LA DIVERSITÉ DES MŒURS

 

Ti-Gus lève la main et pose une question

 pour mettre son Prof Bof en boite :

 

Mon cher Prof, vous semblez  justifier la morale que vous défendez  en faisant appel à une nature humaine quelconque… Mais  comme la nature humaine est  fondamentalement la même pour tous les hommes à moins de tomber dans une forme extrême de racisme, comment expliquez-vous que les mœurs, les morales concrètes pratiquées par les différentes cultures que l’on connaît soient si dissemblables,  allant de l’anthropophagie à la promulgation des droits de l’homme?

 

 

 

Très juste, mon cher Augustin. Félicitations. Le problème est

 sérieux et toute personne qui a voyagé ou qui est venue en contact (direct ou indirect) avec d’autres cultures est amenée inévitablement à se poser cette question …qui mérite considération.

 Je t’offre ici quelques éléments de réflexion (cinq de fait) qui peuvent permettre d’atténuer quelque peu

la force de ton objection et peut-être t’aider à être plus compréhensif et plus tolérant.

 

 

 

 

UNE PREMIÈRE REMARQUE GÉNÉRALE.

La connaissance du bien et du mal n’est pas innée même si certaines évidences s’imposent  tellement spontanément  qu’on pourrait être porté à le croire.

Il  en est de la vérité dans l’ordre du bien et du mal comme de la vérité dans l’ordre des sciences plus objectives.  Il ne suffit  pas de penser ou de formuler quoi que ce soit pour être dans la vérité.  Il importe de se prémunir contre un ethnocentrisme facile et réconfortant. Le jugement moral est difficile comme le jugement en matières de sciences. Si certaines évidences sautent aux yeux, la plupart sont acquises par la multiplication des expériences et de la réflexion. Il y a à peine quelques siècles que l'on est convaincu (du moins en Occident) que la terre est ronde et non plate. Pourtant,  ici des hurluberlus, ailleurs des peuples qui n’ont pas connu  l’évolution scientifique de l’Occident, croient encore que la terre est plate et  repose sur quelques piliers, etc. Pourtant crois-tu, mon cher Gus,  que c’est tout à fait optionnel ou subjectif ou culturel de dire que la terre est ronde ? Et s’il en était ainsi  des données morales aussitôt que l’on dépasse un certain niveau de subtilité !

 

De même toute l’humanité reconnaît l’existence du tonnerre, cependant certaines des explications que l’on avance pour l’expliquer détonnent quelque peu et on est peut-être autorisé à dire tout simplement que c’est faux.

 

 De fait, il n’est peut-être pas nécessaire de savoir que l’on a atteint une vérité définitive ou ultime mais qu’au moins on s’en approche…au lieu de tourner en rond au gré des cultures et des époques et ne même plus espérer qu’il y ait une quelconque lumière à l’horizon et qu’un progrès soit possible.

 

La  vérité, même morale,  est difficile, elle n’est pas pour autant  toujours relative. Que toutes les cultures n’aient pas suivi au même pas les derniers  avancés scientifiques ne jette pas un doute sur tous les progrès scientifiques faits depuis les derniers siècles.

 

Voici d’autres éléments de réflexion qui permettent de voir un peu plus d’unité dans la communauté des êtres humains ou de comprendre cette diversité qui t’offusque, mon cher Gus, quant vient le temps de dire ce qui est bien et ce qui est mal.

 

 

EN QUÊTE DU  MINIMUM VITAL. Si on procédait négativement!

Aucune culture à ce que l’on sache n’a pensé ou soutenu  qu’il valait mieux ne pas être qu’être,  ne pas vivre que vivre et en a fait un problème de conscience. Si jamais il en  fut ainsi, cette culture ou ce peuple est disparu  très tôt de l’histoire. Les parents, pour faire leur BA tuent leurs enfants, se suicident dans un sursaut de bonne conscience, etc. Les frères s'entretuent en croyant faire leur devoir tout en prenant soin d’annoncer la bonne nouvelle, la foi nouvelle, à leur voisin.…

 Par l’absurde, on voit bien ici que l’être vaut mieux que le non être… Ça parait simple, simpliste, élémentaire mais c’est le ressort universel de l’éthique de tous les peuples.  Il importe de s’en rendre compte avant d’aborder les autres remarques qui suivent.

 

 

LE POIDS DES CIRCONSTANCES peuvent rendre LA DIVERSITÉ LÉGITIME.

la même exigence morale, acceptée à peu près universellement,  peut  se manifester différemment et légitimement en raison des circonstances historiques  et géographiques.

 

 

 

Voici quelques exemples parmi bien d‘autres.

 

La même générosité dans le don de la vie peut se traduire par un nombre très différent d’enfants dans un contexte urbain et un contexte rural, ou dans un contexte où la moitié des enfants meurent en bas age…

 

Interdiction du porc dans les cultures du désert… avant l’existence des congélateurs.

 

Le droit de mourir face aux progrès récents de la médecine où peut sévir un acharnement thérapeutique.

 

Le même droit de la société de se défendre contre certaines formes de malfaisance (meurtre, viol, vol, etc.) peut prendre différentes formes selon les possibilités concrètes de l’époque : élimination, amputation, prisons, piloris,  exil, amendes, travaux communautaires, « tape sur les fesses », « Va et ne pèche plus », etc.

 

 

La hiérarchisation des mêmes valeurs. Calibrage différent selon les cultures ou les époques…

Les cultures différentes s’entendent souvent sur ce qui est bien ou mal, ont en commun plusieurs valeurs. Cependant en cas de conflit de valeurs, on diffère dans la hiérarchisation des mêmes valeurs.

