LA CONNAISSANCE DU  PRIMITIF

B) Recours à l’explication mythique

..

On préfère n’importe quelle explication plutôt que n’en point avoir tout.  Un cas fort compréhensible de l’intempérance de l’esprit.

NATURE du MYTHE

Le sens premier qui vient à l’esprit quand on parle de mythe, de mythique est l’irréalité de ce dont on parle.

De nos jours cependant le sens du mythe s’est approfondi et s’est enrichi en tenant davantage compte de sa pratique dans une collectivité.

 

Sous l’écaille de la fiction (histoire ou personnage), on aime à voir un noyau solide, un sens profond d’une portée qui va au-delà de  la petite  mise en scène qui satisfait l’imagination. La célébration du mythe joue de plus  un rôle important au plan personnel, tribal ou social dans les communautés primitives…  et même modernes. Elle dégage une force qui vient soutenir les individus ou les communautés.

 

Le mythe est, pourrait-on dire, une idée qui s’incarne, qui s’exprime dans une image concrète et qui exerce une certaine fonction dans une communauté et donne lieu à des célébrations rituelles.

 

Bof, épris de clarté,   reprend ces éléments :

 

Le mythe est une idée.

 

L’être humain, l’être intelligent, primitif ou moderne, enfant ou adulte, veut comprendre  et le mythe apporte des réponses qui, faute de mieux, répondent à ce besoin fondamental.

 

LES MYTHES D’ORIGINE : le primitif, à la différence de l’animal (c’est là le grand saut dans l’existence), prend conscience de sa contingence. Il vit mais sait avec tout l’évidence désirable qu’il n’est pas responsable de son existence, qu’il est sans prise sur  elle pour la prolonger; autour de lui tout ce qu’il voit est dans la même situation (les parents ) et ne peut rendre compte de leur propre existence encore moins de la sienne; il ne lui vient pas à l’idée d’expliquer l’existence par la non- existence, la vie par l’absence de vie, l’intelligence par la  débilité de la matière,  l’être par le néant.  Et si à l’occasion il semble adorer la matière, il prend soin, à la différence de certains modernes, de la diviniser avant de l’adorer. Que de noms donnés à ces formes de PLUS-ÊTRE dont dépend notre misérable existence. Et le ciel se peuple de dieux, mâles ou femelles, de réalité qui ont un tout petit mérite : elles sont d’un niveau supérieur (tous les degrés sont possibles)  à ce qu’elles doivent expliquer et rendre intelligible. Et le primitif reconnaît sa dépendance et  adore  « avec crainte et tremblement ».

 

LA JUSTIFICATION DES INSTITUTIONS.  Le mythe  vient justifier en les fondant les institutions sociales qui ne sont pas toujours évidentes; il assure ainsi une certaine cohésion sociale au groupe et lui permet de survivre : l’autorité du chef, l’obéissance des subordonnés, le respect des hiérarchies, la sauvegarde de la famille, la solidarité de la communauté. Les règles morales fondamentales (inceste) ou les pratiques économiques trouvent dans des mythes leur justification. Les personnages qu’on s’invente et les histoires qu’on se raconte  sont pour la communauté des capsules vitaminées, des petits traités de philosophie politique ou morale et même des traités élémentaires d’économie…avec toutes les erreurs dont l’espèce humaine est capable.

 

LE MYTHE EST UNE IMAGE

 

L’idée, souvent fort importante et même valable, est concrétisée dans une histoire, dans des évènements concrets ou dans un personnage. Celui qui vit le mythe en plénitude ne considère pas l’évènement comme fictif.

 

Le mythe est comme un intermédiaire entre …

l’abstrait et le concret,

l’intelligible et le sensible,

la conscience  et l’inconscient,

la réalité et le rêve.

La patrie du mythe : le « no man’s land » entre le conscient et l’inconscient.

 

LE MYTHE EST UNE FORCE

 

Le Mythe par sa célébration rituelle a une certaine efficacité, rassemble la communauté, renforce l’unité et les liens entre les membres, assure un heureux passage à une étape ultérieure de la vie et surtout apporte force et courage pour vaincre ses ennemis.

