Et la peur dans tout ça !

La leçon de Salman Rushdie

 

Par le Prof Bof

 

 

 Le but du terrorisme, le terme le dit, est de terroriser, de semer la peur, la  panique si possible,  pour  faire connaître et faire prévaloir son point de vue. Pourtant quelqu’un qui s’y connaît en fait de terrorisme, objet lui-même d’une fatwa,  Salman  Rushdie, affirme que le meilleur moyen de se défendre contre le terrorisme est de refuser de se laisser terroriser, de ne pas avoir peur en somme  ou tout au moins la contrôler..

 

 L’ouvrage de Rushdie fut  interdit dans 57 pays, allant au-delà des limites du monde musulman. Malgré tout, le traducteur et l’éditeur norvégien furent blessés dans des attentats,  le traducteur japonais fut assassiné en juillet 1991.

 

 

L’Impact de L’attentat  terroriste

Autrefois on mettait des nations à genoux, ou presque, après quelques années de guerre et quelques millions de victimes. Aujourd’hui quelques « beaux sacrifices » efficaces et une population est dans un état de sujétion psychologique. Trois milliers de morts le 11 septembre  *(et des centaines de reprises des mêmes images tragiques), mais trois cents millions de personnes terrorisées,

quel effet et quel  impact! Pourtant, 3 000 c’est le nombre,  pour trois semaines,  des morts par accidents d’automobiles aux USA. Si ce n’était que la quantité des morts qui fait problème, Monsieur le Président devrait partir en guerre contre l’industrie automobile. Avec un attentat  réussi, on peut ainsi manipuler des populations,  faire changer des politiques, des lois, paralyser l’économie, faire éclater des budgets, influencer des élections, provoquer des réactions plus ou moins adaptées, inciter à la guerre,  faire passer par l’arc en ciel des alertes, lancer la spirale de la vengeance,  etc.

         * Sans compter les 1585 victimes l’année suivante qui ont péri dans des accidents de voitures à cause de  leur peur nouvelle de prendre l’avion…  où les accidents sont rarissimes.

 

Quoi faire ? dirait Lénine. Rushdie qui s’y connaît en fait de terrorisme, lui sur qui pèse une fatwa lancée par des ayatollahs, a une réponse sur laquelle il importe de réfléchir : ne pas avoir peur ou tout au moins maîtriser et contrôler sa peur.

Il est vrai que la  peur peut facilement s’enfler hors de proportion avec les évènements traumatisants.  Le danger existe, il peut être grave, c’est du grand art de maintenir dans sa vie un juste équilibre entre le jeu de l’autruche et la paranoïa généralisée.

 

On sait, au moins le proverbe le dit, que la peur est souvent mauvaise conseillère. Cette peur, si c’est nous qui l’entretenons,  est une violence que l’on se fait subir.

 

Mon cher Gus, vivre exige des nerfs solides. On comprend que certains capitulent….avant le temps. Pour t’aider, mon cher Augustin,  à contrôler tes peurs avant de terminer ces quelques pages`sur le terrorisme, je t’offre ici quelques réflexions pour t’aider à maîtriser tes peurs,  tes peurs d’un nouveau  onze/septembre, à ta porte cette fois-ci, mais aussi les peurs de tous les jours.

 

MONDIALISATION,  AUTO- INTOXICATION et peur au  quotidien

 

Chaque soir les catastrophes de la planète ou les crimes font les manchettes du  télé journal.   On assiste à la mondialisation des catastrophes, des guerres et de la terreur. On serait presque tenté de regretter le  temps où les catastrophes nous étaient révélées par les cancans de village dont le rayon était fort limité et avec quelques semaines de décalage.

 

L’APOCALYPSE AU COIN DE LA RUE. 

Gus, certains cultivent presque volontairement  leur peur… Un test est révélateur à ce sujet à propos de ceux  qui  ont régulièrement comme pâture intellectuelle les hebdomadaires consacrés aux crimes de la semaine. Si on leur demande  d’évaluer  statistiquement le danger qu’ils courent  d’être violé(e)s, vandalisés  ou agressés physiquement, ils multiplient presque tous par  CENT le danger que l’on peut, pourtant,  évaluer assez rigoureusement dans leur quartier ou dans leur municipalité. 

 

GUS, SOIS PRUDENT, MAIS  sois-le INTELLIGEMMENT, NE PANIQUE PAS.

