Pourquoi et comment
devient-on terroriste?
Par le Prof Bof
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La psychanalyse du bon
terroriste. L’art de faire sauter ou
(et) de se faire sauter. Mon cher Gus, tu dois toujours être étonné
quand tu vois des gens, parfois de ton age, se livrer aux
attentats-suicides. Je devine que tu te morfonds de remords de n’avoir même
pas penser à t’attacher un quelconque pétard dans le dos pour faire avancer
les causes qui te sont chères, la malbouffe et la défense de la chouette
mouchetée. Ce sont souvent des jeunes. On dit qu’ils
sont facilement influençables, qu’ils aiment bien leurs parents et qu’ils
sont heureux de leur faire cadeau par leur attentat-suicide d’une
belle prime de 25,000 $ versée autrefois par un généreux bienfaiteur
que l’on cherche désespéramment maintenant sous les décombres de l’Irak
(ps. enfin ! on l’a trouvé ) et
dont la tête vaut 25 millions $, soit mille fois plus que la prime versée
pour les kamikazes. C’est l’inflation devenue folle. Remarque, Gus, que le gouvernement japonais
n’aime pas que l’on emploie le mot “kamikaze” dans les circonstances. Il y a
en effet des différences fondamentales: le kamikaze se sacrifiait pour la
patrie en temps de guerre officielle ou officieuse, il n’attaquait
que des cibles militaires et n’attaquait pas enfants, femmes, populations
au hasard simplement pour terroriser et le suicide du kamikaze
était le sacrifice d’un soldat pour son pays et non d’un adolescent ou
encore, comme on a vu, d’un enfant trop facilement endoctriné.
Connaissant les effervescences des
adolescents boutonneux, on a pensé qu’ils montraient un
empressement hors du commun pour aller à la rencontre des 72 vierges qui sont
promises, à visage découvert, aux « martyrs » dans le ciel
d’Allah. On comprend que pour certains c’est plus excitant, dans tous
les sens du terme, que d’être assis à la droite du Père, surtout si on
est gauchiste ou simplement gaucher. (Bof reviendra sur ces fameuses
Houris) Cependant on est un peu confondu quand
l’attentat suicide de ce dernier mois est commis par un professeur
d’université, père de deux enfants, heureusement marié semble-t-il,
dont l’épouse est enceinte d’un troisième. Au moins la tentative fut
efficace et se révéla un franc succès, peut-on présumer, selon le
point de vue du « martyr » : 20 morts, cents blessés, un autobus
plein de dévots qui revenaient de faire … leur dévotion, des milliers de gens
qui y penseront à deux fois avant de monter dans un autobus. Et tout ça
par un seul suicide : du cent pour un, un investissement
particulièrement rentable idéologiquement. Dieu, Allah ou Jéhovah aura
sans doute de la difficulté à reconnaître les siens quand tout ce beau monde
se présentera ensemble au portillon du paradis. Et que dire quand le martyr est « une
martyre »? Pour comprendre ces attentats-suicides, des
spécialistes ont tenté d’élucider ce terrorisme peu banal pour
éclairer ce que les uns appelleront un sacrifice exemplaire, d’autres
un geste de folie désespéré ou encore des cas de manipulations éhontées par
des idéologues bien en sécurité derrière les barricades de l’action. Le terroriste qui s’est inscrit à un cours de
pilotage en excluant l’envol et l’atterrissage n’était peut-être pas (surtout
en le disant) une lumière cinq cents watts. Cependant il n’en est pas
ainsi du chef de l’expédition WTC, Mohamed Atta, fils d’un avocat égyptien. Il commence par étudier
l’architecture au Caire avant de partir en Allemagne poursuivre des études de
planification urbaine. Il passera onze ans à l’Université de Hambourg, il
parle couramment trois langues. Musulman pratiquant, il fait sa prière cinq
fois par jour, peu importe l’endroit où il se trouve. Étudiant brillant, même
exceptionnel : lorsqu’il soutint sa thèse, il obtient la plus haute note
jamais attribuée dans cette matière. Tous les enseignants vanteront son
intelligence supérieure associée à une rare intolérance : il accepte les
félicitations du jury, mais refuse ostensiblement de serrer la main des
professeurs féminins. Très brièvement, Mon cher Gus, je te résume
ici quelques études parues sur le sujet. Les deux explications
suivantes empruntent largement à un récent numéro du COURRIER INTERNATIONAL.