 

 

 

 Authenticité et sincérité de la relation de couple vs. longévité ou permanence du couple.

 

Honneur vs le respect de la vie. (Duel aux siècles précédents)

 

Hospitalité vs exclusivité du lien conjugal. En signe d’hospitalité on prête sa femme pour la nuit. On offre ce que l’on a de mieux. C’est l’art de bien recevoir ou l’étiquette de rigueur. Dans des pays, où les conditions étant telles, le refus de l’hospitalité équivaut à une condamnation à mort…Peuples des glaces…Peuples du désert…

 

Vouloir le bien d’autrui (à la limite son « salut ») et l’adhésion libre à la vérité ou la paix sociale.

 

La garantie de la fécondité de la femme peut être une telle valeur que la perte de la virginité et la naissance  d’un premier enfant est une valeur pour les  candidates au mariage.

 

Le culte de l’être  suprême et le sacrifice d’un être humain. On offre ce que l’on a de mieux…

 

Respect absolu de la vie et qualité de la vie…

 

Droit individuel et droit de la collectivité.

 

Le respect  de la vie et la liberté de la maternité responsable

 

 

Effort pour voir l’intention première…qui est plus semblable qu’il n’y parait  derrière des  pratiques  fort dissemblables.

Les prescriptions morales des diverses cultures manifestent plus d’unité si l’on fait attention à l’intention fondamentale, au schème dynamique qui se trouvent derrière les différentes pratiques.

Mon cher Augustin, toutes les cultures se rejoignent dans cette intuition morale minimale : on ne traite pas un être humain comme un animal; on ne tue pas un être humain sans raison.

D’où  viennent alors les divergences et ces pratiques qui nous paraissent si étranges et qui blessent notre propre sens éthique?

 

 

 

Les divergences  se situent à d’autres niveaux, à des divergences culturelles et historiques sur ce qu’est un être humain.  On veut bien respecter d’une certaine façon les êtres humains  mais si on croit dans une culture donnée, comme cela s’est présenté, que l’étranger « n’est pas un être humain», on voit les conséquences.

 La même manière de raisonner peut s’appliquer si certaines races sont considérées comme sous-humaines.

Tu vois Gus, la difficulté ou la divergence n’est pas sur le respect de la vie humaine, mais sur la notion d’homme…Étonnant de voir comme il fut difficile pour l’homme de se reconnaître dans son semblable.

Le même raisonnement s’est appliqué souvent à l’esclave…qui n'était pas un égal en tant qu’être humain et n’imposait pas l'exigence morale fondamentale.

Plus près de nous, l’enfant n’était pas considéré comme un être humain. Donc… on devine les conséquences si on ne devient homme qu’à six ou douze ans.

Et si on veut se mettre en cause (pour mieux comprendre le passé et des options qui nous paraissent si étranges) : le fœtus est-il un être humain et exige-t-il en conséquence  le respect du à tout être humain…Si non à quel stade? 3 mois? Six mois? Huit mois?

 

On ne peut tuer un être humain sans raison, disions-nous, On s’entend mais quelle est la raison suffisante?   Et là on peut avoir toute une gamme de divergences selon les cultures ou les époques: l’adultère (de la femme évidemment !), le sacrifice aux dieux, le vol d’un pain, l’hérésie, la trahison envers le groupe, le meurtre d’un semblable, le déshonneur,  la légitime défense ? l’euthanasie?

 

En Occident, on considère très généralement comme critères non acceptables pour justifier la mise à mort l’adultère, le vol, le délit d’opinion, les sacrifices à la divinité.   

D’autres critères  font moins l’unanimité : la vendetta, la trahison, l’avortement, l’euthanasie et même le meurtre.

Cependant sont très généralement acceptés: la légitime défense, la guerre défensive. (À une exception  près, les Quakers, qui placent à un tel niveau le respect de la vie d’autrui, qu’ils refusent de se défendre…et préfèrent accepter leur propre mort. Oh Vertu, que de crimes…)

Mon cher Gus, tu vois que la gamme des attitudes est très grande et que le schème dynamique « on ne traite pas un homme comme un animal », est toujours là mais se diversifie dans ses applications au point de ne plus être reconnaissable.

 

 

Mon cher Gus, il ne faut pas confondre les pratiques courantes d’une culture (ce qui est fait) et le code éthique de cette même culture (ce qui est jugé comme bien ou mal). Dans nos vies personnelles, on est loin d’être à la hauteur des principes  que l’on défend. Il ne faut pas s’étonner qu’il en soit ainsi dans les différentes cultures et on se doit de ne pas confondre les deux niveaux…

 

 

 Parait-il qu’on aurait pratiqué en certaines région  le droit de cuissage (Gus, c’est le droit du seigneur local de déflorer la nouvelle mariée). Cette pratique pouvait faire l’affaire du seigneur…mais peut-on penser que ce fut considéré comme « un devoir » ou tout au moins fort légitime et « normal » au moins par le nouveau marié.

Il est possible que des gens (combien ?) mentent   quant vient le temps de payer leurs impôts mais de là à en faire une obligation morale!

La fidélité et  le mariage monogame seraient considérés communément comme des valeurs…même si (on ne fait pas ici le décompte) maîtresses et gigolos devenaient à peu près universels ou tout au moins majoritaires.

Un grand écrivain, fort sérieux pourtant,  a avoué : « Je ne fais pas ce que je devrais faire et je fais ce que je ne devrais pas faire »

On pourrait peut-être étendre  cet aveu et cette forme de remord au niveau des diverses cultures.

 

Suite: deux sens du mot “culture”

 

 

 

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