 

SPECTACLE ET TRAGÉDIE

Au départ, qu’il soit bien entendu que toute mort est une tragédie (surtout la sienne). La mort est la plus certaine  et la plus cruelle des réalités, cependant faut-il laisser  l'angoisse de la mort gâter et miner les années qui nous restent à vivre?  Certaines morts sont plus spectaculaires ou médiatisées que d’autres. Il y a de belles morts bien rentables médiatiquement et les autres morts bien vulgaires à usage privé.  Et ces belles morts, avec beaucoup de sang, parfois sans visage,  nous atterrent alors que notre mort à nous,  bien nôtre,  prévue, inévitable, nous laisse assez froid.

 

Une des sentences les plus célèbres du siècle précédent : NOUS, CIVILISATIONS, SAVONS MAINTENANT QUE NOUS SOMMES MORTELLES ». (Gus, c’est un graffiti d’un certain  Valéry sur les murs de la Maison Blanche )

 

 On peut ajouter : BOF EST MORTEL, TOI

ITOU, GUS. Près de 300 000 personnes vont mourir aujourd’hui, des vies tout aussi importantes que la tienne et la mienne. La vieillesse, les maladies incurables, les maladies curables, les guerres,  les révolutions, les accidents, les crimes,  les suicides vont prendre leur du.

 

Les ESPÈCES apparaissent et disparaissent.     GG Simpson évalue à 500 millions les espèces qui ont existé. (Gus, sois gentil, ne me demande pas de refaire le calcul)  99% de ces espèces se sont éteintes spontanément. Et évidemment, on voudrait nous faire peur ou tout au moins secouer notre indifférence coupable  parce que, parait-il, une espèce dont personne, ou presque, n’a jamais entendu parler, serait menacée dans le Saint-Laurent.

 

Des CULTURES meurent (au grand dam des ethnologues) et naissent (au grand plaisir des ethnologues).

 

Des LANGUES disparaissent. Presque la moitié des 6000 langues existant actuellement risquent  de disparaître  avant la fin du siècle. Une seule personne parle et comprend l’exak, elle a 83 ans (Gus, tu vois le drame à sa mort  et les larmes des linguistes qui suivront le cortège). La moitié de ces langues sont parlées par moins de 2 500 personnes.  Certains voient un drame, une perte du patrimoine de l’espèce,  dans la disparition d’une langue atrophiée,  d’autres y voient un élargissement de la conscience  et des ouvertures sur des horizons  nouveaux pour ceux qui adoptent une langue plus  universelle, qui pourrait leur permettre de communiquer et d’échanger des cancans, des potins avec, disons, n’allons pas trop vite,  10 000 personnes.

 

Relativisons, mes frères,

Mon cher Gus, un petit exercice de journalisme fiction qui tablerait sur la vérité pour mettre les choses en perspectives.

 « En ce triste onze septembre .01% des mortalités sur la planète sont dues au terrorisme, du jamais vu » 

« Aujourd’hui, catastrophe  à New York : presque autant de gens sont victimes du terrorisme que de la malaria en Afrique» en ce onze septembre »

« Dans une seule journée, Ben Laden fait autant de victimes  que la route en cette même journée sur la planète et presque autant qu’en trois semaines aux USA, un record  pour un seul homme en temps de paix.»

« Des étrangers tuent presque autant de braves américains que de braves américains sont tués en deux mois par d’aussi braves américains »

« Terreur à New York et au Pentagone : autant de morts en une journée que les victimes d’armes à feu en notre beau pays en un mois. »

« Si les terroristes avaient détruit un building de plus, le nombre des morts aurait presque atteint 1% des victimes du Rwanda. Où s’en va-t-on ? »

« Horreur ! 3000 morts, c’est chez nous 5 fois plus que les mortalités causées annuellement  par les chutes en bas du lit,  c’est 2 fois plus que les décès causés par les chutes dans les escaliers. On pense à des mesures pour abaisser les lits et remplacer les escaliers par des ascenseurs et sécuriser les buildings»

Et un peu plus  tard : la réalité….

 « Les 3 000 victimes du 11/9 enfin vengées par la mort de 12 000 Irakiens tout aussi innocents. Viva la muerte»

« La peur de l’avion générée par le 11/9 a créé 1000 morts supplémentaires sur nos routes en 2002 »

« En ce triste 11 sept.,  mort tragique de  presque autant de New-yorkais, bien américains, en bonne santé, que de réfugiés faméliques  au Darfour dans toute une semaine »

 

 “La guerre d’Irak presque aussi dangereuse que le mariage :

 En un an un peu plus  de mille de nos valeureux soldats ont été tués; dans le même temps, 1400 braves américaines ont été tuées par leur mari…Même plus!  la rectitude politique nous interdit de comptabiliser le nombre des maris assassinés.»