Certains, versés dans la psychanalyse, chercheront, on le
comprend, dans les profondeurs de l’inconscient et dans les expériences
enfantines ou familiales les causes premières de ces
comportements tout à fait exceptionnels. Ce sont des cas de pathologie. La
structure de leur personnalité et leur moi profond ont
été affectés tôt par des troubles et des traumatismes. Plus
spécifiquement, dans la même ligne, certains précisent que cette pathologie
reflèterait des sentiments inconscients d’hostilité envers les parents, (« maudit
Œdipe, va ! ») particulièrement si le futur adulte avait été
maltraité durant l’enfance ou brimé à l’adolescence. L’auteur d’un attentat-suicide aurait,
semble-t-il, une conscience claire des RAISONS
qui lui permettent de rationaliser, de justifier son action et ses
projets; par contre ce qui agit véritablement comme CAUSE ou comme
élément moteur de son geste relèverait de l’inconscient et s’apparenterait à
la psychopathologie de l’assassin car, parait-il, les terroristes
auraient, comme ces derniers, «un besoin pathologique de poursuivre
des fins absolues ». Étant donné la faiblesse de leur EGO, ils
auraient peur de faire face aux difficultés de l’existence normale.
S’associant à d’autres individus souffrant des mêmes pathologies,
cultivant les mêmes haines, ils s’identifient à l’agresseur et
leur geste brutal se trouve justifié, sert à sauver leur Ego et
leur permet de passer pour « quelqu’un », pour héros qui sera
vénéré comme martyr. Leur photo placardera les murs de leur patelin oppressé. Phénomène peu encourageant selon cette théorie : ce rebelle est
mu par une hostilité inconsciente envers toute forme d’autorité. Sa
révolte est telle qu’il trouvera une nouvelle raison de se révolter une
fois qu’il aura atteint les objectifs de sa présente révolte. De
toute façon, la satisfaction de ses besoins psychologiques l’emporte sur le
désir d’améliorer la situation du peuple. |
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Les sociologues interprèteront différemment l’attitude
du terroriste. Loin d’y voir le fruit d’une névrose ou de blessures
graves du psychisme dans l’enfance, le terrorisme est plutôt le fruit de
conditionnements sociaux par le biais d’une violence politique motivée. Le
terroriste serait psychologiquement normal. Cependant l’environnement social
peut être extrêmement traumatisant et certaines réactions peuvent être
fort compréhensives. Le comportement du terroriste ne serait pas différent du
comportement de celui du soldat traditionnel (du moins de celui qui sait
pourquoi il se bat). Les buts sont souvent les mêmes; la
manière de les atteindre cependant est fort différente et répond
à l’insuffisance des moyens courants pour atteindre le but. Évidemment des situations politiques peuvent
être insoutenables. Les modèles culturels et les héros chantés
par le peuple et l’élite servent également de stimulant pour l’individu en
mal d’héroïsme et qui s’identifie à sa collectivité au point d’en
perdre pratiquement son individualité. Mourir pour la patrie est un thème
presque universel, disons plutôt RISQUER sa vie pour la patrie. Le
terroriste va au-delà du risque et assume sa propre mort. Il ne sera
pas témoin des acclamations, des jets de fleurs qui attendent les
survivants des guerres traditionnelles, des discours sur « la
patrie reconnaissante : juste une photo en noir et blanc portée à bout
de bras ou accrochée à un restant de mur. Étant donnée la gravité (réelle ou
imaginaire) des injustices subies (domination, destructions, |
Leurs cerveaux peuvent être dérangés ou tout
au moins chauffés à point mais les journalistes ou apologistes pourront
trouver un semblant de raison pour justifier ou aider tout au moins à
comprendre leur geste. Ces terroristes se spécialisent surtout dans les
victimes anonymes, choix qui a comme effet de terroriser davantage, ce
qui est leur objectif. MOI ET L’HISTOIRE.