 

Revivre le mythe par sa réactualisation  rituelle fait participer à la puissance du héros  ou à la richesse des évènements initiaux qui sont à l’origine du groupe social. Célébrations, oriflammes, invocations, monuments, tant anciens que modernes, entretiennent  les forces de cohésion  qui permettent au groupe de survivre.

 

(Le jour de la fête nationale, si on n’est pas soul, on se retrouve plus fier de son identité et de son appartenance à une communauté si valeureuse)

 

 

 

 

Gus, quelques exemples de célébrations mythiques contemporaines.

 

Peux-tu me dire à quoi de très profond et de salutaire ces célébrations mythiques inconscientes peuvent bien servir pour ceux qui s’y livrent ?

 

Pour les spectateurs, les fidèles, les croyants  qui s’y adonnent  mythiquement,   la lutte ou le catch est une messe, la recherche d’un réconfort, la célébration d’une conviction inconsciente, fragile mais essentielle pour la vie sociale:

 

 « Le bon finira toujours, malgré les obstacles,  par triompher du  méchant »

« Le bien l’emporte sur le mal »

 

Cette assurance est un  ressort  (ou un  piston pour faire moderne) essentiel à la vie. Les amateurs l’entretiennent en se livrant à ces célébrations cultuelles (rassemblement, cris, apostrophes, rituel, personnifications, désespoir,  espérance ultime, réconfort)

 

*****

 

 

Gus, on dit souvent que Chaplin est une figure mythique. Ce qui veut dire que le personnage de Charlot véhicule un sens au delà de sa propre personne immédiate (auteur et acteur de film)

 Pour comprendre mieux son succès, il est bon de se rapporter  aux années de misères qui ont suivi  la crise de 1929. Que ressentaient plus ou moins consciemment ceux qui allaient voir Charlot au cinéma?

Un peu plus qu’une bonne rasade de rires.

 

« Le petit, l’opprimé, la victime des  puissants (riches, polices, machines,  institutions, etc.) pourra toujours s’en tirer par son intelligence, par ses ruses et une pirouette triomphale»

 

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Gus, pourquoi l’histoire de Cendrillon est constamment reprise au cinéma, à l’opéra, dans les romans de gare ou dans  les films à « happy end » qui en ont fait leur marque de commerce ? Ils explicitent tous  le rêve profond de la psyché humaine et répandent partout le même message perçu plus ou moins consciemment :

 

 « Un jour ce sera ton tour »

(dixit effrontément la loterie nationale)

 «Un jour un évènement viendra t’arracher à ta misère ou à tes opprobres et tu domineras à ton tour ceux qui t’ont méprisé »

******

 

Quelques symboles

qui ont eu valeurs de mythes.

Mythes d’idées.

 

Gus, tu as du voir ces grandes et impressionnantes cérémonies à Nuremberg où des foules célèbrent la supériorité de leur race, avec salutations et invocations répétées, le tout sous les vociférations du célébrant.

Rien de mieux que ces « grandes messes »  nazies pour  réconforter  les convictions d’un chacun d’appartenir à une race supérieure promise à dominer le monde pour les mille ans à venir.

 

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Dans la même veine,

 les grandes célébrations rituelles du 1 mai à Moscou où on célébrait  dans une démonstration de puissance, les avancées du peuple vers le « paradis rouge ».

 

Mythes de choses

Au-delà de leur valeur en tant qu’objet de consommation, certaines choses finissent par avoir valeur de symbole et revêtent une  signification qui va bien au-delà de leur utilité fonctionnelle et sont vécus comme telles par les fidèles.

Le totem pour les anciens,

Pour les modernes :

Le jeans (à une certaine époque : révolte et autonomie adolescente en Occident)  et quelques autres logo qui sont devenus des valeurs par eux-mêmes indépendamment du produit.

 

Cadillac ou Roll Royce : en plus d’être d’excellentes voitures, ces voitures sont devenues des symboles de la réussite sociale. Le mythe est particulièrement efficace et opérant quand un imbécile est derrière le volant… ou sur le siège arrière.

 

Tous les drapeaux. Ces étoffes colorées provoquent des sentiments d’appartenance, de fierté et d’abnégation. « Mourir pour le drapeau », «S’envelopper dans le drapeau  dans un dernier souffle…».