 

«  Noël 2006. Un doublé pour Ben Laden.  Le nombre de soldats américains morts en Irak pour venger le  11/9  atteint et dépasse  en ce jour de fête le nombre des victimes de New York. »

 

Noel 2006.  «  La mort rode aux USA. Depuis le 11/9/01, 3000 victimes du terrorisme, 85 000 morts par suicides et 60 000  par homicides. Les voies de l’homme sont impénétrables. »

 

 

« Chin’s up » dirait Churchill. Et la vie continue pour un certain temps pour ceux qui restent. Il importe de ne pas  la miner par des peurs plus ou moins fondées. Des générations ont vécu dans la peur de l’enfer, aujourd’hui on a actualisé et rapproché nos objets de crainte, comme si vivre dangereusement, au-delà de la poésie,  était  un art de vivre.  Vivre dans un Halloween perpétuel: trembler en entrant dans une épicerie, lever les yeux au ciel pour voir  l’évolution du trou dans la couche d’ozone, éviter de trop respirer, etc. et, à défaut de peurs à notre mesure, louer des films d’horreur, pratiquer des sports extrêmes, etc.

 

Aout 2006.

Du scoutisme à la guerre.

Quatre soldats canadiens meurent en Afghanistan.

La Presse, le principal journal de Montréal, titre sur toute la largeur de la page en lettres de quatre pouces :

HÉCATOMBE

Mission impossible :  La Presse  a demandé à son linguiste de préparer un autre vocable  pour ne pas se répéter  au cas où  cinq soldats perdraient la vie…

 

LE CATASTROPHISME EST À LA MODE.  Pourtant l’espérance de vie a doublé au cours des deux derniers siècles. Malgré tout,  9 sur 10 des informations médicales qui réussissent à se faufiler  dans les media, (du mémoire d’étudiant à la revue Nature) nous avertissent d’un nouveau danger, d’un aliment dont on découvre la nocivité,  d’une maladie inconnue qu’on baptise d’un nom long comme le bras et qui finira bien par nous terrasser, à trente ou à quatre vingt dix ans.  La bonne nouvelle, rare il est vrai,  est habituellement pour nous informer  que la peur provoquée il y a une dizaine d’années était sans fondement.  On vit de plus en plus vieux et les maladies terminales inévitables qui nous guettent font de plus en plus peur à mesure que leur nombre diminue.  Quelques maladies semblent monopoliser les peurs que se partageaient équitablement une bonne centaine de maladies autrefois mortelles.

 

Rêvons Gus.

Bof rêve qu’un jour le télé journal commencera par :

Aujourd’hui, 6 248 761 312  humains, tous mortels cependant,  ont survécu aux dangers qui menacent notre chère planète. Des fêtes et des célébrations sont organisées dans toutes les capitales du monde, etc

La peur de la mort semble s’être déplacée sur la peur de la maladie (ce qui est fort compréhensible) mais aussi sur la bouffe. On est bien encore obligé de manger mais on doit le faire avec « crainte et tremblement ». Si on écoute tous les marchands de peur, le menu se rétrécit à vue d’œil et les dangers potentiels poussent comme des champignons.

 

Il y a quelques années, l’American Food and Drug s’est cru  obligé d’émettre un avis solennel, contre les disciples de la carotte joyeuse,  pour rappeler que la nourriture doit être prioritairement un objet de jouissance et non de panique,  que l’essentiel est de varier le menu (les 5 catégories), de manger d’un peu de tout, intelligemment … et que même le vin rouge est bon pour le cœur. En somme on demande de manger avec sa tête…et sa bouche et calibrer bouffe et dépense de calories.

 

Le crime existe, le danger existe, la mort existe (eh oui! Gus), l’au-delà s’estompe de plus en plus, mais des craintes peuvent devenir obsessives. C’est compréhensible quand il faut penser à faire augmenter ses assurances avant de manger un hamburger chez Mac Do où l’on est reçu par une avocate déguisée  en serveuse, qui doit tester la température du café au cas où quelqu’un qui souffre de la maladie de Parkinson se brûlerait et serait en droit de faire pleurer un jury compatissant et de réclamer son million de la multinationale, qui est prête à tout pour éviter ce genre de publicité.  Des gardes sont maintenant installés à la porte pour exclure « les trop gros » avant qu’ils intentent des poursuites collectives (histoire de faire du poids,  espérant de gras dédommagements) pour les kilos acquis, parait-il, chez Mac Do. Les plus prudents évitent systématiquement de passer devant et changent de coté de rue  de peur que l’odeur de graisse soit nocive et colore leur teint olive. Les gens bien informés savent  maintenant  que Mac Do est la compagnie la plus violente qui soit après les industries d’explosifs et de feux d’artifice.