Cependant d’autres, dont l’histoire a retenu le nom, échappent à ces
catégories. Ce ne sont pas nécessairement des mercenaires ou des
chasseurs de primes, ils tuent sans raison apparente ou officielle sinon
leur propre gloire, pour s’assurer pour les siècles des siècles une
niche dans la mémoire de l’humanité par un geste sans raison, bien
calculé, mais qui prend tout son sens et sa valeur par la
notoriété de la victime. Une manière de venger leur propre nullité
et d’installer leur EGO sur un piédestal. Typiques de ces mytho maniaques : Booth, deux ans avant d’assassiner
Lincoln avait affirmé : « Quelle glorieuse opportunité pour un
homme de s’immortaliser en tuant Abraham Lincoln » Dans la même veine, Sirhan Sihran : « Ils
peuvent bien me gazer mais je suis connu mondialement. J’ai atteint en
une journée la notoriété que Robert Kennedy a pris toute sa vie à
atteindre » Ou encore Zangara, qui tentant de tuer Roosevelt en 1933 mais tua par
accident le maire de Chicago, ne manifesta aucune forme de remord et ne
perdit son sang froid (ou les pédales) que lorsqu’il apprit à la dernière
minute que les journalistes n’assisteraient pas à son exécution sur la
chaise électrique. Oswald avait tenté d’assassiner un
général près de l’extrême droite avant de s’en prendre à Kennedy qui se
situait plutôt à l’opposé de l’échiquier politique. Bremer, qui avait tenté d’assassiner le
Président Ford s’inventait des parents célèbres parmi les acteurs à la mode. GUS, la première catégorie
de tueurs ou de terroristes est dangereuse pour toi et moi. Quant à la
deuxième catégorie, je serais étonné que même un idiot s’en prenne au Prof
Bof ou à Augustin Chantavoine pour se nicher
quelque part dans les livres d’histoires, tout au plus dans la page des
chiens écrasés du journal local. |
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infériorisation, ressentiment, retards
historiques), toute violence est alors moralement justifiée
si elle porte sur l’ennemi. L’influence du groupe, la chaleur communicative
des groupes minoritaires, particulièrement si le leader jouit d’un certain
charisme, renforcent constamment la
conviction des jeunes gens qui ont rencontré des problèmes personnels. |
Le
fameux quart d’heure de gloire.. posthume. « Dans
quelques jours on va parler de moi à CNN » Confidence de Kimveer Gill quelques jours
avant de se livrer à une tuerie dans un collège de Montréal et de se tuer
après avoir tué ou blessé une douzaine de personnes.. |
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L’encadrement devient sécurisant et
chaque acte commis par un membre intensifie les convictions et devient un stimulant
pour les actes ultérieurs. Plus l’action est violente, difficile et
destructrice (« à chacun son Himalaya »), plus elle permet
de se faire valoir au sein du groupe, (même si ce n’était que dans leur
souvenir). Les victimes non immédiatement impliquées dans les conflits seront
considérées comme des dommages collatéraux comme dans les bonnes guerres Bof, se permet d’emprunter ici un paragraphe à un article du Guardian
où on interroge un authentique terroriste (algérien) réfugié à
Londres… On peut comprendre mieux comment parfois la rage, au-delà
de la révolte, peut être un moteur qui amène à tout détruire
autour de soi « En 1991-1992, lorsque le gouvernement a annulé les élections
après la victoire annoncée du front islamique du salut (fis), nous sommes tous descendus dans
la rue. Ces manifestations se sont soldées par des arrestations et des
exécutions de masse. Pendant plus d’un an, le régime a repris à son compte
les tortures de l’armée française - le chalumeau, la perceuse, les ongles
arrachés, le QU’ARRIVE-T-IL DE CEUX QUI COMME VOUS ONT
CHOISI DE S’EXILER ? « Dans notre exil, deux piliers nous soutiennent : le sentiment de fraternité avec d’autres Algériens et la pratique de notre religion. Sans ces soutiens, nous nous laisserions mourir comme un poisson hors de l’eau. Pour les préserver, nous serions prêts à sacrifier n’importe quoi. Sur ce terreau, les représentants |
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d’Al Qaida savent
convaincre un musulman que le djihad qu’ils prônent n’est pas une agression,
mais une défense des musulmans persécutés dans le monde entier. On ne lui
laisse pas le temps d’être sélectif : son choix, c’est tout ou rien - soit
pour l’occident froid, égoïste et athée, soit pour l’islam avec son esprit,
sa passion et sa flamme. La solidarité et l’obéissance se confondent. Le
rebelle réprimé devient alors un membre d’Al Qaida
étroitement contrôlé.» |
Après Londres… Message d’un prof à ses étudiants… « Bien que cela peut
sembler difficile, nous devons-nous souvenir que ces actes de violence ont
été commis par des gens faibles; faible moralement, faibles de personnalité,
mais aussi faibles politiquement. Nous devons nous souvenir de cela et ne pas
leur accorder la victoire dont ils ont soif : une ville de Londres
changée, où les libertés civiles et les droits de l’homme sont
inhibés. » Connor Gearty
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Suite : Hourras et Houris>>>> |
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|
« être sérieux sans se prendre
trop au sérieux » |
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NOUVEAU CAPSULES: le prof bof pour
les nuls ou les gens pressés Brefs extraits
ou capsules tirés des 30 sites du prof bof |
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A propos de l’être humain |
Petite histoire des mentalités |
divers |
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(récents) islam, islamisme, mahomet et le
coran. |
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