Fouler ou brûler le drapeau peut provoquer des guerres, des séparations ou des affrontements diplomatiques à moins que ce soit, à l’interne, des révélateurs de la traîtrise.

 

La moto pour certains est un moyen de transport rapide et efficace…, moins cependant par temps pluvieux.

 

Pour d’autres, c’est devenu beaucoup plus : un totem, un objet de culte et de  dévotion qu’on astique pieusement,  qui les amène à des rencontres tribales et les convoque à des célébrations rituelles hebdomadaires où la communauté fait retentir  des pétarades  de ralliement et s’enivre des bouffées d’encens  (rinçage de moteur). Le mythe exige une initiation, impose  son code d’honneur, son costume  et ses emblèmes. La secte  vend ses indulgences et part à la chasse aux hérétiques.  Le mythe  assure qu’on peut plaire, du moins via son engin, et  rassure ceux qui ont le besoin de ressentir pour exister  quelque chose entre les deux jambes.

 

 

 

Bien des logos ont une valeur totémique pour un clan ou pour une classe sociale ou tout au moins pour des individus en crise de manque. Les gens qui veulent  vivre le mythe et participer à ce qu’Il peut apporter aux croyants  doivent payer pour la  valeur ajoutée, qui se situe bien au-delà de la valeur marchande et commerciale du produit. Mais quel supplément de personnalité apportent ces mythes modernes! (« donnez du pain à ceux qui n’en ont pas »)

 

 

 

 

 

 

 

 

Gus, une blague du temps de la guerre froide.

Un réfugié de l’Est  compétitionne aux Olympiques  pour un pays de l’Ouest au lancer du marteau.

A son tour il s’exécute et lance  le marteau deux fois plus loin que le record précédent. La foule est en délire. On n’a jamais vu une telle prouesse aux Olympiques. Après  une ovation de dix minutes, le silence se rétablit, le champion s’empare du micro et il dit : 

:

 « Vous n’avez encore rien vu, apportez-moi une faucille maintenant. »

 

Comme quoi les symboles voyagent !

 

 

MYTHES DE PERSONNES

Gus, parfois des individus en viennent à développer autour d’eux une aura qui donne au personnage une grandeur hors-nature, surnaturelle, lui permet de jouer pratiquement  un  rôle de totem et d’exercer une fonction mythique pour un peuple donné qui pratique évidemment  les danses rituelles d’usage.

 

Cette aura de valeur ajoutée peut venir pour une part d’une certaine compétence personnelle; plus souvent elle est créée par la force ou la propagande. On se fabrique des sauveurs, des dieux, tout comme des basquets ou un parfum  peuvent avoir une valeur ajoutée grâce à une excellente publicité créatrice de mythe.

 

 

Le peuple dans ses hommages rituels aime affubler ses totems de petits sobriquets bien affables et gentils qui sont autant de marques de confiance.

:

LE ROI-SOLEIL

LE PETIT CAPORAL

El Führer

Le CheUf

Le petit père des peuples

Le grand Timonier

El duce

El Caudillo

EL COMMANDANTE

El zigoto

El Colonel Sanders

 

Gus, mon cher Gus, as-tu pensé à calculer  combien de millions de morts reposent à l’ombre de ces auras et de ces totems mythiques ?

Combien se sont couchés pour de bon après s’être mis à genoux ?

À quand

El emmerdor unversal ?

Mythes, légendes et culture. Les images qui pensent..

Phénix

Rêve d'immortalité,

Mort et Renaissance.

Possibilité de reprise.

Golem.

La nature matérielle s’animant et perçue comme menace ou danger.

Géants.

Le héros qui vient à bout de forces apparemment insurmontables.

Sisyphe

La lutte sans espoir.

L’action nécessaire et inutile.

L’absurde.

SUITE :  L’ACTION CHEZ LE PRIMITIF

 

 

 

 

 

 

   

 

 

ACCUEIL : primitif et moderne

 

1. Anthropomorphisme et anthropocentrisme

 

2. La connaissance du primitif :

A)    Recours à la causalité psychique

 

B)    Recours à l’explication mythique

 

3. L’action chez le primitif

 

4. Le prof Bof se porte à la défense du patrimoine.

 

 5. résumé progressif

 

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