C’est un fait acquis que la friture a fait plus de victimes que les guerres napoléoniennes, moins d’Invalides cependant.

Hypocrisie en plus, en 2005  Mac Do est la compagnie qui vend le plus de salades au monde.

 

 Heureusement  que tout le monde maintenant  mange  chez soi des hamburgers au tofu avec sauce soya sur pain azyme fait de farine moulue à la pierre ponce. Ouf, le pire est évité!

Merci Noé. La planète est sauvée.

(En  passant, mon cher Gus, ton prof n’a pas d’actions, ni intérêt  quelconque,  dans  la multinationale et il ne se souvient pas de la dernière fois où il y a mis les pieds et il en aurait sans doute oublié le nom n’eut été de la publicité et des poursuites récentes dont les journaux ont fait état.)

 

 

 

Gus, en terminant, rigolons sérieusement…

Un nouveau Colomb découvre le Vieux monde.

Un pasteur  fraîchement nommé dans un bled du  Quart-monde.

 

Ayant remarqué autour de la chapelle certains abus de nicotine et d'alcool, le dimanche suivant il s’enflamme et à bout de menaces, il fulmine  en chaire:

 

"VOUS ALLEZ TOUS MOURIR À 40 ANS".

 

L'après midi, grande fête autour de la chapelle. Tout le monde y est, cigarette au bec et bouteille à bout de bras.

 

Inquiet, le pasteur s'informe: "On célèbre votre bel optimisme, monsieur le pasteur : personne ici au village n'a jamais dépassé le cap des quarante ans"

 

Mon cher Gus, à ton âge, à l’age des premières conquêtes, Bof sait quelle terreur peut susciter un bouton en plein milieu du nez… surtout un samedi soir. J’emprunte à madame Bof un truc infaillible pour paniquer.  Achète-toi un miroir grossissant,   le plus performant sur le marché. Ton bouton aura l’air du Mont Fuji et en le grattant un peu tu pourras faire apparaître de la neige au sommet.

 Et en sortant, tu auras peine à mettre un pied devant l’autre et tu longeras les murs. Et contrairement à Mme Bof, ne compte pas sur le bras de ton prof pour te soutenir.

 

 

Gus, un conseil : PRATIQUE L’ART DE  CALIBRER ÉQUITABLEMENT TES PEURS

 

Suite La bêtise comme soutien technique et accélérant >>>>

 

 

 

 

 

 

1. Accueil.

2. Tactiques.  Asymétrie des moyens

compensée par l’asymétrie des principes

3. Cause : Histoire : le wahhabisme et  Ben Laden.

4. Cause : le ressentiment, la fascination de l’Occident

5. Cause : Immigration et auto-défense identitaire.

6. Témoignage d’un terroriste… Les psychiatres

et les sociologues s’en mêlent

7. Hourras et Houris

8. Coran : interprétation et versets  controversés      

9. Rushdie : ne pas céder à la peur.

10 . La bêtise comme soutien technique et accélérant

 11. Les  caricatures sataniques  

 

 

 

 

PHILOSOPHER AVEC le prof BOF (CLIQUEZ)

« être sérieux sans se prendre trop au sérieux »

 

NOUVEAU

CAPSULES:   (cliquez)

 

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ou commentaires sur l’actualité

(230 capsules en nov.08)

 

A propos de

l’être humain

Petite histoire

des mentalités

divers

 

ORIGINALITÉ DE L’HOMME

HASARD ET EVOLUTION

LIBERTÉ (Une ILLUSION?)

CRÉATIVITÉ ET INVENTION    

SEXUALITÉ HUMAINE  

AGRESSIVITÉ (INNÉE ??)

TRAVAIL (Nature/histoire)

TOLÉRANCE (Jusqu’où?) +  

+++Relativisme éthique

 

 quête du bonheur

 

1.    MENTALITÉ PRIMITIVE

2.  PHILOSOPHIE GRECQUE  

3.  Monde CHRÉTIEN

4.  Monde moderne.(16e).   

5. LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

6. 19e siècle (Scientisme)

7. Le 20e siècle 

8. Le 21e siècle

 

BRICOLAGE

 

(mON vERSAILLES À MOI)

 

GÉNÉALOGIE

(récents)

islam, islamisme, mahomet et le coran.

Le 21e siècle

. Alarmisme et catastrophisme

1, La quête identitaire.

2. gauche / droite

3. eINSTEIN EN IMAGES.

4. société de consommation

5. Mondialisation

7. le terrorisme

 

8. Écologie et catastrophisme

 

9. LA RÉVOLUTION  INDUSTRIELLE

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