimer au mieux ce qu se passe, on
est bien obligé de dire que ce qui était la carotte perd
l’essentiel de ce qui la faisait carotte et une partie
d’elle devient lapin ou partie de lapin. Tout ce qui
change radicalement, (la carotte) est ici aussi nécessairement
composé de matière première qui est
en toute chose matérielle : celle-ci n’est rien de
déterminé en elle-même, n’existe pas en
elle-même non plus, mais est un co-principe de tout objet matériel
qui peut changer, elle n’a aucune détermination en
elle-même mais peut prendre ou recevoir toutes les
déterminations, elle est facteur de continuité dans le
changement, c’est ce qui perd la détermination A pour
acquérir la détermination B, un peu, mais plus
profondément, comme la glaise précédemment
cessait d’être cubique pour devenir sphérique ou comme
on peut fondre des ustensiles pour en faire des balles ». Gus,
un petit effort, pour penser une composition semblable, mais à
un niveau plus profond où on n’est bien obligé
d’admettre non seulement des changement superficiels de configuration
mais des changements de nature. La matière ( ou le substrat)
à ce niveau est dite première, c’est ce
fond dernier et ultime de réalité qui n’est rien
en lui-même mais peut devenir tout (ce qui est
matériel), qui peut devenir engrais, vivant, carotte,
lapin, Ti-Gus, etc. C’est l’ultime
sujet et facteur de continuité dans tous les changements que
l’on peut observer chez les êtres dits matériels.
Gus,
quand tu digères, tu dépouilles de leur nature tout ce que tu
assimiles et tu hominises tout l’ « avec
quoi » des carottes ou navets que tu
consommes… qui auraient peut-être aimé demeure dans
leur être propre …si tu leur avais laissés le
choix… et le choix avait été possible.
Heureusement qu’il y a des changements substantiels,
sinon tu ne serais qu’un beau tas de légumes ou
une grosse saucisse selon que tu es végétarien ou pas.
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INVENTAIRE DES
TYPES D’ÊTRE (les catégories aristotéliciennes)
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Tout
ce qui existe ou bien existe en soi (substance) ou bien existe dans
et par une substance (accident)
En
véritable explorateur de tout ce qui peut être pensé,
Aristote tente de classer tout ce qui existe (ou se dit de quoi que ce
soit) en une dizaine de catégorieS,
qui sont autant de casiers où ranger tous les modes
d’existence. A la limite tous les mots du dictionnaire (qui
correspondent à une idée quelconque) pourraient être
rangés dans ces 10 catégories.
UNE PREMIERE CATÉGORIE : Les
SUBSTANCES s’échelonneront en substance en soi par soi,
substance finie, substance immatérielle. matérielle,
vivante, animale, raisonnable, etc.
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Les neuf autres catégories sont Les ACCIDENTS. Aristote
rangera toutes les modalités d’être qui affectent et
modifient les substances en neuf catégories qui chacune
mérite une étude particulière ; quantité
(nombre, grandeur, grosseur), qualité (facultés,
paresseux, léger, beau), configuration (carré),
localisation, passion (maltraité, drogué,
amoureux, etc), action (étude,
marche), etc.
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Pour
Aristote, tout ce qui change, tout ce qui s’actualise, tout ce qui
passe de la puissance à l’acte doit subir pour ce faire
l’influence, être actué par quelque
chose qui est déjà en acte.
Il
met au principe des choses un ACTE PUR, une réalité qui ne
change pas, qui ne passe pas de la puissance à l’acte, qui
n’a pas besoin d’être actué
par autre chose pour s,actuer
puisque c’est le principe d’actuation de toute chose.
Un e
réalité qui n’est en puissance de rien
puisqu’elle même est l’actuation suprême et
d’elle-même et de tout autre chose.
Une
réalité qui ne peut devenir plus car elle est le PLUS
absolu, infini… sans un soupçon de puissance ultérieure
pour s’actualiser davantage.
Et
comment se représenter cet acte pur. Ce sera un acte de ce que
l »on trouve de supérieur dans la
réalité, ce sera un acte pur d’intelligence.. Pas une réalité supérieur qui
parfois pense, qui passe à l’action de penser ou pas, mais
l’acte pur de penser qui existe en lui-même comme une
substance.
Allant
un peu plus loin, Aristote s’est demandé à un moment
donné ce que pourrait bien être la PENSEÉ DE
LA PENSEE.
Tu vois, Gus, cet acte d’intelligence infini qui se pense lui-même.
Qu’est-ce qu’il peut bien produire comme
« idée » de lui-même !
(Sept siècles plus tard,
un playboy recyclé en théologie spéculera
audacieusement sur cette Pensée de la Pensée)
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SUITE :
TABLEAU COMPARATIF
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