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On préfère n’importe quelle
explication plutôt que n’en point avoir tout. Un cas fort compréhensible de
l’intempérance de l’esprit.
NATURE
du MYTHE
Le sens premier qui vient à l’esprit
quand on parle de mythe, de mythique est l’irréalité de ce dont
on parle.
De nos jours cependant le sens du
mythe s’est approfondi et s’est enrichi en tenant davantage compte de sa
pratique dans une collectivité.
Sous l’écaille de la fiction (histoire
ou personnage), on aime à voir un noyau solide, un sens profond d’une
portée qui va au-delà de la petite mise en scène qui satisfait
l’imagination. La célébration du mythe joue de plus un rôle important au
plan personnel, tribal ou social dans les communautés primitives… et même
modernes. Elle dégage une force qui vient soutenir les individus ou les
communautés.
Le mythe est, pourrait-on dire, une idée qui
s’incarne, qui s’exprime dans une image concrète et
qui exerce une certaine
fonction dans une communauté et donne lieu à des
célébrations rituelles.
Bof, épris de clarté, reprend ces
éléments :
Le mythe est une idée.
L’être
humain, l’être intelligent, primitif ou moderne,
enfant ou adulte, veut comprendre et
le mythe apporte des réponses qui, faute de mieux, répondent à ce besoin
fondamental.
LES MYTHES D’ORIGINE : le
primitif, à la différence de l’animal (c’est là le grand saut dans
l’existence), prend conscience de sa contingence. Il vit mais sait avec
tout l’évidence désirable qu’il n’est pas responsable de son existence, qu’il
est sans prise sur elle pour la prolonger; autour de lui tout ce qu’il voit
est dans la même situation (les parents ) et ne peut rendre compte de leur
propre existence encore moins de la sienne; il ne lui vient pas à l’idée
d’expliquer l’existence par la non- existence, la vie par l’absence de vie,
l’intelligence par la débilité de la matière, l’être par le néant. Et si à
l’occasion il semble adorer la matière, il prend soin, à la différence de
certains modernes, de la diviniser avant de l’adorer. Que de noms donnés à ces formes de PLUS-ÊTRE dont
dépend notre misérable existence. Et le ciel se peuple de dieux, mâles ou
femelles, de réalité qui ont un tout petit mérite : elles sont d’un
niveau supérieur (tous les degrés sont possibles) à ce qu’elles doivent
expliquer et rendre intelligible. Et le primitif reconnaît sa dépendance et
adore « avec crainte et tremblement ».
LA JUSTIFICATION DES INSTITUTIONS. Le mythe vient justifier en les fondant les
institutions sociales qui ne sont pas toujours évidentes; il assure
ainsi une certaine cohésion sociale au groupe et lui permet de survivre :
l’autorité du chef, l’obéissance des subordonnés, le respect des hiérarchies,
la sauvegarde de la famille, la solidarité de la communauté. Les règles
morales fondamentales (inceste) ou les pratiques économiques trouvent dans
des mythes leur justification. Les personnages qu’on s’invente et les
histoires qu’on se raconte sont pour la communauté des capsules vitaminées,
des petits traités de philosophie politique ou morale et même des traités
élémentaires d’économie…avec toutes les erreurs dont l’espèce humaine est
capable.
LE MYTHE EST UNE IMAGE
L’idée, souvent fort importante et
même valable, est concrétisée dans une histoire, dans des évènements
concrets ou dans un personnage. Celui qui vit le mythe en plénitude ne
considère pas l’évènement comme fictif.
Le mythe est comme un intermédiaire
entre …
l’abstrait et le concret,
l’intelligible
et le sensible,
la
conscience et l’inconscient,
la réalité et
le rêve.
La patrie du
mythe : le « no man’s land » entre le conscient et
l’inconscient.
LE MYTHE EST UNE FORCE
Le Mythe par sa célébration rituelle a
une certaine efficacité, rassemble la communauté, renforce l’unité et les
liens entre les membres, assure un heureux passage à une étape ultérieure de
la vie et surtout apporte force et courage pour vaincre ses ennemis.
Revivre le mythe par sa réactualisation
rituelle fait participer à la puissance du héros ou à la richesse des
évènements initiaux qui sont à l’origine du groupe social. Célébrations,
oriflammes, invocations, monuments, tant anciens que modernes, entretiennent
les forces de cohésion qui permettent au groupe de survivre.
(Le jour de la fête nationale, si
on n’est pas soul, on se retrouve plus fier de son identité et de son
appartenance à une communauté si valeureuse)
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Gus, quelques exemples de célébrations mythiques contemporaines.
Peu x-tu me dire à quoi de
très profond et de salutaire ces célébrations mythiques inconscientes peuvent
bien servir pour ceux qui s’y livrent ?

Pour
les spectateurs, les fidèles, les croyants qui s’y adonnent mythiquement,
la lutte ou le catch est une messe, la recherche d’un réconfort, la
célébration d’une conviction inconsciente, fragile mais essentielle pour la
vie sociale:
« Le
bon finira toujours, malgré les obstacles, par triompher du méchant »
« Le bien l’emporte sur le mal »
Cette
assurance est un ressort (ou un piston pour faire moderne)
essentiel à la vie. Les amateurs l’entretiennent en se livrant à ces
célébrations cultuelles (rassemblement, cris, apostrophes, rituel,
personnifications, désespoir, espérance ultime, réconfort)
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Gus, on dit souvent que Chaplin est une
figure mythique. Ce qui veut dire que le personnage de Charlot véhicule un
sens au delà de sa propre personne immédiate (auteur et acteur de film)
Pour comprendre mieux son succès, il est
bon de se rapporter aux années de misères qui ont suivi la crise de 1929.
Que ressentaient plus ou moins consciemment ceux qui allaient voir Charlot au
cinéma?
Un peu plus qu’une bonne rasade de rires.
« Le petit, l’opprimé, la victime des puissants (riches,
polices, machines, institutions, etc.) pourra toujours s’en tirer par son
intelligence, par ses ruses et une pirouette triomphale»
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Gus, pourquoi l’histoire de Cendrillon est constamment
reprise au cinéma, à l’opéra, dans les romans de gare ou dans les films à
« happy end » qui en ont fait leur marque de commerce ? Ils
explicitent tous le rêve profond de la psyché humaine et répandent partout
le même message perçu plus ou moins consciemment :
« Un
jour ce sera ton tour »
(dixit effrontément la loterie nationale)
«Un jour un évènement viendra t’arracher à ta misère ou à tes
opprobres et tu domineras à ton tour ceux qui t’ont méprisé »
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Quelques symboles
qui
ont eu valeurs de mythes.
Mythes d’idées.
Gus, tu as du voir ces grandes et impressionnantes cérémonies à
Nuremberg où des foules célèbrent la supériorité de leur race, avec salutations
et invocations répétées, le tout sous les vociférations du célébrant.
Rien
de mieux que ces « grandes messes » nazies pour réconforter
les convictions d’un chacun d’appartenir à une race supérieure promise
à dominer le monde pour les mille ans à venir.
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Dans
la même veine,
les
grandes célébrations rituelles du 1 mai à Moscou où on célébrait dans une
démonstration de puissance, les avancées du peuple vers le « paradis
rouge ».
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Mythes de choses
Au-delà de
leur valeur en tant qu’objet de consommation, certaines choses finissent par
avoir valeur de symbole et revêtent une signification qui va bien au-delà de
leur utilité fonctionnelle et sont vécus comme telles par les fidèles.
Le totem
pour les anciens,
Pour les
modernes :
Le jeans
(à une certaine époque : révolte et autonomie adolescente en Occident)
et quelques autres logo qui sont devenus des valeurs par eux-mêmes
indépendamment du produit.
Cadillac
ou Roll Royce : en plus d’être
d’excellentes voitures, ces voitures sont devenues des symboles de la
réussite sociale. Le mythe est particulièrement efficace et opérant quand un
imbécile est derrière le volant… ou sur le siège arrière.
Tous les
drapeaux. Ces étoffes colorées provoquent
des sentiments d’appartenance, de fierté et d’abnégation. « Mourir pour
le drapeau », «S’envelopper dans le drapeau dans un dernier souffle…».
Fouler ou
brûler le drapeau peut provoquer des guerres, des séparations ou des
affrontements diplomatiques à moins que ce soit, à l’interne, des révélateurs
de la traîtrise.

La moto pour certains est un moyen de transport rapide et efficace…,
moins cependant par temps pluvieux.
Pour
d’autres, c’est devenu beaucoup plus : un totem, un objet de culte et
de dévotion qu’on astique pieusement, qui les amène à des rencontres
tribales et les convoque à des célébrations rituelles hebdomadaires où la
communauté fait retentir des pétarades de ralliement et s’enivre des
bouffées d’encens (rinçage de moteur). Le mythe exige une initiation,
impose son code d’honneur, son costume et ses emblèmes. La secte vend ses
indulgences et part à la chasse aux hérétiques. Le mythe assure qu’on peut
plaire, du moins via son engin, et rassure ceux qui ont le besoin de
ressentir pour exister quelque chose entre les deux jambes.
  
Bien des logos ont une valeur totémique pour un clan ou pour une
classe sociale ou tout au moins pour des individus en crise de manque. Les
gens qui veulent vivre le mythe et participer à ce qu’Il peut apporter aux
croyants doivent payer pour la valeur ajoutée, qui se situe bien au-delà de
la valeur marchande et commerciale du produit. Mais quel supplément de
personnalité apportent ces mythes modernes! (« donnez du pain à ceux qui
n’en ont pas »)
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Gus, une blague du temps de la guerre froide.

Un réfugié
de l’Est compétitionne aux Olympiques pour un pays de l’Ouest au lancer du
marteau.
A son tour
il s’exécute et lance le marteau deux fois plus loin que le record
précédent. La foule est en délire. On n’a jamais vu une telle prouesse aux
Olympiques. Après une ovation de dix minutes, le silence se rétablit, le
champion s’empare du micro et il dit :
:
« Vous
n’avez encore rien vu, apportez-moi une faucille maintenant. »
Comme quoi les symboles voyagent !
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